La Fédération de l'agriculture biologique a lancé le 18 février un label privé intitulé « Biologique Français Équitable », visant à intégrer la notion de commerce équitable dans l’agriculture bio. Une initiative qui n’empêche pas les producteurs de continuer à demander un renforcement des soutiens publics.
La Fnab y pensait depuis longtemps. Mais c’est grâce à Picard qu’elle concrétise enfin l’idée d’une bio plus exigeante. « Il y a un assouplissement du cahier des charges bio européen, y compris à travers le guide de lecture national du Cnab, qui n’est pas satisfaisant. Nous allons donc imposer nous-mêmes des perspectives progressistes, en proposant une nouvelle norme », se réjouit Guillaume Riou, président de la Fnab.
Le label vise avant tout à combler l’une des principales failles identifiées par la Fnab dans les normes actuelles : le commerce équitable. « Par exemple, le cahier des charges européen ne prévoit rien sur les conditions sociales des salariés dans les fermes », regrette Guillaume Riou.
Le nouveau label impose donc plusieurs dispositions visant à se conformer à la loi de juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire, qui donne un cadre réglementaire au commerce équitable français. Le cahier des charges du label de la Fnab prévoit, entre autres, des contrats de trois ans, fixant des prix payés aux producteurs correspondant au prorata des heures travaillées, prenant en compte des aléas climatiques et ménageant des marges suffisantes pour réinvestir dans l’outil de production. Une partie des ventes devra par ailleurs alimenter un fonds dédié au développement de l’agriculture biologique.
Bio, local, et surgelé
Avec ce nouveau label, Picard espère pour sa part atteindre un objectif de taille : multiplier son chiffre d’affaires en surgelés bio pour passer de 9 % à 20 %, voire 30 % de son chiffre d’affaires total à l’horizon 2025. À partir de mars prochain, 87 magasins Picard du Sud-Ouest proposeront donc des sachets de haricots verts, courgettes, carottes et maïs surgelés bio étiquetés sous le nouveau label de la Fnab.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Après le Sud-Ouest, le label sera déployé dès 2021 dans le Sud-Est, puis en Bretagne. Des régions identifiées en croisant les possibilités de production avec les capacités de transformation. « C’est vraiment la partie transformation qui a posé problème. Nous sommes tellement optimisés que peu d’usines étaient capables de traiter des volumes moindres », explique Élisabeth Bouton, directrice qualité et développement durable chez Picard.
Le soutien public avant tout
Alors que les problèmes de retard d’aides persistent et que les aides au maintien ont disparu, faut-il conclure de l'initiative de la Fnab que le salut du bio passera par le privé ? « Picard et les autres opérateurs ont un rôle à jouer dans la sphère marchande, mais les politiques publiques restent très prescriptrices. Les pouvoirs publics doivent continuer de s’engager à nos côtés », soutient Guillaume Riou.
Or, l’agriculture biologique fait justement face à une relative incertitude, alors que la Commission et le Conseil négocient au niveau européen les mesures transitoires jusqu’à la mise en place de la prochaine Pac. « Les caisses sont vides dans les régions au niveau Feader, y compris pour la conversion. Est-ce que l’État va abonder à nouveau ? Et puis, pour les années blanches entre 2021 et 2022, comment va-t-on faire ? », s’interroge Guillaume Riou. L’état actuel des négociations, dans le sens d’un assouplissement favorisant le maintien des aides, donne cependant des signaux rassurants, qui pourraient favoriser la croissance à deux chiffres du bio français.