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La luzerne déshydratée vise les futurs PSE

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La filière de la luzerne déshydratée table sur la mise au point des paiements pour services environnementaux (PSE) pour franchir le cap difficile qu’elle connaîtra ces prochaines années, a indiqué Coop de France Déshydratation lors d’une rencontre avec la presse le 18 juin. En tant qu’industrie consommatrice d’énergie, elle entre pleinement dans la mécanique des quotas de CO2, qui sont de plus en plus coûteux.

La filière de la luzerne déshydratée doit tenir le coup pendant les prochaines années, qui s’annoncent difficiles. Tant qu’elle ne sera pas passée aux 100 % de biomasse comme énergie pour la déshydratation, elle sera soumise aux quotas de CO2. Or, ils sont de moins en moins gratuits et de plus en plus chers, car le prix de la tonne de CO2 augmente. Ces coûts accrus se répercutent sur la tonne de luzerne déshydratée. Le renchérissement pourrait atteindre 10 à 15 € la tonne à partir de 2025, si la tonne de CO2 est de 40 € (voir encadré).

Tenir dans la compétition face au soja

Or, la luzerne doit tenir la compétition dans les années de cours bas du soja, son concurrent protéiné. Pour garder un minimum d’attractivité sur les marchés de matières riches en protéines, la filière espère que la prochaine Pac mettra au point des PSE. Telle que s’annonce la prochaine Pac, 40 % de son budget devraient avoir une destination environnementale. On connaît l’enjeu environnemental que revêtent les légumineuses, de par leur capacité à capter l’azote de l’air, et ainsi à éviter l’épandage d’engrais azotés, dont la fabrication nécessite beaucoup d’énergie. Les légumineuses sont aussi recommandées par les méthodes d’agroécologie pour casser les monocultures. La luzerne a dans son jeu des atouts agroécologiques à faire valoir, a souligné Éric Guillemot, directeur de Coop de France Déshydratation : la réduction d’apport d’engrais azotés, une faible consommation de phytos, la fixation des sols, une diversification des cultures utile à la flore, à la faune et à la vie microbienne des sols, et la contribution à l’approvisionnement protéique européen.

13 M€ pour tenir le cap

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Éric Guillemot a évalué à 13 M€ la somme nécessaire pour tenir le cap. Cette somme permettrait de poursuivre la transition de la déshydratation vers les 100 % de biomasse-énergie (contre 50 % aujourd’hui). Une somme aussi modeste « n’entraînerait pas d’effet d’aubaine », caractérisé par une dépendance vis-à-vis des aides et par la cessation d’une activité dès que l’aide est supprimée. Or, il a suffi des 8 M€ que la filière a reçus en 2012 au titre des crédits de CO2, du fait de ses efforts pour réduire ses émissions de CO2 entre 2008 et 2012, pour qu’elle s’équipe en machinisme agricole pour faire du préfanage de luzerne au champ (sécher au maximum la luzerne au soleil) et en injecteurs à biomasse dans ses usines. Une andaineuse pour le préfanage coûte une 100 000 € et un injecteur plusieurs centaines de milliers d’euros.

Un défi : tenir la compétition dans les années de cours bas du soja

Le durcissement inéluctable des quotas de CO2

Le calendrier des quotas de CO2 est un rouleau compresseur qui avance lentement mais sûrement, la France ayant pris des engagements au titre du protocole de Kyoto. Dans les années 2008-2012, ont été mis en place les « projets domestiques » : une industrie qui a pu justifier de réduction de ses émissions pouvait bénéficier de crédits de CO2. C’est ainsi que la filière de la luzerne déshydratée a reçu les 8 M€. Cette phase 2008-2012, a été dite « phase d’apprentissage », avec des quotas gratuits pour les petites industries. Depuis 2013, le système s’est durci : les quotas sont devenus payants, du moins en partie, a indiqué Yann Martinet, directeur adjoint de Coop de France Déshydratation, recruté par Coop de France parce qu’il vient du Citepa (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique), l’organisme qui réalise l’inventaire national annuel des émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques en France. À partir de 2020, les quotas ne seront quasiment plus gratuits, et à partir de 2025 ils ne le seront plus du tout. Par ailleurs, la Commission européenne, jugeant que les cours de la tonne de CO2 n’étaient pas assez élevés, a mis au point un système de régulation permettant de les augmenter. C’est ainsi que le cours de la tonne est passé de 5 € en juin 2017 à 25 € en juin 2019. « D’après nos projections, l’hypothèse médiane pour 2025 est un prix de 40 € la tonne… mais rien ne dit qu’il ne sera pas de 60 € », a conclu Yann Martinet.