Il est faux de dire encore aujourd’hui que la Pac soutient les agriculteurs de l’UE au détriment des pays en développement, a insisté Phil Hogan lors d’un débat organisé le 27 février par les commissions de l’agriculture et du développement du Parlement européen. Le commissaire européen a aussi rappelé que les restitutions à l’exportation avaient « cessé d’exister le 1er janvier 2014 » (1), que l’Union offre un accès libre et des quotas d’importation en franchise aux produits des pays les moins avancés ainsi que des concessions unilatérales aux pays en développement, et que les accords de partenariat économique avec les États ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) permettent à ces deniers de « protéger leurs produits agricoles sensibles de la libéralisation des échanges ».
L’UE est le plus grand importateur mondial de produits agricoles des pays les moins avancés – 3,5 milliards € en 2017, « plus que les États-Unis, la Russie, la Chine, le Japon et le Canada ensemble » –, a également souligné le commissaire à l’agriculture, et elle reste, avec ses États membres, le plus grand fournisseur d’aide au développement – « jusqu’à 75 Mrd € en 2016 ».
Phil Hogan a par ailleurs rappelé que la Commission de Bruxelles va mettre sur pied une task force pour l’Afrique rurale (2). Un appel à candidatures vient d’être lancé pour la formation de ce groupe d’experts.
Le débat des eurodéputés sur l’impact de la Pac sur les pays en développement était alimenté notamment par une étude présentée par la professeure d’économie agricole Maria Blanco (Madrid) qui, dans la perspective de réformes futures de cette politique de l’UE, épingle les « effets de distorsion du marché (à la fois interne et pour les pays en développement) de la réintroduction du soutien couplé ».
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Plus généralement, l’étude fait état de « préoccupations » en ce qui concerne « la cohérence du soutien de la Pac avec les objectifs environnementaux et climatiques ». Elle constate en particulier que « le soutien à la production animale dans l’UE a accru la demande de produits riches en protéines, ce qui a intensifié la compétition pour la terre dans les pays tiers, principalement en Amérique du Sud, avec des impacts négatifs sur le plan de l’environnement et social » (3).
L’auteure dénonce aussi « les incitations de certains instruments de la Pac contradictoires avec les objectifs climatiques, tels le soutien élevé aux produits animaux ».
(1) Voir même numéro
(2) et (3) Voir n° 3633 du 26/02/18