La consommation de cidre représente moins de 1% de la consommation totale de boissons. L’UNICID (Union Nationale Interprofessionnelle Cidricole) a donc décidé de prendre les choses en main. Son président, Jean-Luc Duval, a rencontré Dominique Bussereau afin de lui présenter les principaux défis à relever pour assurer à cette petite filière un avenir pétillant.
Tout le monde aime le cidre, mais peu en boivent surtout en dehors des régions de production». C’est cette constatation amère de Jean-Luc Duval, président de l’UNICID (Union Nationale Interprofessionnelle Cidricole) qui a motivé sa rencontre avec le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau. Au programme de cette entrevue, la présentation d’une filière qui a besoin de faire parler d’elle, mais surtout l’évocation de quelques points précis qui tiennent au cœur du président ainsi que du directeur de l’interprofession cidricole, Jean-Marie Bidault. L’UNICID appelle donc de ses vœux certaines initiatives :
* Poursuivre le plan d’adaptation du verger cidricole: après deux ans d’arrachage et 350 hectares de pommiers en moins (première phase d’un plan décidé en 2004, afin de réduire les excédents), il faut se préoccuper de l’avenir de l’outil de production : les vergers ont en effet besoin d’être restructurés. Les départs à la retraite sont nombreux et la reprise des vergers est souvent difficile. L’ouest français n’est pas une région arboricole, et l’ère de production y est diffuse. « Sachant que cinq ans sont nécessaires pour entrer en production, il faudrait dès maintenant replanter afin de regrouper les vergers», explique Jean-Luc Duval. L’action à mener doit aussi favoriser une orientation vers des variétés adaptées et la mise en place de nouvelles techniques.
* Faire connaître le « cidre à la française » : le faire connaître, certes, mais surtout le protéger. Si on connaît le « cider » anglais, le cidre à la française ne bénéficie quant à lui d’aucune appellation en tant que tel. Certes, les indications géographiques protégées, « cidre de Bretagne », « cidre de Normandie » existent, de même que deux AOC, créées en 1996 : « Pays d’Auge » et « Cornouaille », mais les producteurs veulent une définition réglementaire au niveau européen du « cidre à la française », établissant un pourcentage minimum de pommes à cidre, et un pourcentage maximum de concentré, afin d’éviter de trouver un jus de pomme pétillant appelé cidre dans un autre pays européen.
* Clarifier les contrats de projets Etat–région : il semble en effet difficile aux petites filières telles que le cidre de s’intégrer dans la nouvelle programmation et donc de contracter. L’UNICID demande donc à ce que la filière fasse partie intégrante des futurs contrats de projet afin que ses besoins en matière de recherche, de rénovation des outils de production et d’études de marché soient pris en compte par les régions.
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Favoriser l’export: inférieur à 5% des ventes, l’export aurait besoin d’un sérieux coup de fouet d’autant plus que les opportunités existent, dans certains pays comme la Russie, ou la Grande-Bretagne. Lors du prochain Salon de l’agriculture, un « moment cidre » sera donc réservé à la présentation des produits cidricoles aux attachés agricoles des ambassades.
* Organiser la filière : « une filière si petite dotée de deux interprofessions – cidres et cidres de qualité (AOC, calvados), représentés par l’IDAC (Interprofession des Appellations Cidricoles) - ne peut fonctionner de manière optimale », constate Jean-Luc Duval. Même si ces produits appartiennent à deux mondes différents, ils ont le verger en commun. L’UNICID souhaite donc un rapprochement des deux unions interprofessionnelles afin d’assurer une plus grande cohérence et de renforcer l’efficacité de leurs actions.
Un outil de distribution à l’étude
Ces initiatives permettront-elles de redorer le blason de cette boisson rafraîchissante négligée ? Pour cela, il faut avant tout communiquer. Suite à une grosse restructuration industrielle il y a 3 ans, alors que les hypermarchés menaçaient de sortir le cidre de leurs rayons, la filière a connu une nette amélioration. En 2005, la consommation s’est stabilisée –un résultat meilleur que pour la bière- et « les entreprises retrouvent enfin un peu de souffle, elles en ont bien besoin», témoigne le président de l’UNICID. Cependant, 50% des ventes sont toujours effectuées lors des fêtes de la Chandeleur et de l’Epiphanie, et la filière a souffert d’un sous-investissement ces dernières années en recherche et développement et marketing, qui explique la difficulté actuelle à recruter de nouveaux consommateurs.
En meilleure santé, les entreprises se réattèlent au marketing – plusieurs marques ont déjà relooké leurs bouteilles – et à la publicité – on en voit sur les produits Loïc Raison et Ecusson par exemple – , et l’UNICID communique. Sur les 2 millions d’euros de cotisations attribués à la communication, un tiers a été dépensé en animation terrain. Les deux tiers restants seront attribués à une campagne radio, qui débutera à l’automne et courra pendant un an sur les principales stations nationales. Un moyen de rappeler aux consommateurs qu’ils ont envie de cidre ! Quant au réseau CHR, la situation difficile ne s’améliore pas, puisque les principaux distributeurs sont des filiales des groupes brassicoles. L’UNICID aimerait donc lancer une réflexion sur la possibilité pour la filière de se doter d’un outil de distribution, notamment dans le grand ouest, un moyen peut-être de relancer la consommation de cidre dans les bars.