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Charcuterie/Conjoncture La révision périodique des prix, priorité numéro pour l’industrie charcutière

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L’industrie de la charcuterie française connaît une situation paradoxale, alliant hausse de sa production et de son chiffre d’affaires, mais baisse continue de sa rentabilité, a constaté devant la presse, Robert Volut, président de la FICT (1). Pour sortir de cette contradiction, la profession se fixe comme priorité absolue de voir se mettre en place une clause de révision des prix dans ses contrats commerciaux avec la grande distribution pour ses marques de fabricants, avec obligation de résultat. L’autre priorité sera de parvenir enfin à s’implanter significativement à l’exportation et de mettre un terme au recul des ventes hors de France.

Après deux années de stagnation de la consommation en France de produits charcutiers, ceux-ci ont retrouvé le chemin de la croissance avec une progression de 1,7% à 822 000 tonnes, la production du secteur ayant elle aussi progressé de 2,4% à 1 250 milliers de tonnes. Le chiffre d’affaires a suivi la même tendance avec une hausse de 5,6% à 6 533 millions de tonnes. « Mais la rentabilité des entreprises est toujours aussi problématique, car les prix de vente n’ont augmenté que de 3% sur un an, alors que les coûts de production se sont alourdis sur un an, de 9 % en moyenne, dont 11% pour les produits à base de porc », déplore Robert Volut. Il en tient pour principale responsable, la grande distribution qui absorbe près des trois quarts des ventes du marché français qui représente 93% des ventes. « La grande distribution ne veut pas reconnaître la réalité de la vie de ses fournisseurs ». La hausse de 4% consentie lors des dernières négociations annuelles, dont se sont félicitées les grandes enseignes « sont loin du compte, car il aurait fallu au moins revoir les prix à la hausse de 9% ».

Révision des prix et non pas indexation

Le président de la FICT réfute d’entrée l’objection qu’une telle hausse serait vecteur d’inflation. « En dix ans, les prix de vente, sortie usine, des produits de charcuterie-salaison ont augmenté de seulement 4%, tandis que l’inflation des produits alimentaires a atteint 18% sur la même période ». Il montre plutôt du doigt les enseignes dont les marges nettes pour les rayons salaisons-découpe ont atteint 5,1% ce qui représente pour 6,9 milliards d’euros vendus, un gain de 350 millions d’euros. Et de citer, le groupe Edouard Leclerc qui gagnerait à lui seul 70 millions d’euros sur ses rayons de charcuterie-salaisons. « Les distributeurs sont les seuls à gagner de l’argent, tandis que les autres intervenants de la chaine, éleveurs de porcs, abatteurs ou salaisonniers perdent de l’argent. » La marge nette de l’industrie charcutière est en baisse de 1% en 2012 et ressort en négatif à 0,5%, aboutissement d’une lente dégradation : positives de 3 à 4% dans les années 80, puis de 2 à 3% dans la décennie suivante, pour encore chuter entre 1,5 et 2% dans les années 2000, pour atteindre 0,5% en 2011, avant que de passer dans le rouge en 2012. Pour enrayer, ce déclin alors que pour 6 enseignes sur 7 le rayon charcuterie est parmi les plus rentables, la FICT pose comme premier objectif un rééquilibrage et un assainissement des relations entre industrie et commerce. Pour cela, elle demande, outre une stricte application de la loi LME (respect des conditions générales de vente, des cahiers des charges, des prix convenus, etc…) l’introduction d’une clause de révision des prix négociée en cas de fortes variations des prix des matières premières. « Il ne s’agit en aucun cas d’une indexation automatique, mais une clause de révision des prix pour les marques de fabricants, avec obligation de résultat», insiste Robert Volut. « Un amendement en ce sens a été déposé dans le cadre de la loi sur la consommation, de même qu’un autre pour inclure dans ce champ d’application les produits transformés à base de viande » (et pas seulement les produits issus de la première transformation, ndlr). Dans cette perspective, un indice des prix de douze pièces de découpe de porcs, sortis usine, sera prochainement publié sous la gestion de FranceAgriMer, pour servir de base dans ces clauses de révision des prix. « Cela permettra de mettre en place un cercle vertueux, permettant des prix plus élevés pour les industriels et par voie de conséquence pour les abattoirs et les éleveurs », ose espérer Robert Volut qui y voit même la mise en place à moyen terme d’un marché physique européen, forme de contractualisation vers l’amont de la filière.

Relancer l’exportation

Le retour à la rentabilité des industries charcutières est un préalable incontournable pour relancer l’activité export « le relais de croissance qui leur fait défaut ». Cette activité représente avec 300 000 euros, à peine 7% des ventes du secteur, dont 83% à destination de l’Union européenne. La France est loin derrière l’Espagne (600 000 euros), l’Italie (1 million) ou l’Allemagne (1,2 million). « Pour exporter, il faut avoir les moyens d’investir », selon le dirigeant de la Fict car il faut des compétences pour dépasser les barrières de la langue, mettre en place des moyens commerciaux et aborder de nouveaux marchés. « Les ventes actuelles à l’étranger se font vers des artisans charcutiers mais pas vers des grandes surfaces ». La mutualisation des moyens entre professionnels est un moyen de gommer partiellement ces handicaps. La Fict compte également sur les pouvoirs publics « pour redonner de l’air aux entrepreneurs » en allégeant le niveau des charges sociales (50% en France, contre 27% en Allemagne). Elle souhaite également un soutien pour la formation professionnelle, les dépenses des entreprises représentant en 2011, avec 11 millions d’euros, environ 1,6% de la masse salariale. « C’est un moyen pour préserver et défendre le savoir-faire national et mieux valoriser ces métiers ». Robert Volut juge comme un premier pas positif des pouvoirs publics le soutien des industries par la mise en place du crédit d’impôt pou la croissance et l’emploi (CICE) qui représenterait en 2013 une économie pour l’industrie charcutière de 28 millions d’euros, allégeant d’autant les besoins de trésorie.

(1) Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs, transformateurs de viande : elle représente 300 entreprises qui génèrent un chiffre d’affaires de 6 533 millions d’euros pour une production de 1 250 milliers de tonnes. Le secteur emploie directement 33 860 salariés.

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