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Progrès technique La privatisation du conseil agricole limite le développement des innovations

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Lorsque le conseil agricole est repris par des acteurs du privé, comme cela a été le cas aux Pays-Bas notamment, les moyens consacrés à la recherche appliquée ont tendance à diminuer. Ce poste ne rentre pas dans la logique économique de ces nouveaux intervenants. Ce qui peut pénaliser le développement agricole à moyen terme. C’est ce qu’a montré – entre autres – le congrès Opticoop le 22 octobre à Marseille.

Que risque-t-il de se produire lorsque le conseil agricole se privatise ? Les moyens consacrés à la recherche agronomique appliquée tendent à se raréfier. C’est la tendance qui se dégage des travaux menés par Pierre Labarthe, chercheur à l’Inra, sur les conséquences de la privatisation du conseil aux agriculteurs aux Pays-Bas, notamment. Celui-ci a présenté les résultats de sa thèse le 22 octobre à Marseille, dans le cadre du congrès Opticoop organisé par Union InVivo. Pour le spécialiste, plusieurs facteurs ont marqué le conseil agricole européen ces dernières années. Parmi ceux-ci : l’accroissement des normes réglementaires pesant sur les agriculteurs et l’incitation européenne à créer des systèmes de conseil agricole dans les Etats membres, le développement des nouvelles technologies de l’information et surtout, le désengagement de l’Etat à l’échelle nationale, qu’il opte pour la déconcentration, la décentralisation, la cogestion, la délégation de service, la commercialisation ou la privatisation.

Des logiques purement économiques

Aux Pays-Bas, c’est dans les années 90 que le conseil technique s’est privatisé, passant aux mains de petites structures, tels des cabinets comptables désireux d’ajouter un élément à leur catalogue de prestations ou les universités intéressées par la vente aux agriculteurs de services bâtis sur leurs expérimentations. Ces nouveaux acteurs répondent à des raisonnements économiques différents. Pour les cabinets de consulting, c’est une logique « servicielle » qui prévaut, reposant sur le nombre d’heures passées avec l’agriculteur. Les sociétés spécialisées dans la commercialisation de logiciels font leur chiffre d’affaires sur le nombre de logiciels vendus et se placent dans un raisonnement de type « industriel ». Les sociétés de négoces, fournisseuses d’intrants, segmentent leur offre, fournissant par exemple un soutien très intense à certains groupes d’agriculteurs motivés, tout en limitant leur intervention au minimum pour d’autres. Aussi différentes soient-elles, ces stratégies ont des conséquences très proches.

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Une dépendance vis-à-vis des acteurs de l’amont

« On constate une individualisation de l’accès aux services, avec davantage de prestations individuelles et moins de groupes d’échange technique », a par exemple signalé Pierre Labarthe. Le lien entre conseil et recherche appliquée est bien souvent cassé. « Les cabinets de consulting ne pensent pas au renouvellement des compétences et ne consacrent pas d’argent aux investissements en recherche et développement », a-t-il observé. Les sociétés orientées sur la commercialisation de logiciels ont pour leur part des moyens limités qui réduisent considérablement leurs possibilités. Quant aux sociétés de négoce, « des investissements significatifs sont réalisés, mais ils restent très largement dépendants des industriels de l’amont », a indiqué Pierre Labarthe. Bilan : la question de savoir comment poursuivre une recherche allant vers une réduction des intrants, par exemple, peut se poser.