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Moisson 2011 La sécheresse va freiner l'exportation de céréales européennes

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Lors d'une conférence de presse organisée par Offre et demande agricole (ODA), le 5 juillet à Paris, Benoît Labouille, directeur d'ODA, a fait le point sur l'impact que le climat a eu sur les disponibilités en céréales cette année. Avec, de septembre à mai, une pluviométrie de 50% à 100% des valeurs normales mesurées en France, le déficit global serait de 20% selon ODA. Mais, les précipitations du mois de juin auraient permis d'éviter le pire en terme de rendements céréaliers malgré des baisses de rendements attendues. Ainsi, les prix européens sont désormais supérieurs aux prix mondiaux en raison d'une offre moins abondante que l'an dernier. Les surplus exportables devraient s'en trouver réduits.

«De septembre à mai la France a reçu 50% à 100% des pluies par rapport à la normale. Le cumul pluviométrique est globalement déficitaire de 20% sur l'Hexagone, mais ce n'est pas la pire sécheresse connue au 31 mai », a expliqué Benoît Labouille, directeur d'ODA. Selon lui, en 1976 les précipitations moyennes en France de septembre à mai ont atteint les 399 mm, soit un déficit de 31% par rapport à la normale, pour un rendement atteignant les 3,9t/ha en blé tendre. En 2011, ce sont en moyenne 473 mm de pluie qui sont tombés sur la France de septembre à mai, soit un déficit de 20% par rapport à la normale. « On attend des pertes de rendements de 15% en blé tendre par rapport à l'an dernier en France », indique Benoît Labouille.

Des pluies bénéfiques pour les cultures d'hiver courant juin

« Le mois de juin a été capital pour la formation des rendements en blé d'hiver, avec 20 à 30 mm tombés sur la France en moyenne, et des précipitations sur les zones de production du Royaume Uni et de l'Allemagne », souligne Benoît Labouille. Selon lui, ces pluies ont permis une amélioration du potentiel de rendement au stade remplissage des grains. Pour le directeur d'ODA, « la catastrophe a ainsi été évitée ». « Début avril, les blés avaient de bonnes notes, avec 72% d'entre eux jugés bons à excellents, puis à partir du 15 avril, ce chiffre a baissé de façon constante pour atteindre un plus bas le 8 juin à 22%, contre 40% à la même date en 2010 et 70% en 2009 », a indiqué Benoît Labouille. Aujourd'hui, ce sont 28% des blés qui sont jugés bons à excellents contre 46% il y a un an à la même date. Au Royaume-Uni, les notations sur blé réalisées par ODA, sont passées pour 50% de bons à excellents, fin avril, pour ensuite baisser fortement, puis revenir à 50% début juin. Au Royaume Uni, des baisses de rendements de 10 à 15% en blé par rapport à l'année dernière sont attendues. Concernant le colza, les moissons sont en avance dans le Sud-Ouest, le Poitou, la Charente, la Bourgogne et commencent dans le Nord. Selon Benoît Labouille, « les rendements sont hétérogènes, avec 31q/ha estimés cette année contre 32,9q/ha en 2010, soit une baisse de 5% ». Enfin, les premiers échos des moissons d'orge d'hiver au 5 juillet font état d'une baisse de 10% à 20% des rendements par rapport à l'année dernière dans les principaux bassins de production. Ainsi, les rendements tourneraient autour des 57q/ha contre 65q/ha en 2010, soit une baisse de 12%.

Une situation hétérogène pour les cultures de printemps

En France, ODA réalise pour la première année des notations en maïs. Ainsi, le 7 juin 74% des maïs français étaient jugés bons à excellents, puis 76% au 14 juin, 81% le 21 juin et enfin 78% le 28 juin. « Le retour des pluies lors de la deuxième quinzaine de juin a permis aux maïs de mieux repartir en végétation », a fait remarquer Benoît Labouille. Cependant, des semis précoces ont entrainé des levées hétérogènes, notamment dans les sols secs, après reprise de labour. Mais, « en juin, une baisse de pression des arrêtés préfectoraux sur les restrictions d'irrigation au moment de l'entrée en phase critique pour la formation des rendements en maïs a permis de conserver un bon état des cultures », a souligné le directeur d'ODA. Enfin, les orges de printemps seraient les cultures les plus touchées par la sécheresse avec des pertes de pieds et d'épis entrainant des risques de faibles rendements. De plus, les graines concentrent les protéines avec les baisses de rendements, ce qui pourrait faire passer leur taux au dessus des 12%, ce qui constitue une limite pour la brasserie. « Ceci explique la hausse du marché des orges de brasserie », selon Benoît Labouille.

Conséquences de la sécheresse sur les marchés

« Des photos satellites de la biomasse montrent que les potentiels de rendements sont nettement en baisse sur toute l'Europe du nord », a indiqué Benoît Labouille. Selon lui, début juillet, les rendements français seraient en baisse de 5% à 15% pour les orges d'hiver récoltés à 80%, de 0% à 10% pour les colzas récoltés à 20%, de 20% à 30% pour les pois récoltés à 30% et de 10% à 15% pour les blés tendre récoltés à 15%. « Cependant, ces baisses de rendements sont à prendre avec prudence », prévient Benoît Labouille. Ainsi, en 2011, la production européenne de blé est attendue en baisse de 6 à 7Mt et de 4 à 5Mt en France. La moisson française de blé est attendue entre 32 et 32,5Mt ce qui laisse un potentiel de marché européen tendu. Au Royaume-Uni, ce chiffre s'établirait à 13,8Mt en 2011 contre 14,4Mt en 2010. « Le marché européen des céréales se retrouve en prime (plus cher) par rapport au marché mondial », a indiqué Benoît Labouille. Du coup, les baisses de production diminuent le surplus exportable de l'Europe et de la France. Selon ODA, l'Europe devrait être en mesure d'exporter 19Mt de blé sur 2010/11, mais ne pourra en expédier que 13Mt sur 2011-2012. Pour la France, ces chiffres sont de 13Mt pour 20102011 et de 7Mt pour 2011/2012, dont 4Mt d'exportations déjà assurées vers l'Afrique de l'ouest et l'Algérie selon Benoît Labouille. Cependant, « des prix européens chers par rapport aux prix mondiaux vont freiner les exportations sur les marchés éloignés avec une différence de 20 à 30€/t environ par rapport au marché mondial », a enfin souligné le directeur d'ODA.

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