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La MSA voit la crise agricole s’étendre à tout un secteur de l’économie

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Entre une crise agricole persistante et un État qui se serre la ceinture, la MSA est inquiète des répercussions économiques et humaines chez les agriculteurs, ainsi que des dégâts collatéraux pour les salariés de toute la filière agricole.

« On n’a jamais vu une telle situation depuis l’après-guerre », s’inquiétait Pascal Cormery, président de la Caisse centrale de MSA (CCMSA) à l’occasion d’une conférence de presse le 11 octobre. Alors qu’il craignait, en juin dernier, que « la cocotte n’explose », il constate aujourd’hui une « résignation complète » des agriculteurs. Les chiffres de la MSA sont éloquents : les revenus sont en baisse, l’emploi salarié également, les demandes de prestations sociales augmentent et le nombre d'appels au numéro de soutien Agri’écoute explose. Dans ce contexte, la MSA, « accompagnateur social » des agriculteurs est « en première ligne ». Elle doit pourtant assurer sa mission dans un contexte de réduction de ses effectifs et avec un soutien financier public limité.

Revenus et emplois salariés en chute

Selon les données de la MSA, alors qu’ils n’étaient que 18 % en 2014, 30 % des agriculteurs ont déclaré, pour 2015, un revenu professionnel annuel inférieur à 4 248 € ; cette somme représentant 11 % du plafond annuel de la Sécurité sociale en deçà de laquelle les agriculteurs peuvent prétendre à un report de leurs cotisations sociales. Et au regard des mauvaises récoltes de cet été, Pascal Cormery s’attend à des résultats financiers plus catastrophiques encore pour 2016.

Les données relatives à l’emploi constituent également un indicateur de la santé défaillante des trésoreries des agriculteurs : « le nombre de contrats de travail en cours à la fin du 3e trimestre 2015 […] est lui aussi en recul de 1,6 % », indique la MSA. « Le régime agricole n’avait pas connu un tel niveau de baisse depuis le 3e trimestre 2010 ». Là encore, Pascal Cormery s’attend à pire : les faibles récoltes vont avoir des répercussions sur l’activité salariée dans les exploitations agricoles, mais également dans la transformation.

Recours aux dispositifs d’aide

Dans ce contexte, et alors que Santé Publique France vient de publier un rapport sur la surmortalité par suicide dans le milieu agricole (1), la CCMSA a constaté une forte hausse des appels vers son dispositif d’écoute téléphonique mis en service en octobre 2014. Une hausse que Michel Brault, directeur général de la CCMSA, estime à 30 %. « 1 700 appels ont été reçus au cours du 1er semestre 2016 ; avec une baisse importante, cependant, au cours des mois de mai et juin », a-t-il annoncé.

Les agriculteurs, d’habitude réticents à entamer les démarches de demande de la prime d’activité et du revenu de solidarité active (RSA), selon Pascal Cormery, sont désormais demandeurs. « 25 400 foyers d’exploitants agricoles ont bénéficié de la prime d’activité en juillet 2016, soit 61 800 personnes couvertes pour un montant de 207 euros par mois et par foyer », indique la CCMSA. Chez les salariés agricoles, ce sont 52 240 foyers, soit 105 800 personnes qui ont reçu une prime d’activité de 154 € par mois en moyenne.

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Des moyens insuffisants pour la MSA

Les services de la MSA sont de plus en plus sollicités. Pourtant, les ministères de tutelle ont exigé, dans la convention d’objectifs et de gestion validée en avril dernier, une suppression de 1 300 postes. Le personnel de la MSA se retrouve en surcharge d’activité, explique la CCMSA, notamment pour les demandes de RSA. Alors que l’État veut tendre à la dématérialisation des démarches, la MSA constate qu’au cours des trois derniers mois, plus de 50 % des demandes des agriculteurs ont été réalisées par dossier papier, au lieu de 10 % habituellement, témoigne Michel Brault. Les moyens humains pourraient également venir à manquer dans le cadre du Pacte de refinancement des exploitations agricoles présenté le 4 octobre par Manuel Valls. Dans son volet social, le plan prévoit la mise en œuvre de « rendez-vous prestations MSA » pour informer les agriculteurs des dispositifs dont ils peuvent bénéficier.

Les aides financières de l’État semblent également légères à la CCMSA. Manuel Valls a annoncé une enveloppe de 4 M€ pour financer « un remplacement temporaire pour les agriculteurs qui sont en situation d’épuisement professionnel ». Or, une semaine de service de remboursement coûte déjà 1 000 € a affirmé Pascal Cormery. L’enveloppe devrait de fait se vider bien vite.

Dans ces conditions, la MSA voit le moral des salariés des organismes agricoles (assurances, banques, centre de gestion) affecté, car ils ont un « sentiment d’impuissance » à l’égard des agriculteurs en difficulté. Bref, les remous de la crise économique qui frappe les agriculteurs se font sentir dans tout un pan d’activité.

(1) Voir Agra Presse Hebdo n° 3564 du 10 octobre 2016 p.57

Les faibles récoltes vont avoir des répercussions sur l’activité salariée dans les exploitations agricoles, mais également dans la transformation