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Nutrition animale « La hausse des matières premières : 25 euros par consommateur et par an »

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L’assemblée générale de Coop de France Nutrition animale se tiendra le 19 décembre à Paris. Ce sera l’occasion pour les professionnels de revenir sur la hausse du prix des matières premières de 2012, mais aussi de poser sur la table la question de la répercussion du coût des matières premières jusqu’au produit final. Interview de son président Jean-Luc Cade.

La nutrition animale est en première ligne face à la flambée du cours des matières premières. Quels enseignements les coopératives tirent-t-elles d’une année de hausse continue des prix ?
En 2012, ce qui nous a marqué, c’est la hausse du prix, non seulement des céréales, mais aussi des protéines. Cette flambée a coûté 1,6 milliard d’euros aux fabricants d’aliment et aux filières animales. C’est colossal comme montant. À titre de comparaison, le chiffre d’affaires global lié à la fabrication des aliments est de 6,4 milliards d’euros. Aucun maillon n’a la marge suffisante pour pouvoir internaliser ce surcoût. D’où la nécessité de répercuter cette hausse des matières premières jusqu’au consommateur. La prise en charge des 1,6 milliard d’euros par les consommateurs représenterait environ 25 euros de coût supplémentaire par an et par personne. Concrètement, le rapport Chalmin montre que le prix des matières premières dans le produit final est aujourd’hui très faible. Ce n’est donc pas non plus insurmontable pour la grande distribution de faire passer des hausses sur les produits finaux.
Face à cette situation, les acteurs des filières doivent s’engager à répercuter les hausses, ce qui n’exclut pas, parallèlement, de travailler sur la régulation des coûts. Et la contractualisation est un outil de régulation. Les secteurs où il y a de la contractualisation, ce sont ceux qui ont une vision moyen/long terme de leur coût, mais aussi du prix des animaux. Par exemple, en filière laitière, les producteurs ont une visibilité du prix de leur lait à quatre, cinq, voire six mois. Derrière, ils peuvent prendre une position par rapport à un prix de l’aliment. En somme, il faudrait passer d’une logique de prix, à une logique de sécurisation des marges. Et cela passera inévitablement par un changement de mentalité.

Avec le rapport Gallois, le gouvernement a fixé comme priorité aux acteurs économiques de regagner en compétitivité. Qu’en est-il des coopératives de la nutrition animale ?
La compétitivité, c’est, entre autres, éviter les surcoûts improductifs. Nous sommes contre toutes les fausses différenciations qui ne sont pas source de valeur, mais qui sont source de coûts. Je pense plus concrètement aux contrôles du respect des cahiers des charges en usines. Il existe près de 400 initiatives de qualité. Et chaque initiative a son propre cahier des charges. Sauf que de nombreux labels de qualité ne sont pas ou peu différenciant, et sont parfois même redondants. Nous avons donc initié un projet de rationalisation des contrôles en usine en 2004. Nous avons créé un outil commun Oqualim. Il s’agit d’une démarche collective qui permet d’avoir une certification « métier » unique des usines qui doit donc permettre une rationalisation des contrôles par les cahiers des charges produit. Concrètement, au lieu d’avoir 10 à 11 contrôles par an, un fabricant d’aliment sera contrôlé une fois par an sur deux ou trois jours. Grâce à cette démarche, nous allons limiter les coûts, les pertes de temps sans toucher à la sécurité alimentaire. Le dispositif devrait être opérationnel en 2013. Pour la suite, nous travaillons avec nos homologues européens pour que la démarche Oqualim soit reconnue en dehors de nos frontières.
Voilà un exemple de travail allant dans le sens d’une amélioration de la compétitivité de nos activités. Après, on attend aussi un accompagnement des pouvoirs publics plus tranchés. Il faut qu’ils arrêtent de mettre des bâtons dans les roues. L’écotaxe pour les poids lourds est un coût supplémentaire pour nos filières. Et dans le même temps, on nous demande d’être plus compétitif…D’une manière plus générale, et c’est un mal français, on a tendance à reconstruire du nouveau sur de l’ancien. On empile. Aujourd’hui, il faut dépoussiérer l’économie.

La production agricole durable semble au cœur des préoccupations des pouvoirs publics. Comment les coopératives se positionnent-elles sur la question ?
Nous avons des exemples concrets de notre engagement dans la démarche de production dusrable. Sur le thème de l’antibiorésistance, nos adhérents ont énormément progressé. Entre 2010 et 2011, les volumes de pré-mélange médicamenteux ont diminué de 17%. On s’attend à une nouvelle baisse en 2012, de l’ordre de 20 à 25%. Il y a une vraie prise de conscience des filières, en particulier en filière cunicole et porcine. Avec du recul, le recours aux antibiotiques a été une solution un peu facile qui a empêché la mise en place de solutions un peu compliquées, mais plus durables. Une baisse des aliments médicamenteux, c’et aussi remettre à l’honneur la zootechnie, la nutrition, la qualité des bâtiments. C’est un enjeu transversal.
Un autre exemple est l’approvisionnement en matières premières. Pour rappel, 77% de nos approvisionnements se font sur le territoire français. C’est un atout à valoriser. C’est surtout en protéines que nous recherchons à diminuer la dépendance aux marchés extérieurs. Il faut un nouveau plan protéines. Cela pourrait passer par un soutien financier plus important pour la rechercher et l’innovation. Je pense notamment au pois protéagineux dont le rendement a stagné pendant que celui du blé augmentait considérablement. Et il ne s’agit pas d’OGM, il s’agit d’un travail de sélection des variétés. Au-delà nous engageons une réflexion globale sur la durabilité de nos approvisionnement qui devrait aboutir à de premières actions concrètes courant 2013.

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