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Philippe Chalmin La hausse du dollar, un « cadeau des dieux » pour les agriculteurs européens

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Spécialiste des marchés de matières premières, professeur à l’Université de Paris-Dauphine, Philippe Chalmin estime que la Chine et surtout l’évolution des parités monétaires jouent le rôle majeur dans l’appréciation des prix des matières premières. La hausse du dollar, surtout, est un « cadeau des dieux » pour les agriculteurs.

Une reprise s’est fait sentir sur les marchés des matières premières en 2009, mais elle n’a pas touché les produits agricoles. Pourquoi ?
Pour l’essentiel, cette reprise est très largement liée à l’affaiblissement de l’euro par rapport au dollar et encore plus à la reprise de la demande en Chine. Celle-ci a concerné les minerais et les métaux ainsi que les produits agricoles comme le coton, la laine, le caoutchouc. Pour les produits alimentaires, l’impact de la Chine se limite au soja, qui est d’ailleurs l’un de ceux à s’être le mieux tenu. Sur le complexe céréales, deux bonnes années ont en plus permis de reconstituer les stocks. Et en parallèle, la demande du Maghreb en blé a baissé. Ceci dit, il faut se rendre compte qu’exprimés en dollars, les prix demeurent à des niveaux historiquement élevés, de l’ordre de ceux observés en 1997, année d’El Nino. Mais l’an passé, si les prix étaient bons en dollar, ce n’était pas le cas en euro.

Des frémissements à la hausse s’observent depuis quelques semaines sur le marché européen du blé. S’agit-il selon vous d’un phénomène durable ?
Les emblavements en blé ont diminué aux Etats-Unis. Un déficit entre offre et demande est envisageable pour la prochaine campagne. Un certain rééquilibrage a commencé à s’effectuer sur le blé rendu Rouen, qui cotait 127 euros/t le 27 mai contre 110 euros/t deux mois plus tôt. La hausse de la monnaie américaine est un cadeau des dieux pour les agriculteurs européens, parmi les seuls à en profiter. En plus, ils produisent plutôt du blé. Le potentiel de hausse est moins fort en maïs et en soja. La demande devrait se maintenir à un niveau élevé, à cause de l’éthanol américain dans le premier cas et de la demande chinoise dans le second. Mais s’il n’y a pas de sécheresse ni de problèmes climatiques, les récoltes mondiales de ces deux produits devraient atteindre des niveaux historiques et peser sur les marchés.

Quels pronostics faites-vous pour la prochaine campagne en ce qui concerne les prix européens et français ?
On a encore sous le pied des possibilités de réajustement par rapport à la baisse de la monnaie américaine. Le blé européen est indexé sur le prix mondial coté en dollar. Or la parité euro/dollar pourrait descendre à 1,15 ou 1,20. En plus, la campagne à l’export pourrait s’avérer meilleure, parce que les pays du Maghreb peuvent connaître des récoltes moins bonnes. Je ne serais pas étonné si le blé fob Rouen montait à 140 à 150 dollars en fin d’année.

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