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Etude La rentabilité des élevages allaitants sous l’œil de l’Institut de l’élevage

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Amélioration de la productivité du travail et diminution des charges expliquent la rentabilité d’un tiers d’une soixantaine d’exploitations allaitantes étudiées, selon Julien Belvèze, de l’Institut de l’élevage, entre 2000 et 2008. Les deux tiers restants perdent de l’argent au cours de la même période. L’étude a été présentée le 6 octobre au Sommet de l’élevage.

Julien Belvèze, de l’Institut de l’élevage, vient de mener une étude, présentée lors du Sommet de l’élevage le 6 octobre, montrant que productivité du travail et réduction des charges ont permis à des éleveurs allaitants d’améliorer la rentabilité de leur exploitation entre 2000 et 2008. Sur un groupe de 60 élevages des régions Auvergne, Bourgogne, Limousin et Centre, un tiers seulement des exploitations (groupe 1) ont augmenté leurs revenus de plus de 10 000€ pendant cette période. Les deux tiers (groupe 2) restants ont perdu près de 9 000€. Augmentation de la SAU (+20 ha), du cheptel (+20 UGB), des vêlages (+ 13) avec un chargement stable caractérisent les élevages du groupe 1. Cette hausse de la productivité se traduit par une hausse de 7 t de viande/UTH. En parallèle, les éleveurs du groupe 2 gardent une productivité stable durant la même période. Du point de vue technique, les deux groupes sont très similaires (poids vifs des animaux, taux de finition). Les aides reçues dans les deux cas progressent de façon plus ou moins identique entre 2000 et 2008 (+ 34% pour le groupe 1 et + 28% pour le groupe 2). Autant de jeunes se sont installés (20%) durant la période étudiée dans les deux cas. Peut-être existerait-il un effet race car le groupe 1 posséderait dans l’ensemble des races plus rustiques (meilleure valorisation de l’herbe, impact sur les charges d’alimentation mais poids carcasse moindre), mais cela reste à prouver.

Un résultat plombé par les charges
La différence entre les deux groupes se manifeste au niveau des charges, qui, en moyenne, quel que soit le groupe, ont augmenté de 30% en huit ans. Les charges opérationnelles animaux (+ 34% pour le groupe 1 et +48% pour le groupe 2) et les charges de structures (+15% pour le groupe 1 et + 33% pour le groupe 2) sont en cause. L’achat d’aliment du bétail, les charges de main d’œuvre, de mécanisation et les investissements dans les bâtiments font la différence. Selon Julien Belvèze, certains éleveurs du groupe 2 font des « investissements de luxe » qui vont plomber les charges, tout en ayant une exploitation de taille déjà importante. « Pour plus d’un tiers des élevages, il existe une corrélation directe entre productivité du travail et amélioration du revenu », explique-t-il. Il remarque que « dans l’échantillon analysé, la moitié des exploitations plafonne en termes de productivité du travail à un seuil de 100 vêlages et 150 ha ». Ce seuil est-il lié à une impossibilité de réinvestir de la part de l’éleveur pour s’agrandir ou à un investissement possible mais non rentable car comme le précise un intervenant dans la salle, engager un salarié supplémentaire coûte autant à l’exploitant qu’il ne rapporte ? « Le groupe 1 ressemble à une machine qui s’autoalimente à la suite d’une amélioration régulière du revenu. Les investissements sont compensés par un bon chiffre d’affaires et une certaine efficacité agronomique », resitue Julien Belvèze. Seulement, comme le précise un exploitant dans la salle, si la productivité du travail est meilleure dans le groupe 1, qu’en est-il de la qualité de vie des éleveurs de ce groupe ?

Et la qualité de vie
Reste aussi la question de la main d’œuvre familiale, dite « de l’ombre ». Non rémunérée directement, elle pourrait expliquer une part de la hausse de la productivité. Pour Jean-Pierre Fleury de la Fédération nationale bovine, « le domaine de l’élevage s’est installé dans un surcroît de travail, qui va jouer sur les installations à venir ». Quel jeune voudra créer ou reprendre une entreprise sachant que sa rémunération avoisinera la moitié d’un SMIC, l’autre moitié étant réservée à l’investissement, et que ses vacances se limiteront à une semaine par an ? Pour Claude Allo, directeur de l’Institut de l’élevage, l’optimisation des charges et de l’organisation du travail ainsi que la recherche de « nouvelles recettes » au travers des énergies sont les futurs axes de recherches. « Par rapport aux autres pays européens, nous sommes sur la même ligne de départ et si certains nous dépassent actuellement en termes de compétitivité, nous avons en tout cas les meilleurs atouts (génétique animale, surface en herbe…) pour nous adapter au contexte économique de demain », a-t-il conclut.

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