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La reproduction du loup confirmée en dehors des Alpes

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Sans surprise pour la profession, les services de l’État ont confirmé le 1er septembre avoir obtenu des preuves de la reproduction d’un couple de loups en dehors de l’arc alpin. Une grande première, qui invite pour les syndicats minoritaires à revoir les estimations de population et les moyens d’accompagnement.

De nombreux éleveurs en avaient déjà la certitude, les services de l’État viennent de le confirmer. À la suite de « hurlements provoqués » (simulations de cris de loup par les services de l’État) réalisés le 30 août, la préfecture de Lozère a annoncé dans un communiqué la présence de louveteaux dans le département. « C’est la première fois qu’une reproduction est observée en dehors de l’arc alpin », souligne Loïc Obled, directeur général délégué de l’Office français de la biodiversité (OFB).

La question d’une meute sur le Mont Lozère « se posait depuis plusieurs mois », rappelle la préfecture. Car avec un couvert forestier dense, en présence de cerfs et chevreuils, cette zone de Lozère est particulièrement « propice » à la reproduction, comme le précise Loïc Obled. Le suivi hivernal entre 2021 et 2022 avait confirmé la présence d’un mâle et d’une femelle. Prévus au printemps, plusieurs hurlements ont alors été simulés en août, sans succès. Mais des cris de louveteaux ont finalement été entendus lors de la quatrième opération à la fin du mois. Une observation qui atteste, selon l’OFB, que « les objectifs de la directive Habitats sont remplis ».

« L’État confirme enfin ce que nous savions depuis déjà plusieurs années », lâche Alain Pouget, référent loup de la Coordination rurale, dont le syndicat a alerté la presse nationale. Pour lui, la présence de louveteaux jette à nouveau le doute sur les estimations d’effectifs de l’OFB. Fin juin 2022, rappelle-t-il, l’office a révisé la population de 624 à 783 loups pour 2020-2021, projetant par ailleurs 921 loups pour 2021-2022 en France. Des chiffres qui intéressent directement la profession, puisqu’ils permettent de calculer le nombre de bêtes pouvant être abattues au titre de la protection des troupeaux.

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Les objectifs de la directive remplis

L’extension du territoire du loup justifierait par ailleurs pour Alain Pouget de travailler sur le statut du loup. Une proposition évoquée par le président de la République lui-même, lors d’un échange avec les éleveurs Pyrénées fin juillet lors du passage du tour de France. Interpellé par le sénateur Cyril Pellevat (LR) début août, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a confirmé que le gouvernement envisage de lancer la discussion au niveau européen « afin de réexaminer le statut du loup, puisque sa population est désormais hors de danger d’extinction. »

Le projet ne réjouit cependant pas l’ensemble de la profession. Éleveur à proximité du Mont Lozère et porte-parole de la Confédération paysanne, Siméon Lefebvre estime que le changement de statut représenterait « une autorisation de tir illimitée jusqu’à l’extermination alors que l’espèce a sa place dans le territoire ». Pour lui, la reproduction du loup dans le département devrait cependant encourager la préfecture à « élargir le zonage des cercles, pour que les éleveurs qui en ont besoin puissent s’équiper en protection et garantir une présence humaine ». Les aides publiques finançant le gardiennage, rappelle-t-il, sont réservées uniquement au cercle 1.

Un enjeu qui s’étend au moins aux départements voisins du Gars, de l’Aveyron, de l’Herault, ou encore du Cantal, déjà classés en "zone de présence permanente non-meute". Autant de fronts de colonisation dans lesquels « il faut s’assurer que la présence du loup n’entraîne pas de prédation dommageable », alerte Loïc Obled. Pour Siméon Lefebvre, ces débats restent cependant secondaires par rapport aux autres urgences de la profession. « Chez nous, les éleveurs et les agriculteurs souffrent beaucoup plus des sécheresses et des canicules que du loup. » L’action des services de l’état, insiste-t-il, devrait donc plutôt se concentrer sur l’indemnisation des pertes de fourrage et sur l’adaptation des filières, que sur la gestion du prédateur.

« L’État confirme enfin ce que nous savions depuis déjà plusieurs années »