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Innovation La sélection génomique arrive dans les exploitations laitières

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A partir du 1er janvier prochain, la technologie de sélection génomique des vaches laitières sera disponible pour tous les éleveurs. L’Inra et les coopératives d’insémination ont présenté le 9 septembre leur partenariat qui donnera accès à la valeur génétique des génisses de races Holstein, Montbéliarde et Normande pour une centaine d’euros.

La sélection des vaches laitières va vivre une vraie rupture technologique dans les mois à venir. L’Inra, l’UNCEIA (Union nationale des coopératives d’élevage d’insémination artificielle) et Apis-gène (organisation professionnelle impliquée dans la génomique réunissant les interprofessions laitière et viande, l’Institut de l’élevage, les coopératives d’insémination et la Confédération nationale de l’élevage) ont signé le 9 septembre un partenariat pour que les éleveurs français aient accès à la technologie de sélection génomique de leur troupeau.
Depuis 2009 la semence de mâles reproducteurs des races Holstein, Normande et Montbéliarde sélectionnés par la génomique (estimation de la valeur d’un animal sur la seule analyse de son génome) est disponible. Les entreprises et éleveurs se sont déjà emparés de la technologie : 30% des inséminations sur les trois races concernées sont faites par ces taureaux. C’est une nouvelle étape qui commence désormais avec l’évaluation de la valeur génétique des femelles.

100 euros par génisse
« Le marché que nous visons est une partie des 800 000 génisses mises à l’insémination chaque année avec l’espoir qu’un maximum d’éleveurs voudra évaluer la qualité de son troupeau », précise Serge Paran, président d’Apis-gène. A partir du 1er janvier 2011, tout éleveur aura accès à la valeur génétique de son troupeau soit en faisant la démarche individuellement, soit – pour diminuer le prix – collectivement à travers une organisation professionnelle d’éleveurs. Le coût de l’opération pour une vache devrait se situer en moyenne à 100 euros.
C’est la société Valogène (créé par les 7 principales entreprises d’insémination françaises) qui s’est vu confier par Apis-gène et l’Inra la licence exclusive d’accès à la technologie pour réaliser le génotypage des bovins laitiers Holsteins, Normands et Monbéliards. Les éleveurs vont être en mesure de sélectionner et améliorer leur troupeau de manière beaucoup plus fine en mettant l’accent sur la productivité, la santé ou la qualité comme ils l’entendent. Pour le président de l’UNCEIA, Michel Cetre, « la génétique est un levier très important d’amélioration des résultats économiques des entreprises agricoles ». Pour la recherche, le but est aussi de repérer les meilleures vaches du troupeau français afin de l’améliorer. « Nous nous engageons à acheter les descendances des bons animaux en rémunérant les éleveurs à leur juste valeur », explique Serge Paran.

Risque de génotypage « low-cost »
Mais Didier Boichard, directeur de recherche de l’Inra en génétique animale prévient : « Par contre le prix de la génétique ne va pas diminuer en France. Mais pour le même prix il va être possible d’améliorer plus de caractères ». Le chercheur estime qu’une sélection génomique appliquée aux mêmes caractères qu’aujourd’hui pourrait faire baisser de 3 à 4 fois le prix de la génétique. « Mais nous souhaitons augmenter la qualité et investir dans la recherche de nouveaux caractères, c’est pour cela que les prix ne vont pas baisser », détaille-t-il. « Mais attention aux velléités de privatisation », s’inquiète Michel Cetre qui appelle au maintien de l’organisation actuelle en coopérative. En effet, cette stratégie présente un risque : celui que d’autres opérateurs proposent un génotypage de moindre qualité avec des puces moins puissantes à moindre coût. Mais c’est un investissement sur l’avenir. L’objectif est de poursuivre les travaux pour être en mesure de sélectionner les animaux sur de nouveaux caractères comme les émissions de méthane, le comportement, la valorisation des fourrages ou encore la résistance aux maladies. Pour cela, il faudra créer de nouvelles populations de référence et collecter une masse d’informations qui aujourd’hui n’est ni centralisée ni analysée. Cette recherche a un coût.
« Cette mutualisation va aussi permettre d’étendre la technologie aux autres ”petites races” laitières et aux races allaitantes, souligne Michel Cetre. Dans moins de deux ans tous les bovins français seront génotypés ». Et peut-être que la technologie pourra diffuser dans les années à venir vers les autres productions animales.

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