Coop de France Déshydratation a souligné le 6 février un « regain d’intérêt » pour la luzerne, dont la production grimpe à 850 000 t (+14,1 %) en 2017. Le bio notamment a le vent en poupe.
« L’érosion des surfaces de luzerne a pris fin, selon le président Eric Masset. Nos usines sont quasiment saturées. » Ce sont 66 720 ha de luzerne (+3 %) qui ont été cultivés l’an dernier, confirmant une progression ces dernières années. « La production de 850 000 t se rapproche du niveau observé avant la baisse des aides de la Pac », a indiqué Serge Faller, directeur général de Désialis. Une croissance liée à un marché porteur, une volonté politique manifestée à travers un plan protéine. « On tire notre épingle du jeu », a-t-il noté, considérant la surproduction dans les secteurs des grains et du sucre. Selon lui, la luzerne bénéficie de bonnes perspectives, tirée par l’élevage laitier en meilleure forme et qui « redemande des produits » déshydratés.
Objectif : 40 000 ha supplémentaires
Coop de France Déshydratation met en avant le plan de filière, élaboré lors des États généraux de l’alimentation. « La filière est prête à répondre à une forte demande des marchés », a déclaré le directeur Eric Guillemot : en Arabie saoudite, l’arrêt de la production de luzerne en 2019 crée un besoin de 2 à 3 Mt, selon lui. Et d’afficher un objectif de 40 000 ha supplémentaires, soit 6 à 10 unités de transformation. Le développement du bio est également visé. « Les coopératives s’engagent à trouver de plus en plus de producteurs en agriculture biologique », a signalé Eric Masset. Il s’agit de répondre à « une demande toujours forte ». « Le marché de la luzerne bio est loin d’être mature », d’après Serge Faller, avec une consommation en hausse de quelques pourcents chaque année et qui « pourrait doubler voire tripler d’ici à cinq ans ». 35 000 tonnes ont été produites en 2017, un niveau plutôt stable. Cela laisse un déficit de 8 000 à 10 000 t de luzerne bio, a indiqué Serge Faller, faisant part de l’ambition de supplanter à terme les importations.
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Inquiétude sur la politique environnementale
L’horizon n’est cependant pas tout à fait dégagé. C’est pourquoi le plan de filière avance une série de propositions. « Nous sommes très inquiets sur la politique de gestion des quotas de gaz à effet de serre », a souligné Eric Guillemot. Elle peut s’avérer « catastrophique pour la production de luzerne ». La filière estime ne pas avoir à supporter de taxes liées aux émissions de carbone, considérant sa partie agricole avec un stockage plus élevé. Elle réclame une meilleure visibilité pour l’industrie de transformation. Autre idée, la rémunération des aménités environnementales positives de la luzerne. Une proposition vise aussi la recherche scientifique sur cette plante jugée « orpheline » : vu le manque d’investissements du secteur privé, « la recherche publique doit compenser cette lacune en fléchant des moyens existants pour la luzerne, tant sur l’agronomie (semences, parcours/itinéraire) que la nutrition animale (notamment impact sanitaire, qualité des produits) », reprend Coop de France Déshydratation dans son rapport d’orientation.
Une croissance liée à un marché porteur et à un soutien politique à travers un plan protéine