La problématique des hausses des prix de l’alimentation et des produits pétroliers est inscrite à l’ordre du jour du sommet européen des 19 et 20 juin à Bruxelles, comme elle l’est d’ailleurs à celui de la réunion prochaine à Osaka, au Japon, des ministres des finances du G-8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Russie, Canada, Italie). Selon l’OCDE, les prix de l’alimentation ne vont pas se maintenir à leur niveau actuel, même s’ils resteront bien plus élevés que leurs moyennes historiques en raison d’une augmentation de la demande des pays émergents, tandis qu’aucune baisse significative n’est envisagée pour les prix des produits pétroliers.
Les ministres des Finances des Vingt-sept, qui préparaient le 3 juin les débats du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des 19 et 20 juin à Bruxelles, relèvent que les prix élevés du pétrole et de l’énergie en général sont une des causes de la flambée des prix alimentaires, puisqu’ils poussent vers le haut les coûts des agriculteurs, ainsi que ceux du transport et de la transformation.
Dans ce contexte, Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture, constate avec satisfaction que « de plus en plus de gens réalisent finalement que la production de biocarburants n’est pas le facteur prédominant » de la hausse actuelle des prix alimentaires. Elle a regretté que ceux-ci aient servi de « bouc émissaire », lors d’une intervention devant un forum de l’organisation agricole italienne Coldiretti, le 3 juin à Bruxelles.
La flambée continuelle des prix du pétrole souligne surtout la nécessité de promouvoir l’efficacité énergétique et les sources d’énergie alternatives, selon les ministres des Finances de l’UE, qui, en revanche, confirment leur accord dit de Manchester, datant de septembre 2005, selon lequel toute intervention fiscale ou autre porteuse de distorsions doit être évitée, car elle entraverait les nécessaires ajustements de l’économie à la hausse des prix de l’énergie.
« Laisser jouer les signaux prix » du pétrole
« Nous devons laisser jouer les signaux prix afin que les entreprises et les consommateurs adaptent leurs comportements » et que soit respectée la « cohérence » avec les objectifs communautaires en matière de climat et d’énergie, reconnaît d’ailleurs Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi – dont le pays présidera l’UE à partir du 1 er juillet – dans une lettre adressée le 31 mai aux commissaires européens chargés de la fiscalité, des affaires économiques et monétaires et de l’énergie. Mais il faut aussi, selon elle, « répondre rapidement aux inquiétudes légitimes de ceux dont les revenus sont d’ores et déjà amputés par la hausse des prix du pétrole ».
La ministre française insiste aussi sur la « promotion des produits les plus respectueux de l’environnement » et demande une nouvelle fois à la Commission de soumettre des propositions fiscales dans ce but.
Le délicat outil TVA
Pour le court terme, Mme Lagarde fait référence à la suggestion française de plafonner la TVA sur les produits pétroliers, pour réduire l’impact de la hausse du brut. Une idée qui « mérite réflexion », même si l’UE a décidé en 2005 de ne pas réduire la fiscalité sur les carburants, selon le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe (les Etat membres qui ont adopté l’euro).
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Enfin, la ministre française écrit que, si la situation d’excédent de recettes fiscales lié à la hausse des prix du pétrole était « constatée de façon répétée », cela « poserait inévitablement la question du niveau de TVA applicable aux produits pétroliers ».
En attendant, le ministère français de l’Agriculture a annoncé la tenue le 10 juin, au niveau national, d’une table ronde avec les professionnels pour « examiner les solutions durables et structurelles » à la hausse des prix de l’énergie (amélioration de la performance énergétique des exploitations, promotion de la production d’énergie renouvelable). Il a aussi annoncé la reconduction pour les six premiers mois de 2008 du dispositif de remboursement de taxes sur le carburant professionnel.
Bruxelles doit agir, selon les entrepreneurs agricoles
Notant que les prix du carburant pour les engins agricoles « approche 1 euro par litre et ne cessent d’augmenter », la Confédération européenne des entrepreneurs de travaux techniques agricoles et ruraux (Ceettar), dont les membres étaient réunis le 28 mai à Bruxelles, juge « légitime que la Commission européenne soit active dans le domaine de l’énergie pour l’agriculture et l’alimentation des Européens ».
« L’absence de toute initiative pour contrer la spéculation sur les marchés du pétrole et des matières premières met en péril nos entreprises ainsi que l’économie agricole », préviennent les entrepreneurs de travaux agricoles.
La Ceettar appelle aussi au « développement de relations contractuelles équilibrées entre entrepreneurs et agriculteurs sur la répercussion du coût de l’énergie ».