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Stratégie La FNSEA choisit une mobilisation multiforme et décentralisée

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L’agriculture est plurielle. Le rassemblement initié par la FNSEA et les JA, le 16 octobre devait être multiple. Déjà par le choix de manifester dans plus de 20 villes. Aussi par la forme que devait prendre cette mobilisation : lâché d’animaux, constructions de murs de l’incompréhension, bâchages de bâtiments, cortèges funèbres, grands marchés de produits agricoles, pique-niques. Longtemps hésitante, la FNSEA a fini par valider une action à Paris sur l’esplanade des Invalides : « les agriculteurs sèment le pain de demain ». Tout un programme.

Un lancé de poupée « Sarkozy » et « Fischer Boel » dans la rivière à Limoges. Ce mouvement d’humeur à initiative de la FNSEA et des JA s’inscrit dans la journée de mobilisation syndicale du 16 octobre. Un mouvement divers dans ses modes d’action et nombreux par les villes participantes. Cette manifestation prend donc pour cible… Nicolas Sarkozy. Un président de la République jusqu’à l’heure plutôt épargné par la « grande maison ». Mais les relations, on le sait, se sont tendues depuis quelques mois. L’affiche de cette mobilisation se veut forte. On y voit l’image d’un homme en train de se noyer – seules ses mains surnagent –, associée à une interpellation faite directement au chef de l’État : « Sarkozy, l’agriculture doit-elle payer ce prix ? ». Cette affiche qui bouscule quelque peu les habitudes de la rue de la Baume, a été plébiscitée et poussée par la base, dit-on du côté de la FNSEA. À Valence, la FDSEA organise un « lâché de ballon avec les cartes d’électeurs ». Un symbole à quelques mois des élections régionales.

Plus de 20 capitales régionales
Les revendications syndicales sont nombreuses (CF article page 5) et les formes d’actions diverses. Plus de 20 villes devaient être le théâtre d’une mobilisation massive. Pas loin de 40 000 manifestants, espère la FNSEA sans oublier des cortèges de tracteurs. La FRSEA de la région Centre prévient ainsi que la manifestation devrait « perturber malheureusement les déplacements des Orléanais ». Pour compenser ce désagrément, « un point rencontre est prévu où d’excellents produits régionaux sont à déguster », précise un communiqué.
On se souvient, en effet, que la première forme de cette mobilisation, annoncée le 2 septembre avant la grève du lait (10 septembre) et la contestation syndicale des minoritaires au Space (le 15 septembre) se voulait plus pédagogique que revendicatif. Le choix du 16 octobre, date de la journée mondiale de l’alimentation était en cohérence avec cet objectif.
Depuis, la tonalité donnée à cette manifestation a changé. Le 17 septembre, Jean-Michel Lemétayer donne le ton : il veut des « mesures d’urgence pour faire face à cette crise gravissime pour nos campagnes ». En clair, il réclame un vaste plan de soutien (plus de 570 millions d’euros) au chef de l’État. Celui-là même qui a prévenu le 15 septembre que le temps où le gouvernement faisaient des chèques à la demande de la FNSEA pour les producteurs était révolu ! Certaines fédérations restent néanmoins dans l’esprit de la journée de l’alimentation avec l’organisation de pique-niques dans de nombreuses villes (Orléans, Caen…) et d’un grand marché de produits agricoles à prix coûtants à Lille…

Le mouvement se durcit
Certains préfets craignaient des actions « dures ». Les symboles ce 16 octobre de la mise à mort de l’agriculture par le gouvernement étaient nombreux : radeau symbolisant l’agriculture à la dérive à Rouen ; mise en scène de la mort de l’agriculture dans les arènes de Mont-de-Marsan ; cortège funèbre, port de brassard noir et enterrement du cercueil à Rennes… D’autres actions mettaient en avant le sentiment d’incompréhension du secteur agricole dans un monde sans repère. Les manifestants devaient bâtir le « mur de l’incompréhension » à Nantes, la ville où le plus important rassemblement devait se faire. « Cinq mille agriculteurs et 350 tracteurs (…) vont converger vers le centre de Nantes (…) C’est dire si le malaise du monde agricole est important », indiquait la FRSEA des Pays de Loire dans un communiqué le 15 octobre. D’autres villes devaient être moins mobilisées comme Lille où la FDSEA attendait seulement 500 personnes mais autant de tracteurs.

Des enjeux locaux
À Colmar, les organisateurs espéraient faire aussi bien qu’à Strasbourg où près de 1000 agriculteurs ont bloqué le centre-ville le samedi 1er octobre. Soit 15 jours avant la date choisie. Les Alsaciens qui ont réussi leur action ont bénéficié de l’effet chrysomèle. Les paysans sont très remontés sur la problématique locale liée la réglementation qui entoure l’éradication de la chrysomèle, expliquait un syndicaliste du Haut-Rhin. Si le mot d’ordre général est partagé par tous, les problématiques locales devaient venir ajouter des forces vives aux cortèges. C’est ce qu’espéraient les syndicalistes de Lille avec les problèmes que pose à l’agriculture, le voisinage d’une grande ville. Reste à voir si la multiplication des actions sous la bannière de la FNSEA depuis une quinzaine de jours ne devait pas amoindrir les rangs des manifestants le 16 octobre. Ce qui peut être considéré comme un round d’échauffement donnait aussi l’impression d’un manque manifeste de coordination.

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