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Protection des plantes La protection intégrée veut surfer sur la vague du Grenelle

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La protection intégrée des cultures (insectes auxiliaires, extraits naturels, phéromones…) a de beaux jours devant elle. Si le chiffre d’affaires du secteur ne représente aujourd’hui que 3,5% du marché de la protection des plantes, les industriels tablent sur une croissance importante, portée par le Grenelle de l’environnement. Mais des efforts importants de recherches restent à faire notamment pour les cultures fruitières et céréalières.

En Europe, le chiffre d’affaires des entreprises spécialisées dans la protection intégrée s’est élevé à 204 millions d’euros en 2008. L’IBMA France (Association internationale des fabricants de produits de biocontrôle) a tenu le 17 décembre son premier colloque afin de faire le point sur la protection intégrée et son développement annoncé dans le contexte du Grenelle de l’environnement. « La protection intégrée est basée sur la gestion des populations d’agresseurs plutôt que sur leur éradication », a précisé Louis Damoiseau, trésorier de l’IBMA.
Les entreprises européennes de biocontrôle commercialisent principalement des insectes et des nématodes (91 M€), des micro-organismes (52M€) et des médiateurs chimiques (43M€). Au total, le secteur ne représente encore qu’une faible part du marché de la protection des plantes (3,5%). Mais il enregistre une croissance annuelle de 15%. Selon l’IBMA, il devrait en 2020 atteindre un chiffre d’affaires de 1 500 M€ (25% du marché) en remplaçant 70% des insecticides par des substances naturelles, phéromones, virus, champignons et nématodes, et 40% des fongicides par des champignons et bactéries antagonistes, et des extraits naturels (algues, terpènes etc…). Par contre, cette technologie devrait apporter peu de solutions alternatives à l’utilisation des herbicides pour lutter contre les adventices.

Manque de solutions nouvelles
Les industriels se sont fixé la mission de remplacer peu à peu les pesticides par d’autres molécules plus respectueuses de l’environnement tout en maintenant le revenu des agriculteurs. D’importants efforts de recherche seront néanmoins nécessaires pour y parvenir. Comme en témoigne Daniel Sauvaitre, arboriculteur en Charente et président de l’Association nationale pommes et poires : « Pour la lutte contre les acariens c’est une grande victoire d’avoir pu quasiment supprimer tous les traitements phytosanitaires. Par contre, le problème c’est qu’aujourd’hui nous butons un peu. Nous ne savons pas trop comment aller plus loin. Nous avons toujours besoin de produits phytosanitaires à un moment où la pression de la société est très forte ». Même constat pour Philippe Martin, céréalier dans les Yvelines. Cet exploitant d’une ferme de 250 ha cherche depuis une dizaine d’années à limiter son utilisation de produits phytosanitaires. Contre les champignons, il utilise des stimulateurs de défenses naturelles et des trichogrammes (petits insectes dont la larve parasite les œufs d’insectes hôtes) contre la pyrale du maïs. Mais ces traitements restent parfois moins rentables que les produits de synthèse. « Et pour lutter contre les adventices il existe peu de solutions alternatives aux herbicides », regrette Philippe Martin qui pratique donc une rotation de culture spécifique mais aussi le faux semis ou des variétés de blé plus tardives.

60 millions d’insectes sur 16,5 hectares de serres
S’il est une activité où la lutte biologique a su répondre aux attentes des producteurs c’est la production de légumes sous serres. Jean-Luc Olivier, producteur de tomates et de concombre hors sol dans la région nantaise, déploie chaque année une panoplie de 60 millions d’insectes (prédateurs et pollinisateurs) sur ses 16,5 hectares de serres sous abri. « Avant, sur le concombre ont faisait 40 applications par an, maintenant c’est 4 ou 5 passages au maximum », explique-t-il. Prix de cette méthode : 80 000 euros par an. « Peut-être que cela nous coûte plus cher mais nous voulons sortir des produits sains. C’est un avantage par rapport à nos concurrents. Et en plus nos employés sont très contents de ne pas avoir à utiliser trop de produits phytosanitaires dangereux pour leur santé », souligne Jean-Luc Olivier. Mais lui aussi attend beaucoup de la recherche dans les années à venir. Et pas seulement de la part des industriels de produits de biocontrôle. « Il faut aussi mettre au point de nouvelles molécules de synthèse plus “soft” pour les applicateurs et les insectes prédateurs et pollinisateurs que nous utilisons ».

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