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Prix alimentaires La France bonne élève de l’Europe

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En dépit d’impressions laissées par des cas particuliers, l’alimentation, en France, n’est pas plus onéreuse et son prix n’augmente pas plus que dans la plupart des autres pays de l’Union européenne. La hausse récente des prix alimentaires est un fait avéré dans l’ensemble de l’UE. La commission européenne estime qu’il s’agit d’une hausse souvent excessive, dépassant l’impact logique de la hausse des produits agricoles.

La France a-t-elle des produits alimentaires beaucoup plus onéreux que la moyenne de l’Union européenne ? Non, répond une étude de l’Union européenne parue en juillet 2007 sur des données 2006. La hausse des prix alimentaires est-elle plus forte en France que chez ses voisins ? Non répondent encore les statistiques de l’UE les plus récentes. Deux observations qui enlèvent une part des arguments justifiant une dérégulation des relations commerciales, objectif de la prochaine loi sur la modernisation économique.

Dans son analyse de juillet 2007, Eurostat, la branche statistique de l’Union européenne, calculait, pour les produits alimentaires, boissons et tabacs les indices moyens de chacun des pays membres (ainsi que certains non-membres) par rapport à une moyenne établie à 100 pour l’UE à 27. La France se situe à l’indice 105, soit le même que celui de l’Allemagne. Parmi les pays à l’alimentation plus onéreuse se trouvent la Belgique (indice 110), l’Autriche (110), le Royaume Uni (113), l’Italie (115), la Suède (119), l’Irlande (125) et le Danemark (142). En revanche, les prix alimentaires sont moins élevés en Grèce (indice 98), Espagne (92), Portugal (88), Pays Bas (88), Hongrie (71), Pologne (67). À quelques exceptions près (dont les Pays Bas) on voit se constituer deux groupes de pays, ceux du nord d’une part et ceux du sud et de l’est d’autre part. Ces prix à la consommation n’empêchent évidemment pas des écarts sur certains secteurs et sur les prix payés aux producteurs. « Les Allemands nous paient mieux pour nos produits, témoigne Pascal Prot, président du groupe coopératif Champagne Céréales, alors leurs prix à la consommation sont plutôt moins cher ».

Moins d’inflation en France

Ces données datant de 2006, la situation aurait-elle rapidement évolué depuis ? Non, si l’on en croit d’autres chiffres de l’UE, ceux que la Commission diffuse régulièrement pour témoigner des hausses de prix alimentaires. Selon ces statistiques, entre avril 2007 et mars 2008, l’inflation alimentaire en France a été plutôt plus faible que dans les pays voisins et comparables. Elle a été de 6,2 % en Belgique, 7,5 % au Danemark, 7 % en Allemagne, 9,3 % en Irlande, 7,7 % en Autriche et 6,8 % en Suède. Ce taux n’a été que de 5,6 % en France soit moins que la moyenne européenne (6,9 %) et à peine plus que l’Italie (5,5 %), les Pays Bas (5,2 %) et le Royaume Uni (5,5 %).

Si la France a été bonne élève au sein de l’Europe, celle-ci n’en a pas moins connu un regain général d’inflation sur les produits alimentaires.

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Selon des calculs de la Commission européenne, la hausse des principaux prix agricoles enregistrée en février dernier par rapport au même mois de 2007 aurait dû se traduire dans l’UE par une augmentation moyenne de 5 % des prix au consommateur, alors que cette dernière a été en réalité de 7 %. Une différence qui s’explique a priori par une amélioration des marges de la chaîne alimentaire.

Le prix du blé a progressé de 84 % et celui du maïs de 28 % entre février 2007 et février 2008, constatent les services de la Commission. Ils estiment que ces hausses auraient dû en théorie entraîner une augmentation de 3 % du pain et des céréales de consommation. Pourtant, ils observent que cette augmentation a été de 10 %. De même, la progression, sur cette période, de 21 % du prix du beurre et de 63 % de l’huile de colza aurait dû se traduire par une hausse de 8 % des prix à la consommation des graisses animales et végétales. Or, cette dernière a été de 12 %. Idem pour l’augmentation des prix à la production du lait (+30 %), du fromage (+35 %) et des œufs (+17 %) qui, au niveau des consommateurs, aurait dû provoquer une hausse de 12 %, alors que celle-ci a été en réalité de 15 %.

Le secteur de la viande connaît un phénomène inverse. Du moins à ce stade. Les prix à la production ont progressé de 9 % pour la volaille, 3 % pour le porc et 2 % pour le bœuf entre février 2007 et février 2008. Les services bruxellois estiment que, en prenant en compte l’impact direct des coûts de l’alimentation animale, ces augmentations auraient dû aboutir à une hausse de 8 % du prix de la viande au détail. Or, cette dernière a atteint en fait 4 %.