A la sortie de son entretien avec le Premier ministre, le président de la FNSEA s'est félicité, place de la Nation, des mesures annoncées par le Premier ministre, provoquant les huées et les sifflets d'une partie des 5 000 agriculteurs présents. Particulièrement remontés, les Jeunes agriculteurs du Finistère s'estiment lésés par le syndicat majoritaire.
« Tout n'est pas réglé mais votre mobilisation a permis de faire un grand pas », a déclaré le président de la FNSEA, place de la Nation, le 3 septembre avant d'être hué par une partie des 5 000 agriculteurs présents. Entouré des principaux élus de son syndicat, Xavier Beulin a poursuivi son discours sous des sifflets, des coups de corne de brume et les interpellations : « Y a rien qui change ! », « Vendu ! », ont notamment crié de jeunes agriculteurs, souvent proches de la grande scène montée par le syndicat. « Nous comprenons que l'attente est grande », « personne n'a considéré que c'était un chèque en blanc », a répondu le président de la FNSEA, qui n'est pas parvenu à rétablir le calme. C'est à la fois la colère et l'incompréhension qui ont régné pendant et après le discours de Xavier Beulin, durant une bonne heure. Après son intervention, celui-ci, accompagné notamment du président de la Fédération nationale bovine (FNB) Jean-Pierre Fleury, a passé un long moment à expliquer et défendre le contenu des mesures obtenues auprès d'éleveurs en colère. « Non, ce n'est pas un prêt comme en 2009 ! », a répondu Xavier Beulin à un jeune éleveur laitier qui lui rapportait que sa banque le pressait de rembourser ses emprunts. « Là, c'est une année blanche, les mots ont un sens, a-t-il lancé. Regarde ce que tu dois à ta banque cette année, regarde ce que tu dois comme cotisations, tu verras que ce n'est pas négligeable ». À un patron d'une entreprise de travaux agricoles, venu expliquer que les mesures annoncées ne le concernaient pas, Xavier Beulin répond : « Tu as raison, les retards de paiement sont surtout chez vous, chez les fabricants d'aliments. Les banques nous ont dit qu'elles avaient constaté peu de retards de leur côté. C'est pour cela que nous avons demandé une année blanche ». « Nous ne sommes pas naïfs, nous n'attendions pas le grand soir, résume Henri Brichard (FNSEA). Certains semblaient attendre des prix, mais ce n'est pas le gouvernement qui fixe les prix. De la part des pouvoirs publics, nous attendions des aides de crise. La bonne nouvelle, c'est l'année blanche. »
Des Jeunes agriculteurs finistériens déçus
Le président des Jeunes agriculteurs (JA), Thomas Diemer, a fait part, d'un « sentiment mitigé » à l'issue de la réunion avec le Premier ministre, estimant toutefois avoir été entendu sur les aides de court terme. « Sur l'aspect normatif, c'est un message fort qu'on attendait beaucoup », plaide-t-il. Du côté des Jeunes agriculteurs du Finistère, venus en grand nombre, la déception était forte. « Beulin n'est que le porte-voix des annonces du Premier ministre. On s'est fait baiser », regrettait, une heure après les annonces, leur président Sébastien Louzaouen, perché sur un camion du syndicat. « Si on repart, c'est pour des raisons logistiques. Mais si ça c'était passé à Quimper, on serait restés ! ». Et d'annoncer que les cortèges du syndicat laisseraient le drapeau de la FNSEA en berne tout au long de leur retour vers la Bretagne. Une déception partagée par d'autres agriculteurs. Maxime, éleveur en GAEC dans le Cantal avec 95 vaches salers, porte un avis lapidaire sur les mesures annoncé : « Rien. De la merde. » Installé depuis trois ans avec un cousin double actif, il prévoit déjà chercher du travail ailleurs en fin d'année.
Une déception partagée par tous
« Zéro. Du vent » qualifie Antony, jeune exploitant dans la Haute-Saône dans un Gaec avec 70 vaches laitières et 150ha de céréales. « Certains ont perdu une semaine pour venir faire les beaux à Paris », continue-t-il. Damien, du Finistère, exploitant sur une ferme en polyculture-élevage (90ha, 70 vaches laitières), estime qu'« on nous ballade » et prévient : « Si on revient, cela ne sera pas la même chose ! ». Effectivement, à part, les hués et les pétards, la place de la Nation est très calme. Un tas de fumier essaie de brûler. Vaine tentative car les pompiers sous les haussements d'épaules des éleveurs, éteindront le feu. Un autre, plus important et symbolique, a été allumé en même temps, au pied de la statue de la Nation triomphante, dominant la place. C'est un caddie de supermarché. Les pompiers le laissent brûler, sous surveillance. Le magasin Casino de la place a fermé ses portes, par précaution. Une dizaine de CRS le surveille, mais les éleveurs s'éparpillent déjà. Ils retournent à leurs cars par petits groupes. Certains à leurs tracteurs. Valtra, New Holland, John Deere… la crème des marques était présente. Presque une foire exposition. Une vache charolaise et son veau y ont même participé.
Dans le cadre des mesures décidées le 3 septembre, la part de TFNB (Taxe sur le foncier non bâti) affectée aux chambres d'agriculture ne connaîtra pas la baisse de 2 points qui avait été envisagée pour 2016. Ceci est destiné à leur permettre de faciliter les achats de produits locaux par la grande distribution et la restauration collective, de même qu'à « contribuer à la démarche de simplification des normes environnementales. »
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A la sortie de son entretien avec le président de la République François Hollande le 2 septembre, le président de la Coordination rurale (CR) Bernard Lannes a estimé au sujet de la manifestation parisienne du 3 septembre organisée par la FNSEA et les JA, que le « vrai rendez-vous », se situait plutôt le 7 septembre à Bruxelles. Une manifestation regroupant tous les syndicats y est effectivement prévue à l'occasion du conseil agricole européen extraordinaire. La Confédération Paysanne rejoint le point de vue de la CR, mais a tout de même organisé des « actions pédagogiques » sur toute la France dès le 1er septembre. « Nous partageons le constat » fait par la FNSEA « mais pas du tout les solutions », assure Laurent Pinatel, porte-parole de la Conf'. Interrogé sur RTL par Marc-Olivier Fogiel, le 3 septembre, il dénonce un « plan Beulin » et « l'extrême co-gestion qu'il y a eu entre la FNSEA et le gouvernement ». Une FNSEA qui s'est fait « acheter ». Les mesures annoncées par Ma-nuel Valls ont servi à « calmer le business Beulin », continue-t-il. « On a promis la lune aux agriculteurs. “On va à Paris. On va obtenir des prix rémunérateurs”. Aujourd'hui, les gens sont très déçus ! », analyse-t-il. Egalement reçue par François Hollande, le 27 août, la Conf' a pu lui remettre le manuel de l'agriculture paysanne. A sa sortie de l'Elysée, la CR a de son côté estimé que « Stéphane Le Foll doit reprendre la main et demander à revenir aux fondamentaux de la Pac, des prix rémunérateurs et une organisation des marchés ». Elle a plaidé pour une « année blanche, un report des annuités en fin de tableau » afin de soulager les trésoreries. Le Modef, lui aussi reçu par le président, a demandé des mesures d'amélioration du revenu à court terme pour les petites et moyennes exploitations (surprime pour les 52 premiers hectares versée en totalité dès le 1er janvier 2016, exonérations de taxes foncières, augmentation du montant des aides directs).
Un appel à l'unité FNSEA
Reste à savoir comment expliquer les mesures sur le terrain et les présidents de section s'interrogent. « Je ne sais pas quoi leur dire. On reste vraiment sur notre faim. Vis-à-vis des adhérents, cela va être très dur », avoue Frédéric Lepesme, président JA région Ile-de-France. Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine, le reconnaît aussi : « Cela va être un réel exercice de style. Il va y avoir un énorme travail d'explication et surtout de surveillance pour que les propos du Premier ministre soient bien interprétés de la même manière par toute l'administration ». Marie-Pierre, éleveuse de 80 vaches aubrac dans l'Aveyron, confirme le diagnostic. Elle n'a « pas tout compris », confond la dotation pour aléa avec la dotation pour investissement, imagine des contrôleurs « moins tatillons » et un arrêt total des normes, « une bonne chose » en somme. Après tout, « ce n'est pas si mal », surtout que « Beulin, ce n'est pas vraiment un éleveur » alors « oui, c'est un peu normal qu'il soit sifflé », conclut-elle. Les éleveurs voulaient « des prix », « un vrai changement », « une meilleure répartition des marges », « un engagement de la distribution ». Ils ont reçu autre chose. « Tous ce qu'il a dit, on le savait déjà », estime Antony. Les présidents de sections rappellent leur troupe, avec force. Antony disparaît. « Il faut que l'on soit tous derrière Xavier Beulin. […] Il faut que l'on soit tous soudés », entend-on au loin. C'est la voix de Damien Greffin, président de la FDSEA Ile-de-France. Aurait-il senti comme une fissure au sein de l'unité FNSEA ?
Au-delà des dispositifs destinés à relancer l'énergie photovoltaïque et la méthanisation déjà mises en place, le gouvernement va donner un coup de pouce fiscal au bioéthanol. La taxe intérieur de consommation (TIC) de l'essence SP95-E10, qui contient 10% de bioéthanol, sera réduite de 1 centime, ce qui sera compensé par l'augmentation de 1 centime de la TIC sur l'es-sence SP95. Une mesure qui répond aux demandes de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) auprès de laquelle le gouvernement s'était engagé lors de son assemblée de décembre 2014. Une mesure qui avait été de nouveau évoquée lors de la foire de Châlon le 28 août.
Plus de 5000 agriculteurs étaient présents, place de la Nation à Paris le 3 septembre, partis depuis trois jours pour les plus éloignés, de leurs départements, notamment ceux venant du Finistère. 1700 tracteurs étaient présents dans les rues de Paris selon la FNSEA – 1400 selon la préfecture de Police, dont quelques centaines étaient présentes sur la place de la Nation, et les rues adjacentes. La journée aura été jusqu'au discours de Xavier Beulin, un tour de force de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs. Coté logistique, la Fop (Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux) a annoncé la distribution de bons d'achats de carburant aux agriculteurs. Il s'agit d'« une contribution aux dépenses de carburant des agriculteurs qui auront parcouru les distances les plus importantes » pour être sur place, d'après un communiqué. Entre 300 et 500 tracteurs sont visés, a précisé la Fop à Agra Presse. Des engins qui roulent au gazole composé en partie de biodiesel issu de la production française de colza, rappelle le communiqué.
Fiscalité, ajustement des normes, titrisation et prêts agricoles seront les thèmes de la future « proposition de loi déposée à l'automne » par le Sénat, selon son président, Gérard Larcher (LR). Lors de sa conférence de presse de rentrée, le 3 septembre, il a aussi annoncé la venue de Phil Hogan au Sénat, début octobre, afin d'aborder les questions du relèvement du prix d'intervention (lait), de l'embargo russe, de la politique de stockage (lait et porc) et du futur bilan d'étape de la Pac en 2016. « Ne faut-il pas faire autre chose de ce rendez-vous ? », s'interroge-t-il. Il a dénoncé le mutisme des régions dans cette crise agricole, pourtant responsable du 2e pilier de la PAC. Il lui semble également « logique » que Manuel Valls reprenne en main le dossier au vu d'un « Stéphane Le Foll qui n'a rien vu venir et qui a même traité certain secteurs [agricoles, ndlr] avec condescendance ». Pour lui, le travail du Sénat sur les dossiers agricoles est « bien avancé ». Un prochain déplacement dans l'Allier est prévu avant la fin septembre. De 9 heures à 11h45, Xavier Beulin (FNSEA) et Thomas Diemer (JA) ont rencontré le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone (PS). Ils lui ont demander « plus de sens pratique » dans les textes qu'ils élaborent, et « plus d'études d'impacts », rapporte la vice-présidente de la FNSEA, Christiane Lambert. C. Bartolone a expliqué qu'il prenait rendez-vous avec eux.