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« La permaculture s’adresse aux agriculteurs et aux particuliers »

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Adrien Bellay, auteur et réalisateur, nous invite dans les coulisses de son film documentaire L’Éveil de la permaculture, dont le tournage a duré un an. Sa sortie nationale est prévue le 19 avril. Qu’est-ce que la permaculture ? Où en est-on en France ? Qui est concerné ? Le réalisateur permet d’apprécier les contours d’un signal faible dans le vent et de nous plonger dans le quotidien des permaculteurs français.

Dans le milieu agricole, on entend de plus en plus parler de permaculture. De quoi s'agit-il exactement ?

La permaculture est un outil de mise en œuvre de la pensée écologique. C’est plus que des pratiques agricoles. Elle offre une possibilité de développer un lieu autonome. Il y a aussi une volonté de recréer du lien au sein des villes et des villages. C’est davantage une philosophie puisqu’on peut l’appliquer à tous les domaines de la vie (alimentation, énergie, logement, éducation, gouvernance).

Pour ce qui est de l’alimentation, pouvez-vous en dire plus ?

Il y a des problèmes de communication et de vulgarisation sur le sujet. On a tendance à résumer la permaculture à des techniques de jardinage, notamment la culture sur butte (lire l'encadré). Mais quand on creuse un peu, on s’aperçoit que c’est beaucoup plus vaste. Ensuite, la permaculture on la trouve aussi bien en milieu rural qu’en ville. Dans ce cas, elle touche plutôt les particuliers qui veulent s’investir dans les jardins partagés, les jardins ouvriers, au sein d’associations qui militent pour l’écologie ou la permaculture spécifiquement. La permaculture se différencie aussi de l’agriculture bio ou de l’agroécologie car elle s’adresse aussi bien aux agriculteurs qu’aux particuliers.

D’où vous est venue l’idée de faire un film sur la permaculture ?

Ce film est né d’une amitié. Mon ami Clément est parti en voyage en 2012 en Australie. Il y a découvert la permaculture un peu par hasard en pratiquant le woofing (1) dans les fermes. Puis, il m’a parlé de cette expérience et un an après, nous avons rencontré Jessie et Andy Darlington qui sont deux pionniers de la permaculture en France installés dans l’Aude. Nous nous sommes mis d’accord pour faire ce film.

Comment avez-vous fait la connaissance des autres acteurs de la permaculture française ?

Je n'ai pas trouvé de « liste » des permaculteurs sur internet, ni dans les bouquins, mais sur le terrain en repérage. Au fil des rencontres, on m’a parlé aussi d’Éric Escoffier (2), passionnant et très bon pédagogue qui a du recul sur la permaculture. Puis je me suis adressé à des formateurs parce qu’ils ont théorisé la discipline de la permaculture.

Est-ce possible d’estimer l’ampleur de cette discipline en France ?

Dans le cadre du film, nous avons rencontré une dizaine d’intervenants principaux qui travaillent sur l’élevage, le maraîchage, l’habitat écologique, la botanique, les systèmes de récupération d’eau de pluie et l’initiation en permaculture urbaine. Mais c’est difficile d’estimer le nombre de permaculteurs. En France, l’association Brin de paille est engagée pour la promotion de la permaculture, la mise en relation des acteurs de la permaculture. Mais à ma connaissance, il n’y a pas de recensement des permaculteurs.

Les permaculteurs peuvent-ils être spécialisés sur une production ?

Certains sont spécialisés. Par exemple Andy et Jessie sont éleveurs. Ils vont plus appuyer leur système sur l’élevage.

À qui s’adresse la permaculture et dans quelle dynamique s'inscrit-elle ?

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Dans les formations, il y a de plus en plus d’apprentis. Avant, la permaculture s’adressait davantage à des militants ou à des alternatifs. Aujourd’hui, il y a un désir d’ouverture. On l’a expérimenté pendant le tournage. Nous avons rencontré tous les âges et toutes les catégories socioprofessionnelles. Souvent, ils recherchent davantage d’autonomie alimentaire et énergétique.

La discipline donne un sentiment d’entre-soi. Cette impression est-elle fausse ?

Oui ! La permaculture est poreuse. Nous avons rencontré des permaculteurs qui travaillent avec des élus locaux, des mairies, des collectivités, l’enseignement (lycées agricoles, écoles d’agronomie). Pendant la tournée du film, nous avons pu montrer le film au sein des écoles et des lycées. Il y a une introduction à la permaculture par les enseignants et une volonté d’adapter les cours. Il y a un désir clair d’ouverture et de vulgarisation !

Avez-vous rencontré des agriculteurs dans le monde de la permaculture ?

J’en ai vu peu dans les formations. Par contre pour la promotion du film, on croise beaucoup de jeunes paysans qui veulent s’installer sur des microfermes d’un à quatre hectares pour développer principalement du maraîchage. En maraîchage, l’investissement initial est moins important qu'en élevage. C’est plus simple à mettre en œuvre. En France, les fermes sont plutôt des petites surfaces. Mais en Australie, les fermes de permaculture peuvent atteindre 40 hectares ! Là-bas, ils ont un cursus universitaire dédié.

La rentabilité économique reste essentielle pour la durabilité d’un système. Comment vivent les permaculteurs que vous avez pu rencontrer ?

Pendant le montage, on s’est demandé comment introduire la question économique dans le film. Les permaculteurs vivent essentiellement de la formation. Ils ont du mal à vivre de la vente de leurs productions et au début dépendent aussi des apprentis bénévoles. Puis au moment du montage, l’Inra a publié l’étude de François Léger sur la rentabilité économique de la permaculture sur la ferme de Bec Hellouin. Il a montré qu’en maraîchage intensif inspiré de la permaculture sur une petite surface, on pouvait dégager un salaire. Après, il y a beaucoup de sous-textes dans l’étude. On ne peut pas généraliser ces résultats, mais c’est un premier travail !

(1) Travail bénévole dans des fermes

(2) Éric Escoffier est un enseignant français en permaculture

« La permaculture est poreuse. Il y a un désir clair d’ouverture et de vulgarisation ! »

« La permaculture, c'est beaucoup plus que la culture sur butte. »

La permaculture : qu’implique-t-elle en termes agricoles ?

Le mot permaculture est apparu pour la première fois en 1978 dans l’ouvrage Permaculture One de Bill Mollison et David Holmgren, deux écologises australiens, selon l’association française Brin de paille qui fait la promotion de la permaculture en France. Le mot peut être traduit par « culture permanente ». Le but est « d’organiser et harmoniser un lieu avec des systèmes agricoles et d’élevages viables, des sources d’énergies diversifiées, des habitats, tout en laissant à la nature la possibilité d’évoluer librement. » La permaculture entend « ne plus opposer rendement et écologie, mais les additionner. » Pour y parvenir, les permaculteurs doivent « chercher la meilleure utilisation possible des ressources naturelles pour créer une production, puis la maintenir ». Pour Catherine Stevens, de l’association belge Culture d’alternatives, qui a visité la ferme française de Bec Hellouin en 2015, la permaculture et le micromaraîchage biointensif « permettent de produire de façon importante sur une très petite surface cultivée essentiellement à la main».