Dans un contexte de développement de la demande internationale, la filière française de la noisette s’est fixé des objectifs ambitieux pour 2030, en misant sur les créneaux de qualité. Pour les atteindre, la première étape passe par le recrutement d'environ 170 nouveaux producteurs.
La coopérative Unicoque, qui représente 95 % des volumes de noisettes en France, a exposé ses objectifs de développement lors de la dernière journée du Sival à Angers, le 16 février. Dans son plan stratégique, la structure vise 30 000 t de noisettes récoltées annuellement en 2030, soit 3 % du marché mondial. Elle affiche actuellement un potentiel de 16 000 t/an, réparti à 50 % entre la noisette décortiquée pour l’industrie et la noisette coquille de consommation vendue sous la marque Koki. Pour atteindre cet objectif, la coopérative espère atteindre la barre des 500 producteurs pour un total de 10 000 ha en culture. Un objectif ambitieux pour Unicoque qui compte actuellement 330 adhérents en noisette, dont une large majorité autour de son bassin d’origine dans le Lot-et-Garonne. « Nous sommes déjà en retard sur l’objectif, mais ce ne sont pas tant les chiffres que la dynamique impulsée qui nous intéresse », affirme Bruno Saphy. Pour convaincre les producteurs, il met en avant le faible coût de main d’œuvre, dont le volume est estimé entre 40 et 45h/ha/an.
Si les installations s’étendent maintenant sur toute la façade atlantique jusqu’au sud du bassin parisien, c’est le stockage de l’eau qui s’impose comme un critère de sélection pour les nouveaux projets. Unicoque demande une capacité de 2000 m³ disponible pour les agriculteurs qui voudraient implanter des parcelles en noisette. « Les projets de stockage sont difficiles mais pas impossibles. Nous avons créé 50 retenues d’eau pour un volume total de 2 millions de mètre cube depuis 2012 dans le Sud-Ouest », témoigne Bruno Saphy. Autre préoccupation pour la filière : le balanin des noisettes. Ce charançon est l’ennemi public numéro un sur les vergers de noisetiers. À tel point que la filière a obtenu l’une des trois seules dérogations d’utilisation des néonicotinoïdes en 2019. Mais dans l’expectative quant à son renouvellement, certains porteurs de projets pourraient devenir frileux. « Un verger non-traité perd la quasi-totalité de sa production en trois ans. Il existe aussi des pyréthrinoïdes de synthèse pour intervenir, mais ils sont moins efficaces », indique le directeur développement d’Unicoque. La coopérative investit 600 000€ en R&D chaque année pour trouver des solutions alternatives.
Une dynamique mondiale vers plus de qualité
Si la filière française de la noisette veut augmenter sa production, c’est pour répondre à une demande mondiale en hausse. Face à ce développement, l’offre est restée stable sur les dernières années et s’établit en moyenne à 1 million de tonnes. Elle est utilisée à 95 % par les industriels. « Aujourd’hui Ferrero ne commercialise pas de Nutella en Chine car ils n’ont pas l’approvisionnement nécessaire en noisettes », illustre le directeur développement. Sur ce marché international, c’est la Turquie qui fait la pluie et le beau temps. Avec un potentiel de production de 900 000t, elle représente 63 % de la production totale, mais souffre d’une grande variabilité de volume. « C’est un pays qui peut récolter seulement 400 000 t lorsque les noisetiers implantés en zone de montage subissent un épisode de gel », décrit Bruno Saphy. Ces fluctuations ont un impact direct sur les cours mondiaux. En 2014 et 2015, lors des derniers épisodes de faible production turc, les prix ont atteint 12€/kg contre une moyenne habituelle autour de 5€/kg.
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Les autres zones de productions principales se situent en Italie, en Georgie, en Azerbaïdjan ou encore dans l’Oregon aux Etats-Unis. Là où la France a une carte à jouer sur le marché mondial, c’est sur le mouvement de fond au sein des industriels qui tournent le regard vers la qualité. « On voit qu’ils commencent à s’intéresser aux produits français, mais aussi au nord de l’Espagne et au nord de l’Italie. Dans ces zones, on trouve des agriculteurs qui ont mis en place des démarches de traçabilité et qui peuvent certifier la qualité de leur produit », analyse Bruno Saphy.
Le stockage de l’eau s’impose comme un critère de sélection pour les nouveaux projets
Incertitude autour de la dérogation d'utilisation des néonicotinoïdes