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Volatilité des prix La régulation des stocks et des marchés agricoles en débat au Sénat

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La volatilité des cours agricoles était en débat lors d’une table ronde organisée au Sénat le 27 avril. Les intervenants ont eu l’occasion de faire le point sur la situation des marchés agricoles depuis le début des grands cycles d’instabilité des cours qui auraient commencé en 2004.

«Il faudrait comparer les coûts de l’instabilité à ceux de la stabilité », a déclaré au sujet des cours agricoles Frédéric Courleux, chef du bureau études, analyse, évaluation du Centre d’études et prospectives (CEP) lors d’une table ronde au Sénat le 27 avril. Entre régulation des stocks et des marchés agricoles, les sénateurs ont débattu, avec différents spécialistes du secteur, des solutions envisageables afin de lisser l’instabilité des cours en agriculture.

Une financiarisation accrue des marchés agricoles depuis 2004

« Les fondamentaux des marchés agricoles ont beaucoup évolué ces dernières années en raison de leurs liens de plus en plus étroits avec les marchés de l’énergie et de la finance », a indiqué David Hallam, directeur de la division marché et commerce de la FAO. Selon lui, la hausse de la demande mondiale, avec l’Asie en tête, et la baisse des stocks agricoles provoquent une situation dangereuse au niveau alimentaire. « La volatilité et la hausse tendancielle des prix agricoles sont devenues la norme depuis 2006/2007, et cela pourrait encore durer quelques années », a souligné David Hallam. Pour Bernard Valluis, expert de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), « depuis 2004, des paniers de matières premières, mélangeant l’agriculture à d’autres secteurs, sont proposés aux investisseurs par les organismes financiers ». D’après lui, ceci induit une évolution des cours agricoles parallèle aux autres matières premières. « Si les marchés à terme agricoles sont des outils de couverture du risque de prix pour les industriels, la financiarisation et la volatilité ont tendance à brouiller les repères des utilisateurs », a alerté Bernard Valluis.
La financiarisation des marchés agricoles aurait tendance à brouiller les signaux des marchés aux producteurs. D’ailleurs, Bernard Valluis dénonce l’effet du « hight frequency trading », un logiciel automatisé, aussi appelé « black box », qui permet de capter la volatilité instantanée des cours sur les marchés à terme. Des études montrent que ces automates auraient tendance à gêner l’incorporation au marché des informations sur les fondamentaux, mais aussi d’amplifier, voire d’exagérer, l’effet de ces informations sur les cours, induisant plus de volatilité (The Effect of High-Frequency Trading on Stock Volatility and Price Discovery, X. Frank Zhang, Yale University, novembre 2010). D’ailleurs, Frédéric Courleux a signalé que des questions sur la qualité du signal des prix aux producteurs pouvaient être posées. En effet, selon lui, en 2007, les stocks mondiaux de blé tendre sont passés d’environ 200Mt à 115Mt sans réponses des prix, ce qui n’a pas permis aux producteurs de s’adapter à la demande.

Les stocks pourraient stabiliser les prix à l’exemple du riz

« D’ici juin 2011, les stocks de blés mondiaux de fin de campagne sont attendus à 180Mt, amenant le ratio stock/consommation à 28%, contre à peine 20% en 2007/2008 », d’après Frédéric Courleux qui se veut rassurant quant aux disponibilités mondiales. Selon lui, aujourd’hui, une baisse de 3% de la production mondiale de blé entraîne une progression de 70% des prix. « La baisse des stocks tampons communautaires européens serait en cause », a indiqué Frédéric Courleux. D’ailleurs, selon lui, le marché du riz, qui est actuellement épargné par la hausse des cours des céréales, reste stable grâce aux politiques de stockages menées par l’Asean (Association des pays d’Asie du sud-est). Une coordination adéquate des stocks asiatiques de riz a ainsi permis de stabiliser les cours. Enfin, Bernard Valluis a soutenu les politiques économiques de stocks régulateurs entre producteurs et utilisateurs de produits agricoles. De plus, il s’est prononcé en faveur d’un suivi et d’un enregistrement des positions sur les marchés à terme agricoles par type d’opérateurs. Un système mis en place dès 1975 aux Etats-Unis sous le nom de « Commodity Futures Trading Commission » (CFTC), une agence du gouvernement américain indépendante en charge de la surveillance des marchés à terme.

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