La production de luzerne déshydratée grimpe à 810 000 tonnes (+8 %) en 2014, dynamisée notamment par la vente en balles, selon Coop de France Déshydratation. Des signaux favorables du marché s'ajoutent à ceux des politiques publiques.
« On regagne des hectares, avec en perspective une saturation des outils », a déclaré le président Jean-Pol Verzeaux le 26 novembre en conférence de presse. L'objectif est d'augmenter les surfaces de 2 à 3 % par an jusqu'en 2020. Cette évolution est favorisée par « une stratégie de nouveaux produits et de nouveaux marchés », analyse Coop de France Déshydratation dans son rapport d'activité, qui pointe aussi des efforts de restructuration et le plan protéines européen. « La luzerne a retrouvé une vraie place sur le marché », s'est réjoui Serge Faller, directeur général de Désialis, en soulignant la dynamique des ventes en balles. La coopérative s'oriente vers un nouvel investissement de 10 millions d'euros dans des presses et du stockage. Il s'agit d'équilibrer la production à 50-50 entre pellets et balles (contre deux tiers un tiers aujourd'hui). « Le marché des pellets est en stagnation, quand celui des balles progresse », a expliqué le patron de Désialis, qui affirme peser 80 % de la luzerne déshydratée à l'échelle nationale. Une tendance amenée à se poursuivre avec la fin des quotas laitiers, d'après lui. Les balles de luzerne sont particulièrement appréciées en termes de « couple protéines/fibre » pour l'alimentation des ruminants. « Leur prix est supérieur de 25 à 30 % par rapport aux pellets, a-t-il précisé. Mais il est moins soumis aux fluctuations que les autres matières premières. »
L'accent mis sur l'agronomie
Coop de France Déshydratation voit plusieurs explications au retour en grâce de la luzerne chez les agriculteurs : sa marge globale attractive, ses bénéfices agronomiques et environnementaux, la diversification des cultures. « La luzerne a tous les atouts pour contribuer à l'agriculture durable, a estimé Jean-Pol Verzeaux. Son intérêt est de limiter les apports d'azote, de réduire la pression des maladies. Elle profite d'une nouvelle approche comptable, qui ne raisonne plus en marge annuelle mais à plus long terme. Les économies de mécanisation sont ainsi prises en compte. » Les industriels évoluent aussi dans leur approche vis-à-vis de l'amont, en appuyant sur les aspects agronomiques. Tous ont créé un poste d'ingénieur spécialisé dans le domaine. « On peut gagner au moins 1 t/ha », considère Eric Guillemot, directeur de Coop de France Déshydratation. Cette année, l'estimation de rendement est de 14t/ha à 10 % d'humidité.
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Dépendance vis-à-vis des importations
« De nouveaux horizons s'ouvrent devant nous », a lancé Jean-Pol Verzeaux, lors de la conférence de presse organisée symboliquement au sommet de la Tour Montparnasse à Paris. « La demande en protéines va augmenter de manière exponentielle dans le monde. » Au point d'entraîner un risque de rupture d'approvisionnement, selon Coop de France Déshydratation. « Il faut prendre conscience que la dépendance en protéines va être compliquée, avec l'Extrême-Orient qui achète de plus en plus, le Moyen-Orient dont la demande va monter en puissance », a insisté Serge Faller, en rappelant la faible autosuffisance en France (50 %) et dans l'Union européenne (30 %). Une façon de rappeler le manque d'ambitions du plan protéines, doté de 8 M d'euros par an sur le plan national.