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Biocarburants La politique de Bruxelles en matière de biocarburants sous le feu des critiques

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La politique sur les biocarburants de la Commission européenne est attaquée de toute part, les défenseurs de l’environnement estimant que Bruxelles soutient trop fortement cette production et la filière dénonçant le coup de frein qui devrait être donné au développement du biodiesel notamment.

Associations de protection de l’environnement et producteurs de biocarburants se rejoignent au moins sur une chose : la politique européenne sur les bioénergies ne convient pas. L’ONG Oxfam France a publié le 17 septembre un rapport – Les semences de la faim – qui accuse l’UE de ponctionner d’importantes ressources alimentaires aux pays du Sud pour assurer sa production de biocarburants. « Selon un rapport mandaté par la CE, en 2008, 42% des cultures destinées à la production de biodiesel pour l’UE et 24% de celles destinées à la production d’éthanol pour l’UE provenaient de pays tiers », mais selon l’ONG « les importations représentent en réalité une part plus élevée », parce que les récoltes exportées vers l’UE en vue d’être transformées en agrocarburants « ne sont pas comptabilisées comme des récoltes pour agrocarburants ». Si les terres utilisées pour produire des biocarburants nécessaires à la consommation européenne en 2008 avaient été consacrées à la production de blé et de maïs, « elles auraient pu permettre de nourrir 127 millions de personnes pendant une année entière », estiment les auteurs du rapport. Conséquence : une envolée des cours mondiaux des matières premières agricoles. « D’ici 2020, les objectifs d’incorporation de l’UE pourraient à eux seuls faire grimper le prix de certaines denrées alimentaires de 36% », évalue Oxfam.
Les objectifs européens de consommation de biocarburants ont également un impact sur les achats de terres agricoles dans les pays du Sud. « De récentes études suggèrent que deux tiers des transactions foncières à grande échelle qui ont eu lieu au cours des dix dernières années ont pour objectif la production d’agrocarburants », note Oxfam qui demande que la Stratégie européenne pour les énergies renouvelables après 2020 tienne compte des impacts néfastes des politiques actuelles sur la sécurité alimentaire et l’accès au foncier.

Un « demi tour irresponsable »

Mais les commissaires européens Gunther Oettinger (Energie) et Connie Hedegaard (Climat) réfutent ces accusations. « Il est faux de nous accuser d’encourager les agrocarburants. Nous faisons exactement le contraire avec notre proposition de plafonner la part de l’énergie issue de biocarburants conventionnels (d’origine alimentaire) à 5% (de la consommation finale d’énergie dans les transports) d’ici 2020 », ont-ils assuré dans un communiqué commun. Et d’ajouter que « le message de la Commission pour l’après 2020 est que notre préférence va vers les biocarburants produits à partir de matières premières non alimentaires, comme les déchets ou résidus agricoles. Ce nouveau type de biocarburants n’entre pas en concurrence avec l’alimentation, pas plus qu’ils ne demandent de terres supplémentaires ». Ces propositions d’amendement des directives Energies renouvelables et Qualité des carburants qui circulent actuellement en interservices et devraient être présentées d’ici la fin du mois d’octobre (1), ont été vivement critiquées par la filière biocarburants et les organisations et coopératives agricoles de l’UE les qualifiant « de demi tour irresponsable ».

L’alimentation animale touchée

Selon la Fédération européenne des producteurs d’huiles végétales (Fediol), « le secteur de l’huile végétale et de tourteaux riches en protéines pourrait perdre entre 11,2 milliards et 13,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur un chiffre d’affaires total actuel de 24 milliards d’euros ». Et une cinquantaine d’usines de trituration sur les 150 existantes devraient être fermées, affirme l’organisation. En France, selon une étude du cabinet PWC, la filière biodiesel génère, au total, près de 30 000 emplois, dont une part très importante d’emplois agricoles, précise le numéro 1 européen du Biodiesel, Sofiprotéol. Les pénalités liées à l’ILUC (Changement indirect d’affectation des sols) vont rendre le biodiesel « inintéressant pour les compagnies pétrolières » qui doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, craint le Fediol. L’organisation estime que ces pénalités associées au plafonnement de l’incorporation de biocarburants de première génération va « réduire considérablement la production de protéines végétales (coproduits de la production de biocarburants) qui tomberait aux alentours de 25% des besoins de l’UE ».
Dans une lettre adressée au directeur général de l’agriculture de la Commission européenne, le secrétaire général du Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, confirme : « Le développement de l’industrie des biocarburants dans l’UE a été l’une des rares mesures qui ont permis de réduire les importations de protéines pour l’alimentation animale de 2 millions de tonnes équivalent tourteau de soja au cours des 3 dernières années ».
Même inquiétude de la part du Bureau européen du biodiesel (EBB), pour qui la proposition de la Commission si elle est approuvée causera « la mort de l’ensemble du secteur industriel du biodiesel en Europe ». « Le seul type de biodiesel qui, selon la proposition actuelle peut survivre sur le marché serait celui à base d’huile de palme », affirme l’EBB.

(1) Voir n° 3365 du 17/09/2012

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