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Interview d’Olivier Soulères « La notion de bois français redevient un argument commercial »

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Olivier Soulères a été nommé directeur par intérim de l'Office national des forêts le 2 avril 2015. Il revient sur les objectifs de l'ONF pour les mois à venir.

Vous avez été nommé récemment directeur général de l'Office national des forêts par intérim. Quelle est votre priorité ?

Un directeur général par intérim a pour premier objectif d'assurer le bon fonctionnement de la maison. Le dossier en cours est la préparation du prochain contrat d'objectifs et de performances d'ici fin décembre 2015. Il portera sur la période 2016-2020. Nous travaillons avec nos ministères de tutelle (Agriculture, Ecologie, Budget, ndlr) et les communes forestières. C'est assez logique que l'Etat précise à l'ONF ce qu'il attend de lui.

Qu'attend l'Etat de l'ONF ?

Nous pensons notamment développer l'élaboration de plans de gestion, pour 100% des forêts domaniales et au moins 95% des forêts communales. Les plans de gestion fixent des objectifs sur 15-20 ans pour chaque forêt. Nous travaillons sur 1,8 million d'hectares de forêts domaniales et sur 2,9 millions d'hectares de forêts communales. Ceci pour la métropole, car en Guyane, par exemple, nous gérons 5 millions d'hectares de forêts.

Quels sont les objectifs prévus dans ces plans de gestion ?

Ces plans de gestion définissent les actions à mener dans les forêts concernées, pour atteindre au mieux les objectifs du propriétaire, et en fonction des capacités du milieu naturel et des caractéristiques de la forêt en place. Par exemple, si aujourd'hui on décide planter du pin dans une forêt et que le forestier suivant décide de mettre du hêtre deux ans plus tard, ce n'est pas une gestion durable de la forêt.

« Mon premier objectif : assurer le bon fonctionnement de la maison »

Il faut donc un document qui fixe ces objectifs et veille à leur cohérence dans le temps et dans l'espace.

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Pour les forêts domaniales, l'accent est mis sur la production de bois à forte valeur ajoutée, par exemple du chêne, quand cela est possible. Dans les forêts communales, les projets sont très variables selon les communes : production de bois, prévention contre les avalanches, accueil du public… Nous intervenons à la carte.

Le déficit commercial de la filière forêt-bois en France représente 10% du déficit de la France. Que proposent l'ONF et l'Etat pour endiguer le phénomène ?

Le bois récolté en forêts publiques est vendu à nos clients, souvent français et parfois européens. Nous n'avons pas de clients plus lointains, asiatiques par exemple, mais nous ne pouvons contrôler la destination des bois que nous vendons. Par ailleurs la marque « bois français » est une démarche très intéressante. Les consommateurs peuvent choisir d'acheter un meuble fabriqué en France avec du bois français, cela redevient un argument commercial. Enfin, nous développons fortement les contrats d'approvisionnement avec les industriels. Ces contrats garantissent sur un an, parfois sur 3 ans, une partie de l'approvisionnement nécessaire à ces industriels.

La Conférence Paris climat 2015 est dans quelques mois… l'ONF est impliqué ?

Je vais vous décevoir, mais nous ne sommes pas directement impliqués. Nous suivons les objectifs fixés par le gouvernement. En revanche, je peux vous dire que le dérèglement climatique aura des conséquences sur la forêt française. Face aux sécheresses de plus en plus fréquentes, certaines essences sont mieux adaptées que d'autres. Je pense notamment au pin maritime des Landes ou au pin d'Alep dans le Midi, mais aussi au chêne vert. Le hêtre, en revanche, il lui faut les pieds au sec et la tête dans les nuages. Les régions qui lui sont favorables (Normandie ou zones de montagne) vont se réduire.

Avez-vous une idée de la durée de votre poste de DG par intérim ?

Absolument pas. Nos trois ministères de tutelle doivent désigner le futur directeur général de l'ONF. Cette personne devra passer une audition au Sénat puis à l'Assemblée avant d'être nommée.