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La finance verte, jeune et sous surveillance

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Les 13 000 milliards de dollars de fonds de pension détenus par les acteurs mondiaux de la finance orchestrent le développement du monde, c’est incontestable. Et si cette puissance financière se mettait au vert ? Paris lance son initiative « Green and sustainable finance » à quelques jours de la Cop22 qui doit se tenir à Marrakech du 7 au 18 novembre.

« Le verdissement de la finance est un élément potentiel de différenciation entre les places financières », a déclaré Philippe Zaouati, directeur général de Mirova (filiale investissement responsable de Natixis), lors du lancement de la « Green and sustainable finance initiative » par la Place de Paris, le 2 novembre. Avant elle, la City de Londres, la Bourse chinoise ou plus récemment le Luxembourg ont lancé leur propre initiative pour une finance verte et durable. L’idée est d’orienter les capitaux et les investissements vers des projets soucieux des préoccupations environnementales dont fait partie l’agriculture. « Moringa (Rothschild), Livelyhood (Danone) investissent dans l’utilisation durable des terres », illustre-t-il. Lors de la Cop22 qui doit se tenir à Marrakech du 7 au 18 novembre, les acteurs de la finance rappellent que l’agriculture aura une visibilité à travers le « triple A : agriculture, adaptation, Afrique » appuyé par le Maroc. L’initiative, précise Pierre Ducret, président de I4CE (institut pour l’économie du climat), est un « relais » de l’initiative « 4 pour 1000 » pour le stockage du carbone dans le sol. Cette reconnaissance du secteur des terres doit permettre d’augmenter la visibilité de l’agriculture, notamment dans le monde de la finance verte.

Le verdissement relance les dés pour les différents acteurs

Le verdissement est amorcé et il vient de relancer les dés pour les filières du développement. Ainsi, des acteurs traditionnellement opposés à la finance s’y retrouvent. La société civile, notamment le Réseau action climat (collectif d’associations pour le climat) aux yeux duquel « l’ennemi public n° 1 est BNP Paribas pour ses investissements dans le charbon », s’est ainsi prononcée en faveur de ce verdissement. « Il faut réorienter l’ensemble des flux financiers vers des projets verts », appuie une responsable chez Oxfam. En face, les financiers ont aussi flairé l’énorme potentiel de ce verdissement. L’enjeu est considérable : Arnaud de Bresson, directeur général de Paris Europlace (Place boursière de Paris), explique : « Les fonds de pension du monde représentent 13 000 milliards de dollars. » S’engager dans le verdissement est un moyen « de différencier les places boursières », rappelle-t-il. Et en outre, Paris Europlace rappelle que « l’urgence climatique a amené à une maturation plus rapide de la finance verte. »

Augmenter les transactions financières vertes

Si la finance verte fait parler d’elle, les volumes financiers la concernant restent des îlots dans un océan de transactions « carbonées ». « Malgré des progrès, seule une faible fraction des prêts bancaires est explicitement qualifiée de verte […] Moins de 1 % des obligations au niveau mondial sont labellisées vertes », selon Paris EuroPlace. Ainsi, la place de Paris entend développer l’offre vers une finance plus durable. Pour y parvenir, elle entend soutenir la « standardisation pour garantir la qualité des informations et des financements en matière de développement durable ». Concrètement, Philippe Zaouati rappelle qu’il faut augmenter les volumes : « Les prêts bancaires verts, les green bonds (obligations vertes) (1) sont très limités. Cela ne correspond pas aux besoins. »

Éviter le « green washing »

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L’embryon du verdissement de la finance n’en reste pas moins sous haute surveillance. « La vraie question est de savoir comment les investisseurs prennent en compte ou non l’environnement », soutient Arnaud de Bresson. Car au-delà des apparences, les préoccupations sont fortes s’agissant de la définition de ce qui est vert ou non. Philippe Zaouati rappelle la nécessité de « conserver une qualité. On ne peut accepter tout et n’importe quoi pour éviter le développement d’une sorte de green washing de la finance ».

Monétariser l’environnement ?

Un des défis majeurs est donc de définir les projets dits verts. En agriculture, le programme 4 pour 1000 s’est fixé pour objectif d’établir un tel référentiel pour « rassurer les investisseurs » potentiels (2). Outre la définition du vert, les projets verts doivent être évalués. Monétariser des bienfaits environnementaux est dans l’air du temps, mais il n’existe pas encore de règles officielles. Joseph Stiglitz, prix Nobel de l’économie, et Lord Nicholas Stern (économiste du changement climatique), vont s’y pencher. Ils doivent présider une nouvelle commission économique de haut niveau pour « stimuler la réussite de la mise en œuvre de l’accord de Paris », selon le ministère de l’Écologie, le 3 novembre. La ministre Ségolène Royal, également présidente de la Coalition sur le prix du carbone, souhaite ainsi « identifier un corridor de valeurs de référence du “coût social du carbone”, représentant le bénéfice mondial de chaque tonne de pollution évitée ». Le secteur des terres (agriculture et forêt), qui émet et stocke du carbone, devrait être concerné.

« Les prêts bancaires verts et les green bonds sont très limités. Cela ne correspond pas aux besoins. »

(1) Lire l’interview de T. Claquin « Il y a peu d’obligations vertes en agriculture, mais ça viendra », dans Agra Presse du 23 mai 2016

(2) Lire l’article « La Cop22, point d’orgue du "4 pour 1 000" », dans Agra Presse du 31 octobre 2016