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Volaille/Crise La reprise de Doux ne pourra pas éviter des plans sociaux massifs

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Pas moins d’une douzaine de candidats (1) ont fait une offre de reprise pour le groupe Doux, en redressement judiciaire depuis le 1° juin dernier. Les propositions ont suscité une immense déception, tant du côté des pouvoirs publics que des syndicats qui s’attendent désormais au pire, en termes de pertes d’emploi. Le propriétaire Charles Doux a créé la surprise en annonçant, à son tour, vouloir présenter une offre, mais celle-ci n’ira pas sans des sacrifices très lourds pour l’emploi. Certains sites sont d’ores et déjà assurés de fermer.

Avant présentation des premières offres au Comité central d’entreprise du vendredi 6 juillet, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avait défini deux critères pour la reprise : une offre globale qui éviterait « un dépeçage du groupe » et le maintien « d’un maximum de sites et d’emplois ». Pas moins d’une douzaine d’offres ont été faites, dont une par un consortium emmené par Sofiprotéol et réunissant sa filiale Glon Sanders, aux côtés des coopératives Terrena ou Triskalia et des entreprises LDC, Duc et Tilly-Sabco. Les offres faites dans le cadre de cette alliance n’excluent d’ailleurs pas les offres que les participants ont pu faire à titre individuel.
En dépit de cette abondance de prétendants, le ministre n’y a pas trouvé son compte et fait savoir que celles-ci étaient insuffisantes et devaient être revues, notamment celle de Sofiprotéol. Un avis partagé par Charles Doux qui, à la surprise générale, annonçait vouloir proposer, de son côté, son plan de poursuite de l’activité. Les détails n’en sont pas connus, mais il serait élaboré par Michel Léonard qui a été nommé à la direction générale après la mise en redressement judiciaire. Ce projet aurait le soutien, sur le plan financier, d’investisseurs du Moyen-Orient, amis de la famille Doux.

Un démantèlement semble inévitable
Le premier souhait d’Arnaud Montebourg d’éviter le « dépeçage » semble de plus en plus appartenir au domaine des vœux pieux. L’offre la plus complète elle-même, celle faite par le consortium, n’échappera pas à certaines mises à l’écart. Ainsi Terrena est intéressée par la marque Père Dodu, mais ne souhaite pas reprendre le site de Quimper, alors que le groupe Lafayette-Turenne serait prêt à le reprendre. Si le plan du consortium (auquel Terrena appartient) est retenu, le sort du site de Quimper et ses 239 salariés serait plus que compromis. D’ores et déjà, l’usine de Pleucadec et ses 407 salariés semble être scellée selon les syndicats. Le site dédié à la production de viande de dinde n’intéresse personne, cette activité étant en grave crise en France.
Les offres individuelles ont pour leur part des cibles clairement identifiées. Ainsi Tilly-Sabco « propose de reprendre les activités Grand-Export des deux abattoirs de poulets entiers surgelés situés à Châteaulin (29) et à Chantonnay (85) et s’engage à reprendre les 588 contrats de travail s’y rapportant », pour 6,5 millions d’euros. Dans son offre, Daniel Sauvaget envisage aussi de reprendre la moitié de la créance des éleveurs (poulet export) à hauteur de 3 M€. Mais il ne suivra pas le modèle d'intégration de Doux, les éleveurs auront pour interlocuteurs Glon, Triskalia et Cavac. LDC, le leader volailler du poulet frais, se positionne sur l'usine de Laval (302 salariés) pour 3,5 millions. Le p.-d.g., Denis Lambert, entend « intégrer Laval dans une filière poulet certifié, poulet découpe sous marques distributeurs (grande distribution) ». Associé à Glon Sanders, le groupe Duc (Bourgogne) est intéressé par les sites du centre de la France: Boynes (abattage et découpe de poulet, 157 salariés mais 87 licenciements), Blancafort (abattage découpe de dinde,184 salariés mais 47 licenciements), Anilly (couvoir) et Clémont (aliment). L'offre se monte à 1,5 M€ pour des sites pour la plupart déficitaires.

Un bilan social lourd
L’autre souhait du ministre de minimiser la « casse sociale » risque également de ne pas être tenu. Les différentes organisations syndicales tentent, au vu des éléments qu’elles collectent sur les divers projets en compétition et les probabilités qu’ils soient retenus, de chiffrer l’impact sur l’emploi. Le 10 juillet, la CFDT annonçait le chiffre de 1 628 suppressions d’emplois à durée indéterminée, mais revoyait légèrement à la baisse son estimation, le lendemain, à 1 519 unités. Un chiffre très lourd au regard des 3 844 emplois CDI du groupe. La fédération agroalimentaire et forestière CGT demandait carrément au ministre de l’Agriculture dans un courrier du 9 juillet « la mise sous tutelle du groupe et un droit de veto pour les élus pour tout ce qui touche à l’emploi et à la sauvegarde du potentiel industriel ». Le comité d’établissement du groupe a par ailleurs « décidé de déposer plainte devant le tribunal de Quimper pour “gestion fautive” ». Les éleveurs et accouveurs qui les fournissent sont tout aussi inquiets de la situation et attendent des éclaircissements sur les offres définitivement retenues. Les transporteurs du groupe Doux, qui emploient environ 1 000 chauffeurs et détiennent « près de 8 millions de factures impayées », menacent de cesser dès le 13 juillet tout transport pour le volailler breton indiquent ceux-ci dans un communiqué émanant de la FNTR (Fédération nationale des transporteurs routiers) Bretagne.
Les administrateurs judiciaires doivent maintenant étudier toutes les offres qui pourront être améliorées pour devenir satisfaisantes, selon un communiqué de leur porte parole. « L'ensemble des solutions proposées doit maintenant être analysé, y compris le plan de continuation à l'étude par l'actionnaire actuel du groupe Doux ». Tout au long de ce processus d'analyse, les offres seront parallèlement examinées par les instances représentatives du personnel et l'ensemble de ces travaux sera mené d'ici à la date d'audience qui sera fixée par le tribunal de commerce de Quimper dans la semaine du 23 juillet 2012, a-t-il ajouté sans plus de précision sur la date. D’ores et déjà, Xavier Beulin, président de la FNSEA et de Sofiprotéol, a annoncé, lors d’une conférence de presse, le 11 juillet, que le consortium allait largement revoir son offre initiale. Il a également assuré que tout serait fait pour offrir un reclassement aux salariés touchés par les licenciements.

(1) Les repreneurs potentiels : LDC, Tilly-Sabco, Gastronome, Financière Lafayette, Protéis viande, Daviet, Hendrix genetics, Finalab, Duc, Sofiprotéol (Glon Sanders) Cavac-Ciab et Amice Soque

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