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Genre La place des femmes dans l'agriculture familiale

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2014 a été proclamée année de l'agriculture familiale par les Nations unies. L'occasion pour de nombreux chercheurs, agriculteurs, syndicats, etc. de s'intéresser à ce modèle agricole. Un livre de sociologie, Féminin-masculin, genre et agricultures familiales, s'interroge sur la place des femmes, par rapport aux hommes, dans les agricultures familiales.

LÉGALITÉ hommes-femmes aurait un impact positif sur la productivité agricole, la sécurité alimentaire et la pauvreté si elle était réelle. Or, dans le travail agricole, des différenciations entre hommes et femmes existent, chacun jouant son « rôle social ». Des sociologues se sont penchés sur la question et, à partir d'études de terrain, ont écrit un live intitulé Féminin-masculin, genre et agricultures familiales paru en juin dernier. « Dans un contexte de mondialisation des marchés et de mise en concurrence des agricultures du monde, les femmes rurales, paysannes et agricultrices sont particulièrement menacées, notamment dans les pays du Sud », est-il exposé. Pour mieux comprendre leur rôle, Jean-Michel Sourisseau, un des auteurs, et socio-économiste au Cirad, définit les agricultures familiales comme « des formes dans lesquelles le travail familial domine et pour lesquelles (…) les sphères domestiques et productives sont intimement liées ». De plus, les agricultures du monde en général « doivent gérer des ressources naturelles dont l'accès est de plus en plus concurrentiel (…), faciliter la préservation et le maintien des relations sociales équilibrées dans des communautés rurales, y incluant les plus jeunes et les plus vulnérables, parmi lesquels beaucoup de femmes ». En milieu agricole, la femme n'est pas seulement agricultrice, elle participe aussi à la vie rurale.

Innovations organisationnelles

Louvrage, coordonné par la professeur de sociologie rurale Hélène Guétat-Bernard, se divise en trois parties : la première s'interroge sur la gestion sociale des ressources productives, la seconde aborde les inégalités de genre dans l'agriculture familiale et enfin, la dernière partie analyse les nouvelles formes de commercialisation des biens alimentaires.

Plusieurs conclusions ressortent de cet ouvrage. Pêle-mêle, il apparaît que « les femmes sont concurrencées sur leurs pratiques, leurs savoirs ancestraux et leurs secrets ». Dans certains cas, comme pour le karité au Sahel, elles s'organisent en coopératives mais « elles peinent à contrôler les ressources ».

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Par ailleurs, au Nord comme au Sud, des innovations organisationnelles – hors cadre familial, formes sociétaires, femme seule sur une exploitation car le mari est absent, etc. – marquent des modifications des liens existant entre l'exploitation, le territoire et la famille. Les auteurs du livre prennent, entre autres, l'exemple de l'emploi des femmes en dehors des exploitations qui encourage les formes sociétaires.

L'objectif des femmes en agriculture serait de leur « donner une valeur sociale et économique ». Par exemple, des femmes au Brésil se sont battues pour défendre une autre forme d'agriculture incluant le lien entre le travail de la terre, la qualité des sols, les mondes animaux et végétaux, les consommateurs et le territoire. « Les mouvements des femmes rurales, au Nord comme au Sud, longtemps peu relayés et entendus par les syndicats agricoles, ont dénoncé les rapports de patriarcat au sein des familles. » L'ouvrage est catégorique : « la place des femmes demeure prépondérante, dans toutes les configurations envisageables », est-il écrit en conclusion.

Féminin-masculin, Genre et agricultures familiales, coordination éditoriale d'Hélène Guetat-Bernard, Collection Nature et société, Edition Quae, 2014, 256 pages - 35€