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Industries alimentaires « La santé financière des IAA françaises est correcte mais disparate »

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selon une étude du Crédit Agricole En 2012, le chiffre d’affaires des IAA a augmenté pour la seconde année consécutive, de manière même conséquente puisque la progression atteint 8,4%. La santé financière des entreprises de ce secteur est également globalement correcte, mais cela cache de fortes disparités. Cela s’explique notamment par le fait qu’au sein des filières certaines entreprises peinent à gagner en productivité et voient leurs marges s’éroder fortement. Tels sont les principaux enseignements d’une étude sur le marché français des IAA que vient de publier l’Observatoire financier des entreprises agroalimentaires du Crédit Agricole. Ce travail inédit se base sur l’évolution constatée sur les cinq années allant de 2008 à 2012 des principaux agrégats, que sont l’activité globale, les marges, la rentabilité, l’endettement et la capacité à investir.

Avec un chiffre d’affaires global de 159 milliards d’euros, le secteur des IAA a connu en 2012 une croissance de 8,4%, bien que les entreprises du secteur aient « subi le contrecoup d’un marché français contraint par un pouvoir d’achat morose », note le rapport. Les raisons de cette hausse sont donc à chercher dans le niveau élevé des cours des matières premières. C’est ainsi que l’on constate la plus forte progression pour les industries du sucre (+17,7%), du lait (+10,3%) ou des céréales (+9,6%). Ces hausses se répercutent sur le chiffre d’affaires du secteur des viandes mais dans une moindre mesure (+5%). Les filières les moins exposées à la volatilité des cours mondiaux connaissent des croissances plus modestes. Les fruits et légumes ne progressent que de 3,9% et les vins et spiritueux gagnent 5%.

 
L’international, relais de croissance
La crise en France, conjonction d’un marché saturé et d’un pouvoir d’achat en berne, fait que le chiffre d’affaires des IAA n’a progressé en 2012 que de 6%, principalement en raison de l’effet prix des matières premières. Toutes les entreprises ne sont cependant pas logées à la même enseigne. La filière céréales qui réalise 70% de l’augmentation du chiffre d’affaires du secteur profite pleinement des hausse des cours, tout comme celle du sucre qui progresse de 13,2%. Tel n’est pas le cas de la filière lait (+0,7%) victime de la guerre des prix dans la distribution, ni même de la filière vins et spiritueux qui marque une pause, avec même un recul pour le champagne (-3,7%).
Les entreprises vont donc chercher la croissance à l’international où les marchés connaissent une reprise d’activité post-crise économique de 2008, note le rapport. En 2012, le chiffre d’affaires à l’international a augmenté de 12,3% et ces ventes représentent désormais 36% du chiffre d’affaires total.
Cette progression à l’international masque cependant des divergences. Les leaders (plus de 500 M€ de CA) réalisent 85% de l’activité internationale, pour qui cela représente un débouché de plus en plus essentiel. Cette part a gagné pour eux, 3,5 points en deux ans et représente 42,5% de leur activité. Les vins et le lait font un peu figure à part, les entreprises de moins de 500 M€ de chiffre d’affaires représentent respectivement 34% (+2,5 points en 2 ans) et 19% (+1,3 point). La filière vin est globalement très exportatrice, les deux tiers des entreprises ayant une activité internationale. La filière lait, bien que tirée par de grands leaders, est de plus en plus internationalisée, tant par croissance interne qu’externe et réalise la moitié de son chiffre d’affaires à l’étranger dont 70% dans l’Union européenne. En revanche, pour les fruits et légumes transformés, l’essentiel du chiffre d’affaires étranger repose sur quelques leaders qui réalisent plus de 60% de leurs ventes hors de nos frontières. La filière viande est moins présente à l’étranger, avec 13% de ses ventes, face à une concurrence croissante des viandes étrangères, mais est très concentrée avec seulement 10 opérateurs hors des frontières. Cette concentration des exportations est le reflet de la structure des IAA en France qui est atomisée et dominée par quelques géants.
 
La prépondérance des leaders
Le chiffre d’affaires des IAA est relativement concentré, les 100 premières entreprises réalisant 80% des ventes du secteur. Cette tendance est notamment marquée pour les filières lait et viande où les dix premières entreprises représentent respectivement 88% et 70% du CA.
Cette tendance est amenée à se poursuivre car les leaders suivent une stratégie de croissance externe tant en France qu’à l’étranger. Les entreprises de plus de 500M€ de chiffre d’affaires réalisent déjà 70% des ventes du secteur et connaissent avec 10,3% une croissance plus soutenue que les entreprises de taille inférieure avec seulement 3,6%. Près de 60% de l’augmentation du chiffre d’affaires des IAA est le fait de seulement 7 entreprises, qui ont pour la plupart réalisé des opérations de croissance externe ou développé des filiales à l’étranger, note le rapport. A contrario, les petites entreprises de moins de 10 M€ de chiffre d’affaires sont en recul de 2,7%, dans toutes les filières, à l’exception du lait où les petits fromagers résistent grâce à la bonne valorisation de leurs produits de terroir. Le rapport constate la même problématique dans les entreprises moyennes du lait (-5,4%) et encore plus des viandes (-12,3%) pour qui la question de la taille critique se pose. Dans toutes les filières, et pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est compris entre 50 et 500 M€, cette question de taille critique est récurrente car elles sont confrontées aux pressions de la distribution, à une forte concurrence des leaders et des importations tout en devant supporter des charges de structures élevées.
 
Des marges sous pression
L’érosion des marges s’est poursuivie, perdant 2,8 points sur les deux dernières années pour s’établir à 30,3% (27,5% hors spiritueux), la détérioration étant plus sensible chez les grandes entreprises (27,4%, -3,6 points) sous la pression de la distribution et des produits importés. In fine, les IAA ont toutefois su préserver la valeur ajoutée globale qui est stable par rapport à 2011, à 17,4%, grâce à des gains de productivité, une bonne maitrise des charges extérieures et une stabilisation des charges salariales. La rentabilité d’exploitation que traduit l’Ebitda (valeur ajoutée moins charges de personnel et impôts et taxes), reste de ce fait, stable à 6,9% du chiffre d’affaires, mais avec de fortes disparités selon les filières et les tailles.
Dans un entretien à Agra Presse, Philippe Chapuis, directeur de l’agroalimentaire chez Crédit Agricole SA explique « qu’on constate que le segment des entreprises réalisant entre 50 et 500 M€ de chiffre d’affaires est le segment des entreprises les plus fragiles : elles ont peu de marques, subissent les effets ciseaux des prix de vente/prix des matières premières, sont les moins internationalisées, sont les moins manœuvrantes, etc. La question de la taille critique des entreprises se pose ».
 
Un profil de risque correct
Le besoin en fonds de roulement s’est stabilisé à 57 jours de chiffre d’affaires, tout comme en 2011, mais loin des 67 jours connus en 2009, en pleine crise. Cette évolution tient à des stocks moins lourds (mais très variables selon les filières) et des règlements fournisseurs et clients stables (46 et 54 jours respectivement) mais avec de grandes disparités selon les secteurs. En 2012, les investissements se sont ralentis (+4,8%), après des taux de l’ordre de 10% les deux années précédentes. Les opérations de croissance externe, notamment dans le lait, se sont en effet ralenties, note le rapport. Globalement les IAA, sont correctement capitalisées, avec un ratio de fonds propre de 40%, l’endettement demeurant raisonnable, à 32% du bilan. De plus, souligne le rapport, la capacité de désendettement est plutôt élevée, avec 5,2 années de capacité d’autofinancement (seulement 3,1 années pour les seules dettes moyen long terme). Les plus fragiles sont, là encore, les entreprises de 50-500 M€ avec 7,3 années, voire plus de 10 ans pour 35% d’entre elles, notamment pour la viande, une situation qui n’est pas alarmante car ces industries sont dans l’incapacité d’investir, note l’Observatoire ! Sans surprise, les filières et métiers les plus profitables améliorent depuis 5 ans leur capacité de désendettement (sucre, fromage, spiritueux), alors que d’autres voient leur situation se dégrader de façon continue (céréales, fruits et légumes, viande, champagne).
En conclusion, l’Observatoire note que les entreprises agroalimentaires présentent en termes de risque financier « un profil correct », 37% offrant un risque faible, 48% un risque moyen et seulement 16% un risque fort, c'est-à-dire comportant un risque de défaut de paiement dans les 12 mois à venir. Les profils les plus risqués sont les petites entreprises du secteur des vins, pénalisés par leurs stocks, les fruits et légumes et la viande. Pour ce dernier secteur, le rapport note « qu’une restructuration est inévitable ».

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