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Matières premières La présidence française du G20 cherche un compromis sur la spéculation

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Les Vingt-sept reconnaissent la nécessité de lutter contre les abus de la spéculation sur les marchés, dossier auquel veut s’attaquer la présidence française du G20 dans le cadre du plan qu’elle préconise pour limiter la volatilité des prix des matières premières. Paris, qui vient de recevoir l’appui de Berlin, cherche encore à convaincre les réticents, le Brésil notamment, du bien-fondé de son projet. Les ministres des finances du G20 se retrouvent les 14 et 15 avril à Washington

Réunis les 8 et 9 avril à Godollo, près de Budapest, les ministres de l’économie et des finances de l’UE ont appelé à la création d’un « régime effectif pour identifier et prévenir les abus de marchés, en particulier les manipulations inter-marchés en marchés physiques et marchés de dérivés ». Ils « reconnaissent également le besoin pour les régulateurs de disposer des instruments nécessaires pour empêcher ces abus de marchés et notent l’intention de la Commission de considérer l’inclusion des moyens de mettre en œuvre des limites de positions dans la prochaine révision de la directive sur les instruments de marchés ».
La position européenne est toutefois en deçà de l’approche américaine qui consiste à imposer une limite de positions permanente sur les marchés. Aux Etats-Unis, le régulateur des marchés des matières premières a proposé en décembre dernier d’introduire ces limites permanentes sur les positions prises par les grands investisseurs sur plus d’une vingtaine de marchés, dont ceux des produits de base agricoles.
La France espère obtenir un accord au sein du G20, dont elle exerce la présidence, pour que le principe de limites de positions soit mis enœuvre à l’échelle mondiale dans le cadre de son projet de plan de lutte contre la volatilité des prix.

Berlin soutient Paris

La ministre allemande de l’agriculture, Ilse Aigner, évoque, dans un communiqué publié le 13 avril, le « défi » de « limiter la spéculation financière, tout en conservant les effets stabilisateurs des marchés à terme ». Elle appelle à plus de transparence et à la création d’un « registre des transactions » sur les bourses des matières premières agricoles. « L’Allemagne soutient l’initiative de la France pour décider d’un plan d’action » sur ces questions dans le cadre du G20, souligne Mme Aigner, qui juge que « les denrées alimentaires et les matières premières agricoles ne sont pas des produits comme les autres ».
Berlin ne s’était pas immédiatement rangée à la thèse d’une corrélation entre spéculation et hausse des prix, faisant valoir que les résultats des études menées à ce sujet n’étaient pas concluants. Mais l’organisation non gouvernementale allemande respectée Welthungerhilfe (Aide à la faim dans le monde) a publié récemment une étude selon laquelle l’implication sur les marchés d’investisseurs financiers avait renchéri les prix du blé, maïs, riz et soja dans une fourchette allant jusqu’à 15% entre 2007 et 2009.

La France et le Brésil « sur la même ligne »

Le Brésil sera « un des partenaires les plus engagés » de la France au G20 agricole de juin à Paris pour lutter contre la volatilité des prix agricoles et la spéculation, a assuré le 8 avril le ministre français de l’agriculture, Bruno Le Maire, à l’issue d’échanges de vues à Brasilia avec son homologue brésilien, Wagner Rossi. « Au terme de ces entretiens, je peux vous dire que nous sommes, Brésil et France, exactement sur la même ligne », a-t-il affirmé.
Reconnaissant qu’il y avait « un certain nombre d’incompréhensions avec le Brésil » qui soupçonnait la France de vouloir contrôler les prix, M. Le Maire a reconnu qu’ « il était très important de lever ces malentendus » (1). L’objectif de la France n’est en aucun cas de chercher à administrer les prix, a-t-il dit.
Selon un haut fonctionnaire brésilien, M. Rossi a souligné, de son côté, que le Brésil « ne soutiendra aucune proposition visant à un contrôle des prix mais est d’accord sur la nécessité de fixer des règles plus claires pour le marché agricole ».

... le Royaume-Uni et le Brésil aussi

« Nous convenons ensemble que les marchés mondiaux des matières premières devraient être ouverts, transparents et efficaces », ont déclaré, selon un communiqué daté du 8 mai, la secrétaire d’Etat britannique à l’environnement, l’alimentation et les affaires rurales, Caroline Spelman, en visite au Brésil, et le ministre brésilien de l’agriculture. « Nous croyons qu’un meilleur échange d’information et une meilleure collaboration amélioreront sensiblement la capacité de la communauté internationale à faire face aux futures flambées des prix et à aider dans certains cas à les prévenir ».
Selon ce communiqué publié par le ministère britannique, Mme Spelman et M. Rossi jugent aussi « important d’améliorer l’efficacité et la transparence des marchés mondiaux des matières premières pour les régulateurs, les acteurs du marché et le public et d’assurer que les instruments financiers soient totalement disponibles pour les producteurs et les consommateurs afin de leur permettre de gérer les risques de volatilité des prix ».

(1) Voir n° 3296 du 11/04/11

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