Avec en finition une majorité de rations "sèches" basées sur les céréales,
en 2017
En Espagne, la rentabilité de l’engraissement reste très tributaire du prix de l’aliment. Depuis quelques années, la stabilité de ce dernier a permis aux engraisseurs espagnols de retrouver de l’oxygène. Après être monté jusqu’à 307 euros/tonne en 2012, le prix de l’aliment d’engraissement oscille entre 235 et 245 € depuis 2015. Depuis le printemps 2017, les engraisseurs espagnols bénéficient aussi d’une nette hausse du prix de vente des babys, qui a quasiment annulé le creux estival habituel. Elle a pour contrepartie une hausse du prix d’achat des broutards, particulièrement sensible depuis ce printemps et qui pourrait réduire la marge, alors qu’elle s’était nettement renforcée en 2017.
Des ateliers d’engraissement, répartis dans tout le pays et représentant différents systèmes, sont suivis dans la durée par un réseau national de référence du ministère de l’Agriculture. L’un de ces cas types engraisse près de 2 000 broutards mâles par an et presque autant de femelles, issus du cheptel espagnol mais de races françaises. Pesant 226 kg à l’entrée, les mâles sont engraissés jusqu’à 610 kilos sur une durée de 240 jours (360 kg carcasse). Sur les quatre derniers mois de 2017, le point d’équilibre (prix qui permet de couvrir le coût de production) de ces mâles était de 3,72 €/kg carcasse pour un prix de vente de 3,95 €/kg. Ce qui laisse une marge nette par animal de 83 euros. Deux ans plus tôt, la situation était tout juste à l’équilibre (prix de vente de 3,68 € pour un prix d’équilibre de 3,66 €). La rentabilité est encore meilleure avec des veaux croisés Montbéliards achetés en France, comme en atteste un cas type d’Aragon, qui engraisse 3 300 veaux par an abattus à 526 kg vif (284 kg carcasse). Son prix d’équilibre, fin 2017, s’établit à 3,30 € pour un prix de vente de 3,93 €. Soit une marge théorique par animal de 179 euros. Si le bénéfice net n’a pas toujours été aussi élevé, loin s’en faut, les engraisseurs jouent sur le nombre pour dégager, même en période de basses eaux, un minimum de revenu. « Les engraisseurs espagnols remontent mieux la crise que d’autres et ils sont plus solides financièrement qu’auparavant », affirme Benoît Albinet, directeur commercial de Deltagro Export. Les exportateurs français n’observent pas de difficultés de paiement en Espagne et les délais sont plus courts qu’en Italie.
Coûts de bâtiments et de main-d’œuvre compétitifs
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Si le coût alimentaire représente une part si importante du coût total, c’est aussi parce que les coûts fixes sont maîtrisés. Les unités d’engraissement sont classiquement constituées d’une série de bâtiments standard, en structure béton, d’une centaine de places chacun. Semi-ouverts, bien ventilés et paillés, ils sont compartimentés en lots de 25-30 animaux. Des conditions de logement adaptées au climat espagnol qui paraissent confortables. Devant chaque bâtiment, deux silos verticaux d’aliments approvisionnent de manière automatisée les auges. La paille de consommation est en libre-service. Le fumier est enlevé tous les 10 jours. Ce sont donc des bâtiments économiques (700 à 800 €/place de coût de construction) et nécessitant peu de main-d’œuvre (800 à 1 000 bêtes par travailleur). « En Espagne, un atelier de 1 000 places n’est pas un gros mot, constate Benoît Albinet, directeur commercial de Deltagro Export. Cette dimension donne des outils de production compétitifs. »
La productivité du cheptel allaitant s’améliore
Le cheptel allaitant espagnol — le deuxième de l’Union européenne — est en progression constante. Il dépasse les 2,2 millions de vaches. Les trois quarts des troupeaux allaitants sont concentrés dans l’Ouest du pays : zones herbagères de la côte cantabrique (Galice, Asturies) et zones sylvo-pastorales sèches de la dehesa (Castille-et-León, Estrémadure, Andalousie totalisent 60 % de l’effectif). Si de nombreuses races autochtones émaillent ce territoire, plus de la moitié des vaches (53 %) sont croisées, souvent avec des races à viande plus productives. « La génétique espagnole a beaucoup progressé depuis dix ans. On voit de plus en plus de cheptels de race Limousine », confirme Yvan Armaing (Deltagro). L’un des principaux points faibles de ces systèmes naisseur est leur extrême atomisation. L’effectif moyen par exploitation atteint tout juste 22 vaches, 4 % seulement détiennent plus de 100 vaches. C’est dans les zones sèches que les effectifs sont les plus élevés. La productivité reste encore faible et le taux de renouvellement est insuffisant (10 %) pour pouvoir réformer les vaches improductives. Elle s’améliore néanmoins d’année en année. La fertilité moyenne des femelles a franchi la barre des 70 % en 2017 (63 % en 2010) et l’intervalle vêlage-vêlage continue de baisser (440 jours en 2017). L’âge au premier vêlage recule également (55 % ont lieu entre 2 et 3 ans). Ces troupeaux produisent des broutards de 5 à 7 mois d’âge, pesant entre 180 et 250 kilos.