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Pôle de compétitivité «industries et agro-ressources» À la recherche d’industriels chimistes et pharmaceutiques

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Labellisé en juillet dernier, le pôle de compétitivité «industries et agro-ressources», cherche maintenant à attirer des industriels chimistes et pharmaceutiques, ressort-il de l’édition 2005 d’ Innovact, le salon de promotion des jeunes entreprises innovantes qui s’est tenu à Reims le 4 et 5 octobre.

Le but des pôles de compétitivité est de susciter l’implantation d’entreprises sur des lieux où la recherche et la formation universitaire et professionnelle travaillent déjà avec un tissu d’entreprises assez dense. Le pôle «industries et agro-ressources» des régions Champagne-Ardenne et Picardie, labellisé «à vocation internationale» et le ministère de l’Agriculture tentent de faire venir des industriels, comme Dow Chemical, Dupont-de-Nemours, Amylum, Roquette.

Jean-Claude Mithouard, directeur de la chambre régionale d’agriculture, a cité, sur le stand du pôle à Innovact, des substances chimiques qui pourraient être produites et offrir de nouvelles valorisations aux blé, colza, betteraves : l’acide succinique intéresse Toyota pour la production de liquide de refroidissement dans les moteurs. La demande des chimistes peut être satisfaite à partir de co-produits comme la paille et le son, mais elle nécessiterait la construction «d’un deuxième ARD» (c’est-à-dire la construction d’une usine comme celle d’Agro-industrie Recherches et Développements de Pomacle dans la Marne).

Tandis que les entreprises et les pouvoirs publics s’activent à chercher des industriels partenaires, la recherche prépare de nouvelles valorisations, à travers deux programmes majeurs : Amival, sur la valorisation de l’amidon, et Glycoval, sur la valorisation des glucides.

Amidon : pour faire du plastique... ou d’autres choses

Voir construire prochainement des usines chimiques ou de plastiques d’origine végétale en pleine Champagne est désormais possible. Cependant, la chimie de l’amidon peut réserver des surprises. Il n’est pas sûr que la valorisation de l’amidon de blé débouchera sur la fabrication de plastiques biodégradables dans un avenir très proche, mais par contre, il se peut que l’amidon débouche sur d’autres utilisations, prometteuses elles aussi, mais qu’on ne connaît pas encore. Les recherches appliquées sur l’amidon de blé ont buté sur des difficultés techniques dans la fabrication des plastiques.

On croyait jusque là l’amidon, quelle que soit sa plante d’origine (blé, maïs, pomme de terre, manioc) était une chaîne de macromolécules aux mêmes propriétés. Il n’en est rien. Des travaux de recherche plus approfondis ont révélé un niveau d’organisation des polymères d’origine naturels d’une grande complexité. Un polysaccharide de blé ne ressemble pas à un polysaccharide de manioc. Cette découverte a motivé le programme de recherche fondamentale Amival, financé par les collectivités territoriales de Champagne Ardenne et par le CNRS (Centre national de la recherche scientifique).

Le but de ce programme est de développer de nouvelles valorisations non alimentaires de l’amidon et de mieux comprendre les structures des chaînes de molécules d’amidon et de voir quels caractères des plantes sont nécessaires pour développer des propriétés plastiques. « Jusque là, la sélection naturelle et humaine n’a développé que les propriétés alimentaires des plantes. Il pourrait être intéressant maintenant de s’attaquer aux propriétés plastiques», estime Christophe Bliard, directeur de recherche du programme Amival.

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Avant que le blé se prête mieux à la fabrication massive de plastique, combien de temps faudra-t-il attendre? Devra-t-on entretemps se résigner à fabriquer du plastique à partir de manioc? L’enjeu est là effectivement. Mais fabriquer du plastique à partir de manioc n’est pas une solution durable. « Actuellement, le coût du transport est artificiel, il est en dehors de la réalité car nous vivons dans le mirage du transport immédiat et à faible coût d’un bout à l’autre de la planète», fait remarquer M. Bliard. La solution de long terme est d’arriver à avoir une meilleure connaissance des différents types d’amidon. À partir de là, les sélectionneurs sauront quels caractères de la plante mettre en valeur. Et d’ici là, la recherche fondamentale peut révéler des valorisations insoupçonnées pour l’instant, a évoqué M. Bliard.

Glucides : vers de nouvelles molécules de tensioactifs

Le programme Glycoval, lancé pour la période 2000-2006 (mais avec des prolongations probables car des thèses viennent de démarrer), vise quant à lui la valorisation des co-produits des céréales et du raisin (pailles, sons et pulpes) pour fabriquer de nouvelles molécules de tensioactifs pour des produits lavants, des émulsifiants, des shampoings et autres ingrédients pour la cosmétique.

Glycoval travaille aussi sur des procédés nouveaux, nécessitant moins de cuissons et moins de catalyseurs à acides durs, tels l’acide sulfurique. Le programme utilise notamment le chauffage par micro-ondes.

Des réalisations sont déjà appliquées chez ARD, où moins d’acides et moins d’eau, donc moins d’effluents à traiter, sont utilisés.

Enfin, Glycoval est partenaire du programme «Fractionnement agro-ressources et emballages», avec l’Inra et l’université de Reims pour l’extraction et l’hydrolyse des sucres contenus dans la cellulose, pour utilisations en chimie fine.