La FNSEA se donne du temps pour décider de sa participation aux groupes de travail définis par le ministre Michel Barnier. Le bureau hebdomadaire du syndicat et la commission syndicale mensuelle ont été l’occasion pour les composantes de la « grande maison » de « dire les choses » face aux choix français sur la Pac. C’est le 19 mars, lors du conseil d’administration de la FNSEA, que le syndicat devrait donner sa position. En attendant, Philippe Pinta, le président d’Orama, a choisi de démissionner de ses fonctions de trésorier et de président de la commission économique de la FNSEA. Une décision « à la hauteur du désarroi et de l’incompréhension résultant » de la gestion du dossier par la maison mère.
Michel Barnier a jeté un pavé dans la mare en décidant de la constitution de trois groupes de travail pour lever les zones d’ombre du dispositif annoncé le 23 février. Un de ces groupes doit se consacrer à l’utilisation du solde des aides découplées (article 63) pour un montant d’environ 570 millions d’euros. Il s’agirait pour ce groupe de régler notamment le problème des zones intermédiaires fragilisées par les prélèvements sur les aides décidés par la France. Lors de sa conférence de presse, le 23 février, le ministre a invité très clairement les céréaliers à s’organiser pour soutenir ces zones.
« Que le ministre assume lui-même ses décisions ! »
Mais dans une interview à la presse agricole départementale (PAD) adhérente de Réussir parue dans la semaine de 2 mars, Philippe Pinta, président d’Orama et trésorier de la FNSEA, a indiqué qu’il refusait que les professionnels des grandes cultures participent à ce groupe de travail. « Que le ministre assume lui-même ses décisions ! », a-t-il lancé. D’autant que l’exercice demandé aux céréaliers est porteur de division à l’intérieur même du secteur. « Ce n’est pas aux professionnels de se déchirer entre eux pour savoir combien il faut mettre sur telle ou telle production », a confirmé Xavier Beulin, le vice-président de la FNSEA et vice-président d’Orama, dans une interview donnée à la PAD en même temps que Philippe Pinta, mais au titre de ses fonctions à la FNSEA et à la Fop. Nuance de taille avec le président d’Orama, Xavier Beulin appelle la filière à négocier « des contreparties à ce mauvais accord pour les grandes cultures ». Son idée : profiter d’un second pilier enrichi par la modulation et le retour des 300 millions d’euros un temps exclu du budget du ministère pour créer une mesure spécifique aux zones intermédiaires, « plutôt que de développer des mesures fumeuses », a-t-il expliqué à Agra presse hebdo.
Ne pas renoncer à la progressivité
A titre personnel, il se dit « très dubitatif » quant à la possibilité « d’aller encore plus loin » dans le prélèvement, compte tenu de « la hauteur de la marche ». Sur le plan social et fiscal, il demande que la dotation pour aléas soit utilisable en cas de perte de revenus. Et il souhaite une réflexion de la filière et des pouvoirs publics autour du partage de la valeur ajoutée. Xavier Beulin insiste aussi sur l’intérêt de « ne pas renoncer à introduire une notion de progressivité », même si cela demande de « mettre un peu la pression » sur le ministère. Il « préfère trois ou quatre mesures ayant un impact plutôt que des manifestations dans la rue ». Selon lui, il ne faut pas rater la fenêtre de tir : « Dans 6 ou 9 mois, la pression sera retombée et ce sera plus difficile d’aller chercher ces quelques mesures ». De son côté, Philippe Pinta a indiqué dans la PAD qu’il refusait en bloc « les décisions du ministre » et contestait la clause de rendez-vous à l’automne 2010 réclamée par le président de la FNSEA.
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De l’amertume
Dans ce contexte, maintenir la cohésion du syndicat, qui regroupe pas moins de 30 filières spécialisées, relève pour Jean-Michel Lemétayer de l’exercice d’équilibriste. D’autant plus que Philippe Pinta lui a présenté le 26 février une lettre de démission partielle (voir encadré). La grande maison a choisi de temporiser. Elle se donne jusqu’au 19 mars, date du conseil d’administration, pour réagir et décider ou no de sa participation aux groupes de travail initiés par le ministre. Le bureau du 4 mars a en tout cas permis à chacun de « dire les choses », souligne Pascal Ferey, l’un des vice-présidents. Évidemment, « l’amertume » des uns et des autres a été perceptible lors de ce « tour de piste » des différents points de vue. À titre personnel, Pascal Ferey estime qu’il faut aller jusqu’au bout de ses responsabilités en tant que syndicaliste. Il insiste sur « l’ampleur de la tâche » du groupe de travail qui doit se consacrer par exemple à l’article 68 et aux critères d’attribution des nouvelles aides. Ce ne sera vraisemblablement plus Michel Barnier qui tranchera, mais son successeur. « Ayons le courage de dire que ce rééquilibrage des aides était nécessaire », poursuit Pascal Ferey. « N’oublions pas non plus d’expliquer à ceux qui nous disent “on nous prend 20 000 euros d’aides” que bon nombre d’entre nous ne les ont jamais eus, même à 100 % de leur soutien ».
Une marche trop haute
Autre réunion « test » dans la « grande maison » le 4 mars : la commission syndicale mensuelle qui regroupe les présidents des fédérations régionales. Les choix français sur le bilan de santé de la Pac ont « fait une série de mécontents », résume Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA et président de la FRSEA de Midi Pyrénées, « région pour moitié de culture et d’élevage ». Selon lui, « ces deux heures de tour de table ont montré que les régions de culture ne contestent pas la reconnaissance de l’herbe qui doit passer par un effort de convergence des soutiens. Le problème réel est la hauteur de la marche qu’il leur faut franchir ». Ces régions réclament en effet de la progressivité dans les mesures annoncées. « Le souci exprimé par les régions de culture est : comment faire pour sortir de ce débat sur les aides ? », avance le syndicaliste. « La clé est l’organisation des producteurs et la défense des prix à la production », explique-t-il. Une posture syndicale qui a surtout le mérite d’aplanir les divergences au sein de la FNSEA qui se serait bien passée de ce rôle d’arbitre entre ses associations spécialisées.