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Rencontres internationales de l'agriculture durable La préservation du sol, un atout face aux aléas

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Le sol représente un atout face au changement climatique et aux aléas économiques, selon l'Institut de l'agriculture durable (IAD), organisateur d'un colloque sur ce thème le 29 janvier. Sa préservation est mise comme « point de départ au sein des pratiques agricoles ». Explications.

« Bien que l'agriculture moderne ait eu un immense succès, elle n'est pas durable, vu ses effets délétères », a souligné en introduction Guy Riba, ancien directeur de recherche et DG délégué de l'Inra. Une autre « étape » trouve grâce à ses yeux, encore « marginale » car « toujours mal diffusée ». C'est celle d'une agriculture basée sur des techniques simplifiées, la préservation des sols, de la biodiversité. L'ancien chercheur y voit comme avantage un « pouvoir tampon », dans le contexte actuel où « le moindre écart d'emblavement, de rendement… provoque des variations de prix considérables et rend compliquée la gestion durable des exploitations ». « L'idée n'est pas de maximiser le rendement, la rentabilité économique, mais de maîtriser la variabilité, d'avoir une vision sur le long terme », a-t-il souligné.

L'intervention de ce « grand témoin » a planté le décor d'une table ronde intitulée « Crises climatiques et économiques : l'atout sol ». Comme expliqué dans l'invitation de l'IAD, l'objectif est de « repenser les systèmes agronomiques en mettant la préservation des sols comme point de départ au sein des pratiques agricoles ».

Les effets du changement climatique

Premier intervenant, le directeur scientifique Environnement de l'Inra Jean-François Soussana a souligné l'urgence de la situation. « Le changement climatique est bien présent », a-t-il dit. « Cela a un effet négatif, depuis les années 80, sur les rendements mondiaux du blé, en baisse d'environ 2 % par décennie. » Le scientifique, qui est aussi membre du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), a pointé du doigt les gaz à effet de serre. Plusieurs options existent pour en réduire les émissions. « En agriculture, le stockage du carbone dans le sol est le premier facteur de baisse des gaz à effet de serre », a-t-il détaillé. Dix mesures ont même été citées, parmi lesquelles un labour tous les cinq ans, le contrôle de la fertilisation, la culture de légumineuses.

« L'agriculteur adore être innovant »

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Avril (ex-Sofiprotéol), acteur industriel et financier des filières huiles et protéines végétales, a présenté son engagement dans la lutte. « L'agriculture représente le plus gros enjeu » dans le plan de réduction des gaz à effet de serre au sein du groupe, a reconnu Michel Boucly, DG adjoint en charge de l'Environnement durable. « Il s'agit de convaincre le producteur que cela va dans le sens de l'histoire », « de démontrer que notre engagement de réduction du CO2 est vertueux, pour assurer les débouchés (notamment dans le biodiesel), donner un intérêt économique. » Une contractualisation a ainsi été mise en place avec les organismes stockeurs, avec à la clé 4 euros/t pour les agriculteurs méritants. « Je suis très optimiste sur nos marges de manœuvre, a-t-il confié. L'agriculteur adore être innovant s'il y a la carotte au bout. » 215 000 ha de colza seraient suivis dans le cadre de la démarche. Des actions sont mises en place, avec comme « meilleur levier » le rendement, mais aussi dans le pilotage de la fertilisation azotée, l'introduction de légumineuses au sein des rotations, l'emploi de couverts végétaux.

Transition délicate

Deux intervenantes étrangères ont raconté leur passage à l'agriculture de conservation. « Les premières années en semis sous couvert végétal ont été difficiles, a admis Anna Trettenero, présidente de l'association italienne de l'agriculture de conservation. C'est un travail sur le long terme, dont je commence maintenant à voir les bénéfices. » « J'ai moins peur que mes voisins face à la sécheresse : le sol réagit différemment, la plante est moins stressée. » Pour elle, l'agriculture de conservation réclame « un état d'esprit différent : on cherche à diversifier le plus possible, ce qui aide bien face au changement climatique. »

Reste à bien maîtriser la transition vers un ensemble de techniques, dont le producteur n'est au départ pas coutumier. « Cela exige un savoir complexe, une surveillance très fine des parcelles, a considéré Guy Riba (ex-Inra). C'est une agriculture difficile, qui exige beaucoup de courage de la part de l'agriculteur. »