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La fraude alimentaire bientôt intégrée dans les référentiels de certification

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La fraude alimentaire constitue non seulement un fléau pour les entreprises, mais aussi un réel danger pour la santé des consommateurs. La prochaine version du document guide de la GFSI (version 7) attendue dans le courant 2016 devrait demander aux référentiels de certification d'intégrer des exigences d'atténuation des risques de fraude. Plus de 10 000 tonnes de nourriture frelatée ou contrefaite ont été saisie sdans 57 pays en début d'année lors de l'opération Opson V menée conjointement par Interpol et Europol, contre 2 500 tonnes un an plus tôt, témoignant d'une recrudescence sans limite.

La fraude alimentaire existe depuis toujours et l'imagination des fraudeurs semble sans frein. Si l'avantage économique reste leur principal objectif, loin devant l'intention de nuire, il n'empêche que leurs agissements peuvent dans certains cas avoir de graves conséquences sur la santé des consommateurs. Chacun garde en mémoire le triste épisode, en 2008, de la mélamine ajoutée dans le lait en Chine pour ajuster le taux de protéine, qui a rendu malades plus de 290 000 consommateurs, dont plus de 51 000 hospitalisés et sans doute causé la mort d'au moins 11 personnes. Et si remplacer par exemple, de la poudre de cumin, dont les prix augmentent, par des noix ou des coques concassées, ne semble pas dangereux à première vue, cela peut pourtant avoir de terribles conséquences pour des personnes allergiques. Quant à la crise de la viande de cheval de 2013 en France, si la fraude n'a eu aucune incidence sur la santé des consommateurs, la tromperie sur la marchandise a en revanche servi de déclencheur à une prise de conscience massive auprès des acteurs de l'agroalimentaire.

D'où l'importance de faire figurer la fraude alimentaire dans les référentiels de certification (BRC, IFS, FSSC ...) au même titre par exemple que 1 efood de-fence (gestion des malveillances internes) obligatoire depuisjuillet 2014 (Agra Alimentation du 17 décembre 2015). « Si le lien entre fraude et sécurité alimentaire n'était pas toujours clairement défini dans l'esprit des acteurs de l'agroalimentaire, rappelle Fayçal Bellatif, directeur de Eurofins Certification, il y a maintenant une vraieprise de conscience ».

Ainsi, la Global Food Safety Initiative-GFSI (1) a-t-elle déclaré « la prévention contre la fraude alimentaire comme devant faire partie intégrante des démarches de maîtrise de la sécurité des aliments exigée par les référentiels de certification », se réjouit Eurofins, dans son dernier focus agroalimentaire d'avril, qui en tant qu'expert de la bio-analyse et de l'expertise a participé aux groupes de travail de la GFSI sur le sujet. Eurofins constate une recrudescence des fraudes au travers des analyses qu'il réalise, sachant « que plus nous innovons dans l'analyse, plus nous arrivons à détecter avec précisions toutes sortes de fraudes alimentaires », souligne Fayçal Bellatif.

BIENTÔT DANS LE DOCUMENT GUIDE DE LA GFSI

Ainsi, après avoir parrainé un think tank (1) créé en 2012 sur la fraude alimentaire, dont les travaux ont servi dans un premier temps à constituer un socle de réflexion, la GFSI est donc passée à l'étape suivante. La prochaine version du document guide de la GFSI (version 7), attendue courant 2016, « devrait demander aux référentiels de certification d'intégrer des exigences d'atténuation des risques de fraude », indique Eurofins. Un nouvel aspect de la certification qui peut toutefois laisser certains industriels assez démunis. C'est pourquoi les organismes de certification vont devoir accompagner les entreprises dans l'élaboration des contrôles visant à détecter leur niveau de vulnérabilité face à la fraude alimentaire.

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Saisie alimentaire record

Des intestins de poulet conservés dans du formol pourtant interdit dans les additifs alimentaires, des olives repeintes au sulfate de cuivre pour être plus vertes, de la viande illégale ou impropre à la consommation, du sucre contaminé avec de l'engrais, des litres et des litres de faux alcools (vin, whisky et vodka), des compléments alimentaires contenant des ingrédients nocifs... La liste fait froid dans le dos et donne un aperçu de ce qui figurait dans plus de 10 000 tonnes de nourriture frelatée ou contrefaite saisie dans 57 pays lors d'une opération menée conjointement par Interpol et Europol. Cette opération baptisée « Opson V » constitue un record en quantité de matières saisies, selon l'organisation policière internationale citée dans le communiqué du 30 mars. Lan dernier, « Opson IV » avait permis de saisir 2 500 tonnes d'aliments contrefaits. Ces opérations ont conduit à de nombreuses arrestations dans le monde, indique Interpol, sans en préciser le nombre. Impliquant la police, les douanes, les organismes nationaux de réglementation alimentaire et les partenaires du secteur privé, des contrôles ont été effectués dans les magasins, les marchés, les aéroports, les ports maritimes et les zones industrielles entre novembre 2015 et février ici 2016. « La nourriture et les boissons frelatées et de mauvaise qualité sont une menace réelle pour la santé et la sécurité », a commenté Michael Ellis, chef de l'unité dédiée à la lutte contre le trafic de marchandises illicites au sein d'Interpol.

AIDER L'INDUSTRIE A SE DOTER DES OUTILS

« L'approche qui nous anime vise à produire des analyses de détection des produits fraudés et des outils d'évaluation de la vulnérabilité d'une chaîne d'approvisionnement afin de sensibiliser tous ses acteurs sur le fait que la fraude alimentaires n'a pas qu'un impact financier, qui peut être faible parfois, mais qu'elle peut éga-lement avoir des conséquences graves sur la santé, explique Fayçal Bellatif. C'est à nous d'aider l'industrie agroalimentaire à se doter des outils nécessaires pour lutter contre lesfraudes. Nous les aidons à mieux les traquer en interne, à déterminer s'ils sont vulnérables ou pas : les entreprises veulent chercher, mais ne savent pas toujours où et quoi, c'est là que nous intervenons ». Et cette démarche va même plus loin. « Si chaque entreprise à saplace dans la chaîne alimentaire, quelle que soit sa taille, prend conscience de ce fléau et engage des mesures d'atténuation, on pourra au moins réduire le problème, pronostique-t-il. A condition que cette prise de conscience soit mondiale,parce que le marché est mondial maintenant ».

RISQUE HUMANITAIRE

Parce qu'au-delà de l'impact sur la santé du consommateur, une autre conséquence de cette chasse aux fraudeurs vise aussi plus globalement à éradiquer ce type de comportements. Des fraudes sur les produits alimentaires, dont les tonnages à en juger par les dernières statistiques Opson V, ne cessent d'augmenter (lire l'encadré). Et ni les douanes, ni Interpol ne pourront arriver seuls àjuguler le problème. « Lafraude alimentaire est sans limite. Et si l'on ne peut pas encore parler d'un problème humanitaire dans les pays à nécessité nutritionnelle, nous n'en sommes pas très loin », redoute Fayçal Bellatif. En effet, la précarité de certaines populations dans le monde représente une source de profit facile pour tous ces faussaires.

(1) Créée en 2000, la Global food safety initiative (GFSI) regroupe des experts internationaux de la sécurité alimentaire couvrant l'ensemble de la chaîne alimentaire, des industriels aux distributeurs, en passant par des organisations internationales, des universitaires et des représentants des gouvernements. La mission de cette fondation vise à améliorer et à promouvoir les programmes de gestion de la sécurité alimentaire à travers l'industrie, intégrés dans le document guide (GFSI Guidance Document) décrivant les exigences que des référentiels de certification (BRC, IFS, FSSC 22000, SQF...) doivent inclure. (2) Food Fraud Think Thank composé de Danone, Ahold, Walmart, Steritech, Eurofins, Michigan State University : www.mygfsi.com/news-resources/news/295-gfsi-position-paper-on-mitigating-the-public-health-risk-of-food-fraud.html