Après plusieurs années de repli, la production de viande bovine pourrait reprendre à la hausse en 2014 selon une étude de l'Institut de l'élevage. En revanche, la consommation continue de perdre du terrain.
LES économistes tablent sur une reprise de la production de viande bovine pour l'année 2014. Ainsi, l'Institut de l'élevage a annoncé dans une étude publiée le 20 janvier une hausse de +3% de la production en 2014. « La France abattra sans aucun doute plus de femelles qu'en 2013, année marquée par une profonde pénurie en la matière », précisent les économistes. Et pour cause, la « très bonne conjoncture laitière » avait incité les éleveurs à étoffer leur troupeau. Mais en 2014, « la ferme France démarre l'année avec plus de vaches que l'an dernier et les taux de réforme devraient augmenter légèrement, notamment dans le cheptel allaitant ». Ainsi, la production de femelles finies pourrait remonter à 792 000 tonnes équivalent carcasse, soit une augmentation de 5% en 2013.
Hausse des prix à la production…
Conséquence directe du manque de disponibilités récent : « Entre 2011 et 2013, les prix à la production des gros bovins ont connu une augmentation importante », assure Nicolas Roux, chargé d'études au bureau de la veille économique et des prix de la DGCCRF, dans une étude publiée le 20 janvier. En Europe, il y a une pénurie d'animaux qui a soutenu les prix. Ce constat, les éleveurs le tempèrent dans la mesure où les coûts de production ont aussi augmenté. Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine (FNB), rappelait, le 22 janvier, que le prix moyen pondéré des bovins (tous animaux confondus) est actuellement de 3,82 euros le kilo de carcasse, alors que les coûts de production, eux, sont à 4,50 euros le kilo de carcasse. Un constat aussi relayé par l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires : la part des charges liées à l'alimentation animale dans les exploitations agricoles spécialisées dans l'élevage bovin est passée de 10% en 2002 à 14% en 2013.
… et à la consommation
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En amont, les coûts de production augmentent et les prix payés aux producteurs aussi. En bout de chaîne, c'est le prix à la consommation qui augmente. D'après l'étude de la DGCCRF, « depuis 1990, on constate une hausse continue des prix à la consommation de la viande de bœuf (+2,2% en moyenne par an) ». Nicolas Roux analyse ainsi : « Depuis 2010, la consommation décline (-3,5% entre 2010 et 2012), en lien avec l'augmentation des prix à la consommation ». Au-delà du prix, les achats des ménages ont évolué avec les habitudes alimentaires. À titre d'exemple, Nicolas Roux rapporte qu'« en 1975, on estimait que les viandes hachées représentaient moins de 1% des volumes commercialisés par les industriels. Dix ans plus tard, cette proportion s'élevait à 7%, pour atteindre aujourd'hui 30% ».
L'après-2015 à l'étude
La DGCCRF analyse toutes ces évolutions au fil des différentes réformes de la Pac, alors que les arbitrages nationaux de la dernière sont en cours. Avant toute chose, elle rappelle que « la production de viande bovine provient de deux filières différentes : l'abattage des bovins issus du cheptel allaitant et l'abattage des vaches laitières ». Ainsi, l'abandon programmé en 2015 des quotas laitiers aura des conséquences sur la production de viande bovine en France. Les spécialistes se penchent sur la question, mais ils restent prudents. « On pourrait se dire que la suppression des quotas entraînerait une logique de “re-spécialisation” » des élevages.
« Mais les choses ne sont pas gravées dans le marbre : l'équation dépend de très nombreux facteurs », explique Gérard You, économiste à l'Institut de l'élevage. À vrai dire, les experts sont en train de réaliser une étude soutenue par FranceAgriMer identifiant les conséquences de la suppression des quotas laitiers sur la production de viande bovine. Les résultats seront disponibles à l'été 2014. D'ici là, Gérard You rappelle que « lorsque les quotas laitiers ont été mis en place dans les années 1980, il y a eu une diversification des activités dans les élevages ». Et pour cause, la production de lait étant limitée, nombreux sont les élevages à avoir mis en place des ateliers d'engraissement pour diversifier leurs sources de revenu. Mais pour l'échéance 2015, l'inverse n'est pas forcément vrai car de nouveaux facteurs doivent être pris en compte parmi lesquels figurent surtout les nouvelles aides couplées. L'Institut de l'élevage rappelle que « les incertitudes sur les règles d'attribution de la nouvelle prime à la vache allaitante ont abouti à la stabilisation du cheptel allaitant après deux années de décapitalisation marquée ».