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Spiritueux/Litiges La guerre froide de Pernod Ricard : « containment » à l’Ouest, « glasnost » à l’Est

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Bacardi ne sera pas inquiété pour la distribution de son rhum portoricain « Havana Club », marque que lui contestait Pernod Ricard qui voit sa plainte rejetée par la cour américaine du Delaware. Le groupe français entend faire appel. En revanche, le litige opposant Russian Standard Vodka et le numéro deux mondial des spiritueux concernant la distribution de la marque Stolichnaya vient de prendre fin à l’amiable.

Le juge américain en charge de l’affaire opposant Pernod Ricard à l’américain Bacardi sur la propriété de la marque Havana Club a rendu le 6 avril son verdict, défavorable au groupe français. Pernod Ricard conteste à Bacardi l’utilisation du nom « Havana Club ». Cette marque a été déposée par la famille Arechabala auprès de l’USPTO (US Patent and Trademark Office) en 1953, puis abandonnée après la révolution castriste. Dès 1996, suite à la joint-venture avec l’entreprise cubaine désormais nationalisée qui produisait le rhum, Pernod Ricard reprend le nom et obtient les droits sur la marque auprès de l’USPTO. Bacardi – qui avait racheté les droits de la famille Arechabala fin 1996 – argue aujourd’hui d’une résolution du Congrès américain (n°211) votée en 1998 qui annule la reconnaissance par l’USPTO du transfert de droits de marques cubaines après le coup d’Etat de Castro sans l’accord des anciens détenteurs. Cette longue procédure est amenée à perdurer puisque le groupe français a décidé de faire appel du verdict rendu par Sue Robinson (cour du Delaware), estimant qu’un rhum fabriqué à Porto Rico et néanmoins intitulé « Havana Club » induisait les consommateurs en erreur, reprenant par là-même l’argumentaire de l’USPTO. Le juge américain a au contraire établi que les étiquettes apposées par Bacardi sur ses bouteilles indiquaient clairement l’origine de la boisson et que le contenu restait « cubain dans l’âme » puisque la recette était celle vendue par la famille Arechabala. Les deux groupes de spiritueux ont une stratégie nécessairement opposée dans cette affaire, Pernod Ricard ne peut distribuer son rhum Havana Club aux Etats-Unis du fait de l’embargo, un marché évalué à 55% de la consommation mondiale. L’entreprise française espère surtout une réaction de l’OMC pour invalider la résolution n°211, à défaut d’une levée ou d’un assouplissement à l’avenir des sanctions envers Cuba.

Abandon des poursuites par Russian Standard Vodka
Le 8 avril en revanche, le groupe Pernod Ricard a eu la satisfaction de voir son concurrent russe, Russian Standard Vodka, retirer finalement sa plainte sans suite. Le litige remonte aux accords de distribution signés entre les deux entreprises en 2006, Pernod Ricard se voyait reprocher par son partenaire de prétendre commercialiser une boisson « russe » alors que la vodka Stolichnaya était embouteillée en Lettonie et distribuée par le groupe français. Qu’importait le flacon, puisque l’alcool était bien distillé par Russian Standard Vodka, mais le producteur russe voyait d’un mauvais œil la concurrence que faisait Stolichnaya à ses autres marques sur le marché américain. Depuis l’acquisition en 2008 du suédois Vin & Spirit (Absolut) par Pernod Ricard, l’entreprise française ne distribue plus la vodka Stolichnaya, et Russian Standard Vodka est donc redevenu un concurrent comme un autre.

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