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Céréales La récolte 2005 respecte la nouvelle réglementation sur les mycotoxines

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Les céréales et protéagineux récoltées en 2005 présentent des teneurs particulièrement basse en mycotoxines. C’est de bon augure pour respecter la nouvelle réglementation européenne votée le 6 juin 2005 et qui entre en application dès le 1er juillet 2006. Si tout est désormais calé pour les produits destinés à l’alimentation humaine, ce n’est pas encore le cas pour l’alimentation animale. La Commission européenne s’oriente vers des seuils recommandés et non imposés, faute de consensus. Les fabricants d’aliments s’interrogent sur la mise en œuvre d’une telle décision.

Cette année, les céréales françaises n’auront aucun mal à respecter la nouvelle réglementation sur les mycotoxines, en alimentation humaine, qui a été adoptée le 6 juin 2005. Alors que le seuil fixé pour la désoxynivalénol (DON) sur blé tendre est de 1250 ppb (µg/kg), la récolte française se répartit comme suit : 10 % entre 100 et 250 ppb, 38 % entre 20 et 100 ppb et 52 % avec une teneur inférieure à 20 ppb, selon Arvalis. « Le blé tendre français 2005 est un très bon cru puisque 90 % de la récolte a une teneur en DON inférieur à 100 ppb et la totalité a une teneur inférieure à 1250 ppb », a souligne Bruno Barrier-Guillot, ingénieur chez Arvalis, lors d’un séminaire sur la valorisation des céréales et des protéagineux en alimentation animale, organisé par l’institut technique à Paris le 20 septembre. En 2004, 69 % de la récolte avaient une teneur en DON inférieur à 100 ppb et 99 % avaient une teneur inférieure à 1250 ppb.

Des seuils recommandés

Valérie Bris, responsable scientifique au Snia (Syndicat national des industries de la nutrition animale) conseille à ses adhérents de réduire, cette année, le nombre d’analyses sur la DON dans la mesure où il n’y a pas de problème majeur. Pour elle, il est préférable de transférer le budget d’analyses sur la fuminosine « car la Commission manque cruellement de références pour évaluer de façon objective la toxicité de cette mycotoxine sur les animaux».

Lors de ce séminaire, Valérie Bris a souligné les incohérences du projet de réglementation sur la DON en alimentation animale (feed). D’une part, les seuils seront une recommandation de la Commission et non une obligation. La Commission a choisi cette solution car les Etats membres n’arrivaient pas à se mettre d’accord. « Mais quelle sera la valeur juridique d’une telle recommandation ?», se demande la responsable scientifique. « Une recommandation de respect d’un seuil n’a pas de valeur pénale en cas de dépassement constaté. Mais si un agriculteur a un problème dans un élevage et qu’il porte plainte contre le fabricant d’aliments, le juge va incontestablement condamner le fournisseur d’aliment. Une jurisprudence existe sur ce sujet», explique-t-elle.

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Difficulté d’application pour les aliments porcs

La deuxième difficulté que rencontrent les fabricants d’aliments concerne les seuils recommandés pour les aliments composés destinés au porc : le seuil recommandé pour les céréales et les produits céréaliers est relativement élevé à 8 mg/kg (ppm) alors que celui des aliments complets pour les porcs est de 0,9 ppm. Ce seuil bas de 0,9 ppm est justifié étant donné la grande sensibilité du porc à la mycotoxine DON. Mais les fabricants d’aliments ne voient pas comment ils pourront respecter cet objectif de 0,9 ppm si la matière première principale qui constitue l’aliment peut contenir jusqu’à dix fois plus de mycotoxines.

Repérer les régions à risque

Plusieurs organismes de collecte et fabricants d’aliments sont venus expliquer comment, dans leur propre structure, ils s’organisent pour respecter cette nouvelle réglementation. Car il s’agit bien d’une gestion collective, de l’agriculteur au transformateur. « Nous avons évalué les petites régions à risque fusariose (le champignon pathogène qui synthétise des mycotoxines) sur le territoire que couvre la coopérative, en fonction du pourcentage de maïs dans la SAU et en fonction de la pluie entre le 20 mai et le 30 juin», a expliqué Olivier Bourassin, responsable du développement céréales chez Agrial (Normandie). « Nous conseillons les agriculteurs sur le choix des variétés en fonction du risque fusariose», a-t-il ajouté. « Nous devons arriver à motiver les agriculteurs sur ce thème, en sachant qu’on ne les paiera pas plus cher», a-t-il avoué. Sauf dans un cas : Agrial a développé une production sous cahier des charges de blés entrant dans la fabrication d’aliments pour porcelets, avec des contraintes spécifiques (par exemple précédents maïs grain exclu), rémunéré 5 euros/tonne de plus.

Facilité d’utilisation des kits d’analyse

Catherine Delacour, responsable des achats à la société d’aliment du bétail Philicot, en Bourgogne, a insisté sur la nécessité d’anticiper. « Depuis la campagne 2003, où des lots avaient été contaminées, nous utilisons des kits, qui coûtent 8 euros par analyse. C’est facile à mettre en œuvre, mais ce n’est pas suffisant. Cela permet surtout de cibler les régions à risque avant d’acheter les céréales», a-t-elle expliqué. Cette dernière souligne que les céréales contaminées engendrent forcément des coûts supplémentaires, d’isolement des lots notamment. Quant aux anti-toxines, elle en a utilisé, mais elle n’est pas convaincue de l’efficacité alors que leur coût est élevé (6 euro/t). D’autant qu’il s’agit d’argiles, qui, parfois, sont contaminées en dioxine du fait de l’activité sismique préhistorique !