Abonné

FILIÈRE/RAPPORT La mission ministérielle sur le sucre recommande de jouer collectif

- - 5 min

Le rapport sur la filière sucre remis au ministre de l'Agriculture le 28 septembre encourage une gestion collective des enjeux à l'approche de la fin des quotas. Dans un contexte de vaines tentatives de séduction entre Tereos et Cristal Union (le premier voulant épouser le second, qui multiplie les rebuffades), les auteurs du rapport pointent les restructurations industrielles qui s'imposeront, notamment au sud de Paris, si les plans des uns et des autres ne se déroulent pas exactement comme prévu.

Initialement attendu avant l'été, le rapport commandé par le ministère de l'Agriculture sur les perspectives du secteur sucrier français après la fin des quotas européens en 2017 a été publié le 28 septembre. Rédigé par Serge Lhermitte, délégué ministériel aux entreprises agroalimentaires, et Thierry Berlizot, membre du conseil général de l'agriculture, de l'alimentation et des espaces ruraux, il propose une feuille de route concrète à la filière. Stéphane Le Foll a d'ailleurs « demandé que l'ensemble des parties prenantes soient consultées dans les prochaines semaines, pour retenir et mettre en œuvre les actions jugées prioritaires », selon un communiqué du 28 septembre. Rappelons que la filière sucrière française a vécu, ces derniers mois, au rythme des prises de position de Tereos et Cristal Union, le premier voulant fusionner avec le second, qui refuse pour l'heure catégoriquement.

L'IMMOBILISME EST « INENVISAGEABLE »

Les auteurs du rapport, qui jugent que la France a toutes les cartes en main pour tirer parti de la fin des quotas, recommandent une approche collective. « Les atouts indéniables dont dispose la France sur son secteur sucrier imposent que les acteurs économiques qui le composent prennent l'initiative à l'échelle de l'Europe », écrivent-ils dans leurs conclusions, qui précisent également que « les équilibres économiques actuels en Europe seront nécessairement amenés à évoluer pour s'adapter à cette nouvelle configuration de marché, rendant toute forme d'immobilisme inenvisageable ». Les recommandations du rapport relèvent de quatre grandes thématiques. Pour ses auteurs, un diagnostic « partagé » sur les enjeux de l'après-quota doit être « réalisé conjointement par les acteurs de l'ensemble de la filière française longue du sucre (planteurs, sucriers et utilisateurs de sucre) ». Sans surprise, ils recommandent l'élaboration d'une stratégie de filière pour progresser collectivement (compétitivité, inno-vation, performance environnementale, logistique, export, relations contractuelles sur la filière, restructurations) afin de « sécuriser au mieux la rémunération de la betterave dans la durée ». Ils recommandent par ailleurs aux représentants professionnels d'adapter les instances de gouvernance et de concertation à l'après-quota. Enfin, ils en appellent à la vigilance de l'Etat en ce qui concerne les négociations internationales sur le sucre et l'éthanol, notamment sur les barrières douanières, et sur l'évolution des cadres réglementaires.

VERS DES RESTRUCTURATIONS INDUSTRIELLES ?

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

ministère de l'Agriculture
Suivi
Suivre

Au niveau industriel, on peut retenir quelques commentaires du rapport, qui font écho à la carte des sucreries françaises publiée par PWC avant l'été (Agra Alimentation du 2 juillet 2015). Le choix qui a été fait par les opérateurs français de maintenir des outils de production nombreux et bien répartis sur le territoire « était acceptable en situation de faible concurrence et de prix élevés », estiment les auteurs. L'allongement prévu des durées de campagne doit permettre de gagner en compétitivité. Mais si cet objectif n'était pas atteint, des restructurations devraient être envisagées : « Cette question porte un enjeu tout particulier pour les usines du sud de Paris qui sont proches les unes des autres et qui ont des durées de campagne particulièrement courtes (autour de 80 jours) ». « Les trois acteurs concernés portent donc une responsabilité importante vis-à-vis des planteurs de cette région agricole. Cet enjeu particulier nécessite une réflexion collective sur l'augmentation des surfaces et leur cohérence géographique au regard du positionnement des usines dans ce bassin betteravier, qui plus est en fonction du prolongement ou non des pratiques d'échange de betterave entre groupes », détaillent les auteurs. À l'aune de ce constat, l'idée de faire mandater au niveau du Syndicat national des fabricants de sucre (SNFS) « un cabinet externe pour réaliser, dans le respect des règles de confidentialité et de concurrence, une analyse comparée des meilleures pratiques dans le secteur sucrier pour nourrir la réflexion, avec l'objectif de réduire les disparités entre usines basées en France », semble loin d'être anodine.

TEREOS SUR TOUS LES FRONTS

Dans un secteur très concentré en France, un seul fabricant de sucre a pour l'heure réagi à la publication de ce rapport. Il s'agit de Tereos qui « tient à saluer la contribution majeure que ce document constitue et dont le groupe partage largement le diagnostic et les principales recommandations », selon un communiqué publié le 30 septembre. Notons que le groupe nordiste risque également d'avoir fort à faire au Brésil sous peu. D'après le rapport, certains analystes estiment qu'une vague de fusions-acquisitions pourrait y avoir lieu dès fin 2015 ou début 2016. Tereos, qui a fait le choix de la diversification géographique et produits, avec un modèle économique gourmand en capitaux de par les investissements qu'il nécessite, est probablement plus pressé que d'autres de sortir de l'immobilisme.