Il devient de plus en plus difficile de tenir la barre de la toute-puissante FNSEA. Les dissensions entre les filières céréalières et les zones d’élevage fracturent le syndicat en deux camps. Dans ce contexte, Jean-Michel Lemétayer organise le 11 décembre un séminaire regroupant le bureau de la FNSEA, les présidents des régions et les présidents des associations spécialisées. Le sujet : le bilan de santé de la Pac. L’objectif : « Tout mettre sur la table ». La cohésion de la grande maison est en jeu.
Jamais les chemins entre les céréaliers et les éleveurs n’ont été si disjoints. La faute au « bilan de santé » de la Pac qui donne la possibilité aux États qui le souhaitent de réorienter les soutiens de la Pac vers des filières de productions telles que l’élevage extensif ou l’agriculture biologique. Et l’accord politique obtenu à Bruxelles, le 20 novembre par Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture, ouvre le champ à d’âpres négociations sur les modalités d’application françaises. En clair, il s’agit de « piquer » des aides aux céréaliers qui ont bénéficié l’an passé de cours anormalement élevés. « Jean Glavany, l’ancien ministre de l’Agriculture en avait rêvé, Michel Barnier s’en donne aujourd’hui les moyens », explique la branche céréalière de la FNSEA. Quand on se souvient du peu de sympathie que portait le syndicalisme majoritaire au ministre du gouvernement Jospin, on se rend compte du degré d’amertume atteint par les céréaliers de la FNSEA.
Chacun pour soi
De leur côté, les éleveurs du Massif Central louent « l’excellent travail de Michel Barnier » qui permet une « réorientation massive et sans restriction des budgets de la Pac vers l’élevage qui souffre ».
Dans une interview au quotidien Les Marchés, le 27 novembre, Pierre Chevalier, président de la FNB (Fédération nationale bovine) persiste et signe. Il plaide pour « un véritable soutien des productions fourragères » tablant sur « un prix des céréales objectivement à la hausse pour les années qui viennent ». Il compte sur différents leviers : l’article 68 à hauteur de 10 % mais surtout sur les 25 % des paiements recouplés qui mettraient 1,2 milliard à disposition de l’élevage. Sans oublier la prime à l’herbe à des fins de biodiversité et les 5 % de modulation. En totalité, « on n’est pas loin de 200 euros à l’hectare ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
De mémoire de syndicalistes, on n’avait jamais vu un tel niveau d’opposition. En effet, la fracture de la FNSEA en deux camps est aujourd’hui apparente. La cohésion est soumise à forte pression par communiqués et interviews interposés.
Maintenir l’unité
Dans ce contexte, tenir la barre de ce qu’on appelle la « grande maison » devient de plus en plus difficile. C’est pourquoi, le leader de la FNSEA organise le 11 décembre un séminaire regroupant le bureau de la FNSEA, les présidents des régions et les présidents des associations spécialisées. Le sujet : le bilan de santé de la Pac. L’objectif : « Tout mettre sur la table ». Un séminaire qui pourrait bien tourner, au mieux, à la thérapie de groupe, au pire au règlement de compte. « Seul Jean-Michel Lemétayer est aujourd’hui capable de tenir le syndicat », confient des élus soucieux face au risque d’implosion. Alors qu’il est tenté par une aventure politique à l’occasion des élections européennes, Jean-Michel Lemétayer pourrait être vivement sollicité pour conserver son mandat. Sa mission : essayer de maintenir l’unité du premier syndicat agricole français.