Michel Chabanel, président de Céréa Partenaire (Unigrains), succède à Louis Godron (Argos Soditic) à la présidence de l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance). Il détaille pour Agra Alimentation les enjeux de son mandat : ils concernent notamment l'image du capital-investissement et la réglementation, qui influencent sa capacité à lever des fonds. Pour rappel, l'Afic regroupe l'ensemble des structures de capital-investissement installées en France : innovation, développement, transmission et retournement.
Quelle est l'image du capital-investissement en France ?
Bien qu'il représente une source de financement importante, en France le capital-investissement reste peu connu du grand public. Alors que les PME se financent à 92 % auprès des banques, elles collectent 7 % de leur financement auprès du capital-investissement et 1 % en Bourse.
A tort, notre métier est parfois encore assimilé aux hedge funds et autres fonds spéculatifs, alors que nous sommes un partenaire de long terme qui participe à la réalisation de projets portés par des entreprises non cotées… Et si nos élus plébiscitent l'entreprise familiale, ces entreprises dont le capital reste fermé se développent moins vite que lorsqu'elles se renforcent avec un investisseur extérieur qui apporte non seulement des fonds propres, mais aussi un soutien au management, en accompagnant les projets tels que des acquisitions, le développement à l'export. C'est un frein culturel typique de la France, contraire à la pratique dans les pays anglo-saxons, alors même qu'année après année nous contribuons au développement économique et à l'emploi. Ainsi, en 2012, les entreprises accompagnées par des fonds ont généré une création nette de 80 000 emplois en France (pour une création totale de 120 000 emplois, ndlr).
Comment ce déficit d'image se traduit-il concrètement ?
Les investisseurs institutionnels français se tournent très peu vers le capital-investissement. Moins de 1 % de leurs actifs sont investis dans les entreprises non cotées. Ce chiffre monte à 3 % en moyenne en Europe à 9 % aux Etats-Unis. Le fonds de l'université de Yale a même annoncé vouloir passer sa proportion allouée au capital-investissement de 14 à 30 % !
Le volume d'investissement reste faible, en France. Le montant investi en capital-investisse-ment par rapport au PIB y est de 0,24 % à compa r e r à 0,79 % au Royaume-Uni et 2,3 % aux Etats-Unis. Pourtant, nous accompagnons 5 000 entreprises, soit 1 % du total en France, contre 0,3 % en Europe.
Ce « saupoudrage » rend-il l'action des fonds moins efficace ?
Bien au contraire. Ces 5 000 entreprises sont accompagnées par 4 000 pr of e ssionne ls du capital-investissement qui ont chacun des spécificités : de l'innovation à la transmission en passant par le développement, une spécialisation par secteurs d'activité, des présences régionales. Ce maillage est très bénéfique pour couvrir le tissu entrepreneurial en France.
Comment développer le capital-investissement ?
Nous cherchons à avoir un environnement le plus propice possible à l'investissement. Des réglementations européennes et internationales très contraignantes entravent les compagnies d'assurance et les banques. Ces réglementations, Solvency II pour les assurances et Bâle III pour les banques, fixent le niveau de fonds propres nécessaire en contrepartie d'une exposition dans le non coté. Or, par exemple dans Solvency II, le capital-investissement est logé à la même enseigne que les fonds spéculatifs, avec un taux de charge de 49 %, contre 39 % pour le coté. C'est-à-dire que pour 1 euro investi dans une entreprise non cotée, l'assureur ou le banquier doit mettre en réserve dans ses fonds propres 49 centimes d'euros. Ceci alors que nous représentons un actif moins volatil que le marché boursier chargé lui à hauteur de 39%. Ce n'est pas justifié. Nous nous battons donc au niveau européen pour qu'à tout le moins nous obtenions pour les assureurs le même taux que celui du côté, à 39 %. Le dossier pourrait aboutir à l'automne.
Et comment le développer plus spécifiquement en France ?
Nous devons faire montre de pédagogie, expliquer sans relâche en quoi consiste notre métier, quel est son utilité pour l'économie, quels sont nos rendements et l'intérêt d'allouer des capitaux à des fonds d'investissements. Nous organisons ainsi une réunion le 2 juillet prochain avec des investisseurs institutionnels français peu présents dans le capital-investissement. Parallèlement, nous assurons une promotion à l'international pour montrer aux investisseurs étrangers que la France, malgré son faible niveau de croissance actuel et sa réputation de fiscalité élevée, est un bon terreau d'investissement. Tout en créant mas-sivement de l'emploi dans les entreprises que nous accompagnons, notre taux de rendement est supérieur à celui des autres pays européens : 10,7 % net sur dix ans à fin 2013, pour 10,4 % au Royaume-Uni, 8,8 % en Allemagne ou 2,9 % en Espagne.
Y a-t-il une pénurie de fonds disponibles en France pour investir en fonds propres ou quasi-fonds propres ?
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On note une légère inflexion. Depuis cinq ans, le capital-investissement levait moins d'argent auprès des investisseurs que ce qu'il investissait dans les entreprises. La tendance s'est inversée en 2013, ce qui nous a permis de reconstituer des réserves, avec 8,2 milliards d'euros levés pour 6,5 milliards d'euros investis. Pour autant, ceci ne permet pas encore de combler le déficit de financement qui s'est creusé au cours de ces dernières années.
Le capital-investissement couvre-t-il correctement les besoins des entreprises à tous les stades de leur développement ?
On aimerait que le capital-investissement soit encore plus présent, cependant il est important de noter que nous avons une industrie bien développée et qu'avec environ 1 300 entreprises soutenues chaque année par le capital-investissement en France, nous avons un des meilleurs taux de couverture.
Avec les dispositifs publics qui encouragent les start-up innovantes, les premiers stades de financement en capital-innovation sont assez bien couverts C'est peut-être un peu plus difficile pour le tour des financements suivants quand il faut alors investir 15 à 20 millions d'euros.
À un stade plus avancé le capital-développement aide les entreprises à atteindre le palier de l'ETI. En volume d'opérations c'est le segment le plus actif du capital-investissement en France, avec 800 des 1 500 financements réalisés par an ces dernières années.
Enfin le capital-transmission répond à la logique de succession que l'on retrouve dans les entreprises familiales. D'ici à dix ans, nous estimons à 24 000 le nombre de PME dont le fondateur arrivera à la retraite. Il intervient également pour redonner une seconde vie à des filiales dont le potentiel de développement végète à l'ombre de grands groupes.
Quelles sont les spécificités du secteur agroalimentaire sur le terrain du capital investissement ?
Le secteur agroalimentaire se prête très bien au capital-investissement. Il est constitué de nombreuses PME, qui présentent souvent de belles opportunités de croissance. Certaines doivent aussi assurer leur transmission. Même si les coopératives ne peuvent pas ouvrir leur capital, leurs filiales le peuvent. Rapporté à sa taille, il y a beaucoup de transactions dans ce secteur.
Président de Céréa Partenaire depuis août 2011, Michel Chabanel pilote les opérations de capital-transmission et de financement mezzanine de cette filiale d'Unigrains. Il a auparavant passé sept ans chez Pragma Capital, fonds de capital-investissement dédié aux PME. Michel Chabanel a commencé sa carrière à la Banque Indosuez (devenue ensuite Crédit Agricole Indosuez) et à la Royal Bank of Scotland, où il s'est spécialisé dans le financement d'opérations d'envergure.
L'Afic a été créée le 27 juillet 1984. Elle compte 271 membres actifs et regroupe l'ensemble des structures de capital-investissement installées en France. L'Afic compte également 266 membres associés issus de tous les métiers qui accompagnent et conseillent les investisseurs et les entrepreneurs dans le montage et la gestion de leurs partenariats.
Les ingénieurs agronomes du Groupe Agrofood et Agra Alimentation organisent le 25 novembre 2014 à Paris la 11e édition du colloque biennal Agrofinance. Dans un contexte mondial en pleine évolution, les Industries agroalimentaires gardent leurs atouts pour assurer un développement pérenne. L'agroalimentaire français, 1er employeur et 1er exportateur de France, compte des leaders mondiaux dans des domaines stratégiques tout autant que des PME qui ne demandent qu'à se développer. Face aux besoins de l'industrie agroalimentaire française, de nouveaux modes de financement se mettent en place. Le rendez-vous Agrofinance aura lieu sur le thème : « La créativité au service du financement de l'agroalimentaire ». Figurent déjà parmi les participants aux tables rondes : Olivier Casanova (DAF Tereos) ; Luc Dar-bonne (Darégal) ; J. Ph. Girard (Ania, Eurogerm) ; Ph. Du Mesnil (Ceva) ; Fatine Layt (Oddo) ; Thierry Simon (CACIB) ; Jean-Philippe Puig (Sofi-protéol) ; Christian Couilleau (Even) ; Bert Van de Vaart (SEAF). Christophe Tournier directeur executif de CMCIC Capital Finance ; Thierry Gou-bault (p.-d.g. Charles et Alice).
Information et inscription : www.agrofinance.fr