Le Forum international du climat et de l'agriculture se tenait, le 20 février, veille de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, à Paris. Les représentants de l'agriculture dans de nombreux pays du monde ont affiché leur volonté de faire entrer l'agriculture dans les négociations de la COP21.
« D'ici juin, les pays vont présenter leur contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Un enjeu est de savoir s'ils intégreront ou non l'agriculture dans leurs engagements », a déclaré Laurence Tubiana, ambassadrice française pour les négociations climatiques, lors du Forum international agriculture et changement climatique à Paris, le 20 février. Jusque-là, l'agriculture était exclue des règles de comptage car « les émissions sont très diffuses ». Le texte qui sera négocié à Paris et qui a été élaboré à Genève, il y a quelques jours, doit intégrer l'agriculture et tenir compte de deux priorités : les droits humains et la sécurité alimentaire. « La COP 21, ce n'est pas un enjeu politique, c'est un enjeu tout court », a estimé Xavier Beulin, président de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, le 20 février. Il a insisté sur l'enjeu sous-jacent à celui du climat qui est de nourrir la planète où « 805 millions de personnes restent aujourd'hui sous-alimentées ». Le chef de l'Etat François Hollande a développé : « Nous devons nourrir la planète, nous avons besoin de toutes les innovations possibles, aussi pour protéger l'environnement et s'adapter au changement climatique ». Pour sa part, l'agriculture européenne s'est déjà fixée pour objectif de réduire les émissions agricoles de 40% d'ici 2030 (voir tableau). Les négociations de la conférence Paris climat 2015 (COP21) ne se feront pas sans l'agriculture qui veut adopter une position « offensive » pour reprendre les termes du ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll.
Nord et Sud sont sollicités, mais différemment
Le rôle des politiques mondiales du Nord et du Sud sera déterminant. Le Brésilien José Graziano Da Silva, directeur général de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'agriculture et l'alimentation) a rappelé que « les pouvoirs publics doivent être les têtes de file. Il faut partager les bonnes pratiques agricoles ». D'ici le 31 mars 2015, les pays du monde doivent délivrer leurs engagements de réduction. Au-delà des engagements, chaque pays devra répartir l'effort des différents secteurs de son économie. Dans le Nord, l'agriculture aura un rôle à jouer. Mais il devrait être plus important dans le Sud où la part PIB agricole est encore très importante dans le PIB national (voir graphique). L'agriculture a du potentiel et peut être « offensive ». Pour sa part, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a précisé que la COP21 soulève trois enjeux : « La contribution nationale de chaque pays à l'effort de réduction des gaz à effet de serre, l'exemplarité et la mobilisation générale ».
L'agriculture, principale bénéficiaire du Fonds vert ?
L'exemplarité relève, en partie, des relations Nord-Sud. Le ministre de l'Agriculture du Tchad, aussi présent au Forum international agriculture et climat, n'a pas hésité à interpeller ses homologues du Nord : « Les Pays les moins avancés (PMA) attendent beaucoup de la COP21. Nous voulons développer notre petite agriculture. Comment fait-on pour que les plus petits soient accompagnés ? ». Le Fonds vert international pour le climat a pour objectif de transférer vers les pays en développement les financements nécessaires à la lutte contre le changement climatique. Jusque-là, les contributions étaient le principal sujet évoqué car l'objectif fixé par la communauté internationale est d'atteindre 90 milliards d'euros par an. François Hollande a, pour la première fois, parlé de la distribution de la future cagnotte : « Une grande partie du Fonds vert international pour lutter contre le changement climatique doit être mis au service de méthodes de production agricole qui permettront aux agriculteurs du Sud de lutter contre le changement climatique ».
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« Vous avez les technologies, nous avons les terres »
Un autre enjeu clé des relations Nord-Sud sera le transfert des savoir-faire. « France, Danemark, Pays-Bas... vous avez les technologies, nous avons les terres. Travaillons ensemble », a déclaré le Dr. Evelyn Nguleka, présidente du Syndicat national des agriculteurs de la Zambie et présidente de l'Organisation mondiale des agriculteurs, présente au Forum du 20 février. Faisant référence à l'accaparement des terres agricoles sur le continent africain, elle ajoute : « La solution n'est pas de vendre nos terres, mais de partager nos connaissances ». La question climatique mobilise les pays du Sud car une grande partie de la population est agricole et dépend donc de l'accès au foncier agricole. « On ne pourra pas résoudre le problème du climat sans les agriculteurs », prévient Evelyn Nguleka. Pour lutter contre le changement climatique, tous les modes de production ont leur place. Les agricultures du Nord auront aussi un rôle à jouer. Comme le président de la République, Xavier Beulin estime que « la vraie clé réside dans l'innovation et le progrès ». Et de suggérer que la Pac propose de nouveaux instruments comme l'assurance et « accompagne les investissements dans nos fermes. »
OGM de deuxième génération sur le devant de la scène
C'est aussi pour des raisons de lutte contre le réchauffement que le président de la République François Hollande s'est clairement exprimé en faveur des OGM de seconde génération. « La génétique peut permettre d'augmenter les rendements, de faire davantage de production en réduisant l'empreinte carbone, de faire des plantes résistantes à la sécheresse ». Il conclut : « Les consommateurs sont contre les OGM de première génération. Mais les chercheurs doivent pouvoir faire leur métier. » Toutefois, le chef de l'Etat a rappelé que la recherche en génétique (...) est devenue plus sophistiquée : « Nous devons aller plus loin en prenant des précautions ».