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FICT La flambée des coûts nécessite de renégocier avec la distribution, selon Robert Volut

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L’industrie de la charcuterie et des produits traiteur, qui a encore souffert de la pression sur les prix exercée par la grande distribution l’an dernier, tire la sonnette d’alarme sur l’impossibilité pour elle de répercuter ses hausses de coûts de production qui flambent depuis janvier. En lançant la marque collective « savoir-faire charcutier français » avec les artisans, la FICT engage un effort commun de communication en faveur des produits fabriqués dans l’Hexagone, à un moment où la balance commerciale du secteur reste gravement déficitaire.

Face à l’envolée des matières premières et de l’énergie qui devrait perdurer du fait de la sécheresse, la Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs, transformateurs de viandes (FICT) exige des hausses de prix de la part de la grande distribution alors que les entreprises du secteur sont, selon elle, « dans une situation très délicate ».
« Si cela traînait trop longtemps, et c’est plutôt une question de semaines car de nombreux collègues sont en perte d’exploitation, cela mettrait en péril nos entreprises », a déclaré le 26 mai à la presse le président de la fédération, Robert Volut.

+9% de plus en moyenne depuis janvier
La hausse des coûts de production est de « l’ordre de 9% depuis le début de l’année contre 2 à 3% en 2010 », a ajouté Robert Volut, les hausses intervenues étant dans certains cas « spectaculaires » (+37% sur un an pour la viande de dinde).
Le prix de la viande de porc, la principale matière première des industriels charcutiers (elle sert à fabriquer 85% de leur production), a grimpé de 24% sur un an et de près de 17% depuis le 1er janvier 2011. Le prix du jambon seul, qui représente en moyenne 45% du prix de vente industriel en charcuterie, a flambé de 20% sur un an (+15,5% depuis le début de cette année) ou encore celui de l’énergie (+13,5% depuis janvier).

Autisme de la grande distribution
« Cette réalité n’est toujours pas prise en compte par les centrales d’achat des enseignes de la grande distribution alimentaire », a regretté le président de la FICT qui accuse ses partenaires d’ « autisme » alors que, selon lui, la filière n’avait « quasiment rien obtenu déjà », lors des négociations contractuelles annuelles fin février.
Si les hausses de prix ne sont pas accordées, « cela mettra en péril des entreprises et ensuite les abattoirs à qui elles achètent et à leur tour les élevages qui doivent faire face aussi à la menace de la sécheresse », assure le président Volut.
La FICT observe aussi que si les industriels ont su baisser leurs prix de vente de 0,4% l’an dernier à 5,04 euros le kilo, le prix moyen de vente au détail a, lui, augmenté de 0,7% à 9,41 euros le kilo.

Production stable et rentabilité en baisse
En 2010, la production de charcuterie est restée stable à 1,2 million de tonnes (+0,3%), de même pour le chiffre d’affaires de la branche à 6,1 milliards d’euros (-0,2%), affecté par le recul de 6,2% des plats cuisinés. Dans ce total, les charcuteries-salaisons sont en croissance de 0,4% en volume tandis que les produits traiteur et plats cuisinés diminuent de 2,9%. Les produits pré-emballés représentent désormais 66% de la production totale contre 51% un an plus tôt.
Point noir de ces dernières années, la rentabilité nette est faible puisqu’elle se situait après impôt à 0,8% en 2009 contre en moyenne 1,1% jusqu’en 2008, année jugée « catastrophique » par Robert Volut qui se réfère aux estimations faites par AND-International. « Et 2010 ne devrait guère être meilleur malgré la détente sur les prix du porc au premier semestre ». La valeur ajoutée, elle, est en hausse de 2 points entre 2008 et 2009 et stable sur longue période autour de 21,5 % du chiffre d’affaires. Les coûts de personnel sont orientés à la hausse depuis 2007 (15,7% du CA, + 2 points en deux ans) et l’excédent brut d’exploitation s’élève à 4,1% du CA, en progression de 0,4 point sur un an. Les investissements corporels sont estimés à 147 M EUR (2,4% du CA).

Déficit extérieur un peu allégé
La balance commerciale est restée déficitaire l’an dernier, même si elle s’est améliorée en valeur (-218 M EUR contre -233 M en 2009). Les soldes commerciaux réalisés avec l’Italie (-122 M EUR) et l’Espagne (-89 M), tous deux en amélioration et avec l’Allemagne (-84,6 M en aggravation) sont très déficitaires. Les salaisons sèches ou fumées expliquent l’essentiel de ce déficit. Les soldes réalisés avec le Royaume-Uni et le Benelux demeurent excédentaires, mais en recul pour le Royaume-Uni.
Avec les pays tiers, la balance commerciale de la charcuterie française est positive et en amélioration (+8,3%).

Consommation à domicile en légère hausse
Les achats des consommateurs pour leur consommation à domicile ont augmenté en 2010 de 1,5% en volume, selon la FICT (et de +0,8% sur les quatre premiers mois de 2011) : s’agissant des charcuteries-salaisons vendues au libre-service (70% des achats), leurs ventes sont de plus en plus dynamiques avec une hausse de 4% en volume après +3,2% en 2009 et +1,7% en 2008 ; en revanche les produits à la coupe sont encore en repli de -4% en 2010 avec à la fois moins de foyers acheteurs et qui achètent moins. Et ces mêmes tendances se poursuivent début 2011 : ventes au rayon LS sur les quatre premiers mois en hausse de 2,7% en volume et de 3,8% en valeur et ventes à la coupe en baisse de -4,1% en volume et de -1,6% en valeur. Les foyers français montrent plus d’intérêt pour les marques nationales qui, en 2010, ont regagné des parts de marché(+1,2 point en volume, +1,7 point en valeur) et leur prix moyen ne baisse plus.

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