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Matières premières La France tente de rassurer et de convaincre avant le « G20 agricole »

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La France s’emploie à rassurer les pays émergents sur ses intentions, expliquant que son objectif, en tant que présidente du G20, n’est pas de limiter les prix des produits agricoles de base, mais de combattre la volatilité « excessive » des prix et la spéculation financière sur les matières premières. Son objectif est de faire adopter un « plan d’action » dans un mois par le « G20 agricole » réuni au niveau ministériel. Dans cette perspective, la Commission européenne est disposée à œuvrer pour une « transparence totale » sur les marchés.

«Nous nous approchons d’un consensus sur le plan d’action français » qui pourrait être adopté par les ministres de l’agriculture du G20 les 22 et 23 juin à Paris, a estimé Bruno Le Maire qui participait le 20 mai à une réunion de responsables des pays émergents et industrialisés organisée à Buenos Aires. Ces derniers mois, des pays émergents, dont le Brésil et l’Argentine, avaient mis en garde la France contre toute tentative de limiter les prix agricoles mondiaux.
Le ministre français de l’agriculture a voulu rassurer sur ce point son homologue argentin, Julian Dominguez, en déclarant : Paris « ne souhaite en aucun cas limiter les prix des matières agricoles, si les prix montent tant mieux pour les producteurs, ce que nous voulons combattre c’est la volatilité excessive des prix et la spéculation financière sur les matières premières ». Une « clarification » jugée « très importante » par M. Dominguez.
M. Le Maire devait effectuer les 26 et 27 mai un déplacement en Chine pour poursuivre la préparation du « G20 agricole ».

« Prévenir les abus de marché »
« Les spéculateurs ont été considérés comme les grands responsables de la crise alimentaire de 2007-2008 », écrivent Dacian Ciolos, le commissaire européen à l’agriculture, et Staffan Nilsson, le président du Comité économique et social européen, dans une tribune libre publiée à l’occasion d’une conférence sur la sécurité alimentaire qui se tenait le 23 mai à Bruxelles. Selon eux, « étant donné que cette volatilité des prix est susceptible de continuer, nous devons nous assurer que nous disposons d’une bonne réglementation sur ces marchés, en particulier pour prévenir les abus de marché ».
« Une première étape serait d’améliorer l’information du marché – un système qui rassemblerait et publierait toutes les données liées à la sécurité alimentaire », estiment MM. Ciolos et Nilsson.

L’UE doit faire preuve d’une « transparence totale »
Pour assurer cette « transparence », il faudra notamment « améliorer le fonctionnement des marchés à terme », a précisé le commissaire européen lors de cette conférence qui se tenait au Comité économique et social européen. « En plus de cela, les grands pays exportateurs doivent se parler ! Il faut créer une instance pour ça. Il est irresponsable de prendre par surprise les marchés avec des décisions de fermeture des exportations unilatérales et non coordonnées », a-t-il ajouté.
Enfin, M. Ciolos a proposé que « l’Europe prenne ses responsabilités en faisant la transparence totale sur les prévisions de marché à court terme, sur les stocks publics et privés et sur les prévisions de récolte pour que les opérateurs soient mieux informés » (1). « Mais cet effort de transparence doit être partagé. Les agriculteurs, pour prendre leurs décisions de production, doivent être bien informés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », a-t-il déploré.

« Réguler » les marchés des dérivés sur produits de base
Les Vingt-sept « encouragent » la Commission de Bruxelles à « présenter des propositions pour améliorer la transparence et la régulation des marchés des dérivés sur produits de base, dans le cadre de la révision de la directive concernant les marchés d’instruments financiers et de la directive relative aux abus de marché ». Cette demande est formulée dans des conclusions sur « la manière de relever certains défis financiers posés par les matières premières et les marchés des produits de base » qui ont été formellement adoptées le 23 mai par le Conseil des ministres de l’UE et se réfèrent à la communication de la Commission de février intitulée Relever les défis posés par les marchés des produits de base et les matières premières (2).
Les Etats membres insistent, dans ce texte, sur « la nécessité de mettre en place un régime efficace permettant d’identifier et de prévenir les abus de marché, en particulier les manipulations entre les marchés physiques et les marchés des dérivés sur produits de base, et d’évaluer l’efficacité tant des instruments existants que de leurs mécanismes d’application ».

(1) Voir n° 3302 du 23/05/11
(2) Voir n° 3287 du 07/02/11

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