Le colloque national biomasse, à Paris les 2 et 3 juillet, était l'occasion de faire un point d'étape sur les filières méthanisation et biocarburant.
LE colloque national biomasse à Paris les 2 et 3 juillet a mis en lumière les opportunités de développement prochain de la méthanisation française. Jusque-là, la méthanisation en France s'est faite principalement avec le biogaz de décharge, a rappelé Sébastien Couzy, directeur général de la société Méthanéo. Aujourd'hui, « il faut un relais de croissance, et ce relais de croissance est dans l'agriculture », a indiqué Sébastien Couzy, qui est aussi représentant du Ser au Cosei (Comité stratégique pour l'éco-industrie au ministère du Redressement productif) pour le biogaz.
L'exemple allemand est édifiant, bien que les professionnels et les pouvoirs publics français soient loin de chercher à l'imiter intégralement : l'Allemagne compte 9 200 installations de biogaz, « dont 7 200 rien que dans l'agriculture », a témoigné Michaël Höttner, directeur du Centre international du biogaz et des bioénergies. « Huit ans après son démarrage en 2000, la méthanisation allemande s'est accrue de 4 000 sites. En huit ans, de 2006 à 2014, les installations françaises sont passées de 200 à 400. L'ambition de la France est d'atteindre 1 500 installations d'ici cinq ans », a complété Sébastien Couzy.
Montrant que la croissance du biogaz a des perspectives en agriculture, le Ser, organisateur du congrès, a invité le premier agriculteur à avoir monté un projet d'injection de biogaz. Olivier Bou-chonneau, éleveur de porcs en Vendée, s'est associé avec trois autres exploitations pour produire chaque jour l'équivalent de 85 bouteilles de gaz de 13 kilos vendues dans le commerce. Ce projet a été inauguré le 18 avril par Stéphane Le Foll.
Mais pour assurer ce relais de croissance, la France doit lever les freins. Or « pour se lancer dans un projet de méthanisation, il faut déjà le vouloir », a commenté Christine Delamarre, directrice de l'ingénierie au Crédit Agricole. En effet, d'une part les formalités administratives sont très lourdes : 30 kilos de documents d'ICPE (installations classées), a témoigné Olivier Bouchonneau. De plus, les coûts de raccordement au réseau de l'électricité fabriquée à partir de biogaz ont triplé depuis 2000. D'autre part, la motivation d'un tel projet doit être moins l'objectif d'un complément de revenu que la recherche de l'efficacité énergétique et la valorisation des déchets, a estimé Christine Delamarre.
Biocarburants : progression vers la seconde génération en continuPour les biocarburants, dernier thème du colloque biomasse, il s'avère que la marche vers la seconde génération se fera en continu mais pas en rupture. Les différents intervenants se sont d'abord attachés à rappeler que les biocarburants de première génération, dont la caractéristique est d'être produits à partir de ressources alimentaires (colza, tournesol, betterave, blé, maïs), génèrent des coproduits riches en valeur alimentaire. « Quand l'industrie française du biodiesel permet à la France d'économiser pour un milliard d'euros d'importations de biodiesel, elle lui fait économiser aussi 500 millions d'importations de tourteaux de soja », a souligné Kristelle Guizouarn, directrice du développement durable chez Sofiprotéol, le groupe agro-industriel de la filière oléagineuse française.
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La progression vers la seconde génération, dont le critère est de ne pas prélever de ressource alimentaire, se fait déjà, par l'arrivée d'huiles usagées et de graisses animales dans les usines de biodiesel. « Il est plus valorisant de convertir les huiles de friture en ester et d'utiliser l'ester dans les transports que de les brûler en cimenteries », a fait remarquer Dietrich Klein, président du groupe de travail « biotechnologie et bioénergie » au Copa-Cogeca.
Nicolas Rialland, responsable « éthanol et bioénergies » à la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), a démonté le caractère trompeur du terme « biocarburants de seconde génération ». « Avec ce critère, on soutient indifféremment des technologies de rupture, comme l'éthanol lignocellulosique, et la production de biocarburants produits à partir de résidus (huiles usagées, graisses animales) par une double exonération fiscale ».
La sémantique est dépassée par les faits, car l'évolution des biocarburants ne suit pas la trajectoire prédite par les experts il y a dix ans, car de véritables évolutions de rupture sont en train de se dérouler : l'éthanol va devenir une molécule à valeur ajoutée pour la fabrication de caoutchouc, tandis que la betterave pourrait produire du kérosène pour l'aviation, a mentionné Nicolas Rialland.
«Le marché du bois est relativement archaïque. Ce n'est pas une critique, un simple constat », a déclaré Jean-Yves Caullet, président de l'Office national des forêts (ONF), lors du Colloque national sur la biomasse à Paris, le 1er juillet. Qualifiant l'idée d'un « marché à terme pour le bois » de « ni possible, ni souhaitable », il recommande plutôt de renforcer les contrats existants qui lient l'ONF aux industriels : en termes de prix, de volumes, de qualité... L'enjeu est de taille car le bois est la première source d'énergie renouvelable en France. Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, a d'ailleurs réaffirmé devant les acteurs de la filière, la volonté du gouvernement « d'accélérer la transition énergétique ».