Abonné

En direct avec Luc Morelon « La régulation n’apportera rien »

- - 6 min

Agra Alimentation : Les travaux du congrès de l’EDA se sont basés notamment sur une étude commandée à l’équipe de Michael Keane de l’université de Cork. Quel est le principal apport de cette étude et que compte faire l’industrie laitière européenne de ses résultats ?
Luc Morelon : Cette étude, il était important de l’avoir dans la mesure où le grand accusé est ce que l’on appelle la volatilité des marchés et des prix. Il nous fallait voir si cette volatilité était quelque chose de structurel ou de conjoncturel. La volatilité, on en est choqué quand elle est à la baisse mais personne n’en parle quand elle est à la hausse. Ce que l’on constate de très important dans cette étude c’est que la volatilité s’accroît et cela doit nous pousser à nous interroger sur le futur parce que l’on s’aperçoit, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, que la volatilité est de plus en plus importante. Pourquoi ? La réponse est simple : c’est la globalisation des marchés qui fait effectivement que les variations sur l’offre se heurtent à une demande plus ou moins inélastique, ce qui nous donne des variations importantes. La grande question est de savoir comment l’European Dairy Association peut apporter sa contribution à la possibilité ou non d’agir sur cette volatilité ? Le problème est en fait assez complexe.

Les marchés à terme n’apportent pas de solution
Pour moi, il est clair que dans cette optique là, les marchés à terme n’apportent pas de solution parce qu’ils ne sont qu’un moyen de gérer cette volatilité et non pas de l’atténuer. Je crois que le principal apport de cette étude est de dire que la volatilité est quelque chose d’intrinsèque et que les marchés à terme ne sont pas une solution pour la réduire mais une solution pour la gérer, ce qui est complètement différent. Le problème maintenant c’est de bien distinguer ce problème de la gestion de la volatilité des marchés aussi bien du côté des producteurs que des entreprises. La question est de savoir comment trouver les moyens d’atténuer ces variations au niveau des producteurs les plus démunis et les plus faibles ? Et ça c’est un vrai sujet, c’est un sujet politique sur lequel on devrait réfléchir à de nouveaux systèmes de la part, notamment, de la Commission européenne. Je pense que le groupe de travail de haut niveau qui vient d’être lancé est quelque chose d’intéressant. C’est peut-être l’occasion au niveau de la filière européenne de réfléchir à des solutions, par exemple à des assurances sur le revenu, mais ce sera complexe car nous sommes dans un marché très ouvert, très volatil. Il est par ailleurs clair pour moi que dans l’état actuel des choses toute mesure visant à encadrer le marché constitue quand même un retour en arrière.

Justement la mission principale qui a été assignée au groupe de travail de haut niveau c’est de réfléchir à une certaine forme de régulation des marchés ?
Le problème est que la régulation des marchés, cela fait bien d’en parler, tout le monde en parle. Mais qu’est ce qui s’est passé depuis quinze ans ? On a ouvert les marchés et l’industrie laitière et les producteurs de lait en ont profité parce que l’on a permis d’exporter plus de produits à valeur ajoutée. Le problème n’est pas de savoir s’il vaut mieux réguler ou déréguler, le problème est de savoir comment on gère une situation qui est une situation de plus grande capacité d’ouverture ; or, je pense que c’est une opportunité car le marché mondial est ouvert et l’Europe est un grand producteur de produits laitiers dans le monde, sinon le premier. L’Europe doit saisir ces opportunités et non pas se renfermer dans un système qui n’a eu que des aspects négatifs. Car c’est l’ouverture qui a permis d’exporter et de conquérir d’autres marchés à la fois régionaux et mondiaux. Et cela a beaucoup apporté non seulement à l’industrie mais également aux producteurs car, quand l’industrie en profite, les producteurs en profitent aussi. Le problème maintenant est de trouver comment gérer tout cela sur le plan social; la régulation n’est pas une solution, ce qu’il faut gérer, ce sont les aspects sociaux. Il y a de très grandes difficultés pour un certain nombre de producteurs: c’est du social, ce n’est pas de l’économie car il faut bien penser que la régulation n’apporte rien sur le plan social, elle n’apporte rien sur le plan économique. Il vaut mieux penser le problème sur le plan social et continuer à développer l’économie laitière à travers des entreprises performantes et des producteurs performants.

La situation grave de l’effondrement des prix à la production que rencontrent par les producteurs a certainement fait l’objet de commentaires de la part de vos pairs lors de ce Congrès. Cette situation réjouit les chefs d’entreprises quelque part, ou les inquiète au contraire ?
Ce n’est jamais une situation réjouissante pour une raison simple c’est que nous, nous devons vendre nos produits à la distribution et donc l’industrie laitière n’est qu’un point de passage, qu’un acteur de l’économie laitière, comme les producteurs et comme les distributeurs. Mais, en France, on cherche toujours un responsable quand il y a une crise. Aujourd’hui l’industrie est le responsable évident et facile à voir mais le problème n’est pas là. L’essentiel est de savoir si on est capable de valoriser une filière à travers des produits à valeur ajoutée, à travers des débouchés. De plus il ne faut jamais oublier – parce que ce sont eux qui nous paient – les consommateurs qui achètent nos produits. L’erreur aujourd’hui c’est de parler beaucoup des producteurs et de l’industrie laitière alors que l’on oublie ceux qui poussent leur caddy.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

industrie
Suivi
Suivre