Le ton était changeant le 22 mars, lorsque la FNSEA s’exprimait en deux occasions sur le projet de loi sur le travail. Critique le matin, avec six autres organisations patronales, et modérée l’après-midi face à la ministre du Travail, la FNSEA restait pourtant cohérente sur le fond : la loi El Khomri, dans sa version 2 édulcorée, ne répond pas aux besoins des entreprises agricoles.
« C’est une histoire bien commencée qui se termine mal », lançait le 22 mars le président de la CGPME François Asselin, pour dénoncer la version 2 de la loi El Khomri. Entourée de six autres organisations patronales, dont le Medef et la FNSEA, la CGPME critiquait, deux jours avant la présentation du projet de loi en Conseil des ministres, un texte « pas acceptable en l’état ».
Venu représenter la FNSEA, Jérôme Volle, responsable de la commission emploi du syndicat agricole, se montrait, comme ses partenaires du jour, critique à l’égard de certains points de la loi, notamment l’organisation du dialogue social. « Nous revendiquons le dialogue social » affirmait-il. Et dans des exploitations où un agriculteur emploie généralement un à deux salariés, « le dialogue social se fait au quotidien ». Les organisations patronales estiment en effet que « faire confiance aux acteurs de l’entreprise, ce n’est pas introduire des salariés mandatés par des organisations syndicales extérieures ».
Une loi qui ignore les spécificités de certains secteurs
Par ailleurs, les sept organisations ont déploré « la menace, régulièrement évoquée, d’une nouvelle taxation des CDD ». 173 000 entreprises agricoles emploient de la main-d’œuvre, a rappelé Jérôme Volle, pour un travail bien souvent lié à la saisonnalité. Si l’on ne veut pas tout mécaniser, ni faire appel au travail détaché, il ne faut pas décourager les potentiels employeurs, prévient Jérôme Volle.
Autre source de désaccord, le compte pénibilité « inapplicable » et « risqué pour les petites entreprises », selon Jérôme Volle qui préconise plutôt la prévention, contre l’utilisation des produits chimiques notamment. Pour les organisations patronales, un moratoire sur le sujet « s’impose ».
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Des critères de pénibilité ubuesques
Si le ton était plus modéré l’après-midi, les revendications restaient les mêmes lorsque Xavier Beulin s’adressait directement à la ministre du Travail. Myriam El Khomri rencontrait alors la Fédération nationale des groupements d’employeurs agricoles et ruraux (FNGEAR). « Prenez-le comme un encouragement », conseillait le président de la FNSEA à la ministre, évoquant la conférence de presse du matin. Il ne mâchait cependant pas ses mots et dénonçait à son tour l’inapplicabilité du compte pénibilité. « Le cul sur un tracteur pendant 8 heures, c’est compris comme vibration ? Ça dépend si le sol est dur ou tendre ! », disait-il, ironique, rappelant une réponse donnée par l'administration, pour montrer toute l’incohérence des critères.
Une ministre déterminée mais ouverte au dialogue
Myriam El Khomri s’est voulue rassurante, indiquant que pour le compte pénibilité, comme pour les autres dispositifs de la loi, les entreprises agricoles pourraient compter sur un soutien technique et administratif des pouvoirs publics. Ferme dans ses propos mais ouverte au dialogue, elle a invité la FNSEA à lui faire part de ses propositions pour amender le projet de loi qui sera discuté devant le Parlement à partir du mois de mai.