La guerre des prix a-t-elle lieu, ou aura-t-elle lieu demain ? La réponse à cette question n’est pas la même selon que l’on est fabricant ou distributeur, que l’on s’appelle Leclerc ou Carrefour, que l’on est une multinationale avec ses marques ou une PME qui produit pour des marques de distributeur. Pour le simple observateur, comme les analystes de l’assureur-crédit Euler Hermes SFAC qui se penchent régulièrement sur la santé du grand commerce alimentaire, une chose est sûre c’est que la rentabilité du secteur s’effrite. Si d’ailleurs il était possible de scruter aussi bien l’industrie alimentaire, il est probable que l’on en dirait au moins autant. Les avis divergent aussi pour savoir si la LME est directement responsable de cette « perte de valeur » généralisée dont l’économie française est en train de faire les frais.
De leur dernière étude intitulée Quel avenir pour la grande distribution alimentaire ?, les experts économiques et les experts métiers d’Euler Hermes SFAC concluent en tout cas que « la crise » (celle des matières premières, suivie de la crise financière et de la crise économique) a eu un impact plus important que l’on ne croit sur le grand commerce : à elle seule, elle a poussé et pousse encore les distributeurs à mener une politique tarifaire plus agressive. La différenciation tarifaire permise par la LME, elle, n’a pas été aussi déterminante qu’on le pensait dans cette évolution…
Autre correction qu’apporte l’étude aux idées reçues : même si la crise a fait bien plus de mal à d’autres secteurs de l’économie, la distribution alimentaire en est affectée et durablement car elle est confrontée aux arbitrages des consommateurs qui rognent sur leurs dépenses alimentaires pour faire face à d’autres dépenses plus ou moins contraintes (loyer, santé, téléphonie, services divers). Cela a déjà obligé les distributeurs à consentir des efforts sur leur politique tarifaire pour tenter de maintenir leurs volumes. « Mais la baisse de prix ne s’accompagne pas pour autant d’augmentation des volumes », explique Annie Girac, conseiller sectoriel d’Euler Hermes, d’autant que « l’élasticité-prix des produits alimentaires est proche de zéro ».
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La consommation des ménages, qui a déjà été freinée au moment où les prix agricoles et pétroliers se sont emballés (2007-2008), stagne encore malgré la baisse des prix qui est intervenue depuis. Au 3e trimestre 2009, elle n’est guère plus élevée en volume que fin 2007 en ce qui concerne l’alimentation ! Et en raison de la crise, le prix devient un critère d’achat encore plus déterminant dans les comportements des consommateurs, ce qui remet en cause le business model de la grande distribution et dégrade sa rentabilité. En effet, le critère prix est le seul qui progresse régulièrement et se place juste derrière les critères de qualité.
Ainsi les transferts de dépenses s’accélèrent entre formats de magasins et entre gammes de produits, et là encore dans le sens d’une dégradation de la valeur. Ainsi la part de marché des MDD a gagné deux points en 2008 pour atteindre 34%. « D’un prix inférieur de 25% en moyenne à celui des marques nationales, leur développement a un effet déflationniste sur le chiffre d’affaires des distributeurs, ce qui dégrade leur rentabilité », constate Annie Girac.