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Collective sucre La peur du sucre en question

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La Collective du sucre (Cedal), menée par le Cedus (Centre d’étude et de documentation du sucre) invite les Français, dans une campagne de publicité qui a démarré le 22 octobre, à en savoir plus sur les additifs et à s’interroger sur l’intérêt des produits allégés. Maniant des slogans qui font mouche comme à son habitude (une précédente campagne avait stigmatisé l’an dernier la politique d’interdits qui sous-tendait certains messages du PNNS 1), la Collective du sucre engage cette fois 1,4 million d’euros pour évoquer à la radio et dans des magazines le dessous des cartes de la vague d’« allègement » de produits alimentaires comme les barres chocolatées, les crèmes desserts ou certains gâteaux.

Une possible action en justice de la part des fabricants d’additifs ou de produits laitiers frais était attendue à l’heure du bouclage de ce numéro. Afin de ne pas en arriver là, Jean-René Buisson convoquait un bureau de l’Ania au Sial le 25 octobre : une médiation qui ne mettrait fin à la campagne que si tout le monde s’engage à ne plus utiliser la peur du sucre dans ses publicités.

Simple pédagogie ?

Attirer l’attention sur ce qui remplace le sucre dans les produits allégés en sucre, ce n’est pas en soi une déclaration de guerre contre les industriels qui procèdent à de tels changements de recette. Mais c’est plutôt, aux dires des dirigeants du Cedus, pour obtenir un dialogue de fond avec eux que la profession sucrière a lancé, intentionnellement au premier jour du Sial, une campagne de 15 jours alertant le grand public sur la question des allégés. Quand Danone ou d’autres ont communiqué sur certaines de leurs innovations, ils n’ont pas hésité à mettre en scène le sucre en l’associant au risque de surpoids ; la profession sucrière a eu beau se plaindre auprès d’eux de ce mauvais procès, elle n’a guère été entendue, explique le Cedus (quand elle n’a pas été prise de haut comme un secteur condamné !).

En butte à des a priori semblables du côté des pouvoirs publics dans la première phase du PNNS, la Collective du sucre avait déjà voulu frapper les esprits en mettant en scène par affiches des pâtissiers embarqués menottes aux poings dans des « paniers à salade ». Le même appel à témoin sous-tend la campagne actuelle : le public est invité à se prononcer sur ce qu’il veut, et à exiger de savoir ce qu’il mange quand il absorbe des produits avec moins de sucre. Cette campagne prend bien sûr à revers nombre de professions (chocolatiers, biscuitiers, fabricants de desserts, etc., mais on remarquera que le secteur des boissons est passé sous silence !). Le président du Cedus, Stanislas de Larminat, s’en est expliqué devant la presse avant de lui révéler le contenu de la campagne le 19 octobre : la tactique employée vise, en fait, à ce que « chacun prenne ses responsabilités ». Elle ne manie pas plus la diffamation que bien des slogans qui parlent du sucre pour l’exclure, en revanche elle table sur plus de transparence pour obtenir que les consommateurs choisissent davantage en connaissance de cause, a expliqué Claude Risac, le directeur général du CEDUS.

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Réaction attendue des fabricants d’additifs

A l’heure où nous mettions sous presse, aucune réaction officielle des industriels fabricants d’additifs ou de produits allégés n’était décidée. Et l’Ania préférait laisser le soin à ses syndicats de branche de s’exprimer. La situation de chacun était d’autant plus malaisée que le Cedus n’attaque apparemment personne de front. Même si sa campagne est pleine de sous-entendus - qui seront lourds de conséquences peut-être pour l’avenir des produits allégés proposés par les biscuitiers, confituriers et autres industriels des produits « sucrés ». La publicité radio et les affiches de la Collective du sucre ne peuvent que faire grincer des dents au sein de la grande famille agroalimentaire. D’aucuns ont déjà fait force pression pour qu’il y soit mis fin au plus vite, confiaient dès le premier jour les dirigeants du Cedus. Ces derniers savent qu’une courte campagne comme celle-ci peut être suspendue sur demande de référé de n’importe quel plaignant ayant intérêt à agir. Mais qu’il en restera forcément quelque chose : l’amorce d’un dialogue ?

En effet, les planteurs et les fabricants de sucre se sont habilement cantonnés à poser cette question au grand public : « Quand on enlève le sucre, savez-vous ce que l’on met à la place ? ». La forme interrogative est en soi une suspicion jetée tous azimuts, mais en fait la réponse est vite donnée et elle est relativement claire. Pour que nul n’en ignore, même si l’étiquetage n’en dit pas toujours autant, le Cedus énumère quels sont ces ajouts : xanthane, NHDC, polydextrose, etc., toutes choses qui ne disent rien (de bon ?) au consommateur moyen. Il évite curieusement de pointer l’aspartame tant décrié ces dernières années, et que bien des industriels se gardent d’ailleurs d’employer pour s’en flatter alors dans leurs arguments de vente (Nestlé, par exemple). En substance, le Cedus explique qu’un produit « light » n’a plus rien à voir en terme de contenu car le sucre n’a pas seulement un rôle gustatif mais il sert à la texture, à l’onctuosité et à la conservation du produit fini. Pour Claude Risac, ces produits frisent la «  chimère alimentaire ».