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Attendu depuis des mois, le décret établissant un lien de causalité entre la maladie de Parkinson et les pesticides est paru le 6 mai au Journal officiel.
La maladie de Parkinson provoquée par les pesticides est désormais reconnue maladie professionnelle, avec la parution du décret n°2012-665 du 4 mai dans le Journal officiel daté du 6 mai. Ce texte, annoncé depuis des mois, permet la création d’un nouveau tableau de maladie professionnelle agricole auquel tout agriculteur peut désormais se référer en vue d’une prise en charge par la Mutualité sociale agricole. Le décret prévoit par ailleurs la mise en place d’un autre tableau, relatif cette fois-ci aux affections cancéreuses provoquées par l’aldéhyde formique et ses polymères. Ce qui porte le régime agricole à un total de 67 tableaux contre 112 pour le régime général.
Le problème des effets différés
Pour tous les tableaux en lien avec un produit phytosanitaire, la mutuelle agricole a relevé sur la période de 2002 à 2010 la reconnaissance de 16 maladies professionnelles chez les exploitants et de 31 pour les salariés (la différence entre les deux statuts s’explique par un meilleur suivi des seconds, précise la MSA). Au total, « c’est peu de cas », commente Yves Cosset, médecin national adjoint en charge de la santé-sécurité au travail à la CCMSA, qui y voit plusieurs raisons. D’abord, « il y avait 1 500 ou 2 000 substances actives il y a dix ou quinze ans. Maintenant, il n’y en a plus que 300. Il y a dix ans, on mettait un kilo de produits à l’hectare, aujourd’hui on en met 100 grammes. D’énormes avancées ont été réalisées par les agriculteurs et les fabricants de produits ». La sous-déclaration des maladies professionnelles est aussi particulièrement prononcée chez les agriculteurs, souvent qualifiés de « taiseux ». En jeu également, les effets différés de l’exposition à certaines substances. Ce qui fut le cas de Paul François, atteint de symptômes « à plus long terme » qui ont affecté son système nerveux central et pour lesquels le lien de causalité avec l’exposition fut plus difficile à établir. « C’est pour ça qu’actuellement, la législation est en train d’évoluer sur la toxico-vigilance et la traçabilité des expositions. L’objectif est que chaque salarié, voire si possible chaque exploitant, ait un suivi médico-professionnel – de son entrée dans la vie active jusqu’à son départ à la retraite ». Le suivi post-professionnel, instauré en raison de la longueur de délai de prise en charge de certaines maladies professionnelles et de l’apparition tardive des symptômes, est effectif depuis le 1er janvier dans le régime agricole, il concerne la surveillance de vingt-deux produits.
Des études en cours
Le long parcours – des premiers signes cliniques à la reconnaissance en maladie professionnelle – ne facilite pas non plus l’engagement dans une telle démarche. Conséquence : aujourd’hui, 90% des maladies professionnelles reconnues chez les agriculteurs sont liées à des troubles musculo-squelettiques à la portée bien mieux cernée en général que les quelques cas de maladies survenues à la suite de l’exposition à des produits phytosanitaires. D’après la MSA, la mise en place de cohortes aux États-Unis (avec Health Agricultural Study, qui a étudié des salariés agricoles utilisateurs de produits phytosanitaires) et en France (avec l’étude Agrican, en cours) devrait apporter, par le croisement des données, de nouveaux éclairages sur le sujet dans les mois qui viennent.
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